ASDE 057 Spontanétité et pluralisme du peuple de Dieu (3ème partie)

Spontanéité et pluralisme du peuple de Dieu

 (3ème partie)

De saint Josemaria Escriva

Extraits du livre

Entretiens

 

 

Nous savons que, depuis de nombreuses années, vous vous êtes spécialement préoccupé de l’attention spirituelle et humaine des prêtres, surtout du clergé diocésain. Cette préoccupation, vous l’avez manifestée, tant que cela vous fut possible, par un intense travail de prédication et de direction spirituelle qui leur était destiné ; et aussi, à partir d’un certain moment, en offrant aux prêtres qui se sentaient appelés — tout en demeurant pleinement diocésains et soumis comme avant à leurs Ordinaires — la possibilité de faire partie de l’œuvre. Il nous intéresserait de connaître les circonstances de la vie de l’Église qui — indépendamment d’autres raisons — ont motivé ce souci. De même, pourriez-vous nous dire de quelle manière cette activité a pu et peut encore aider à résoudre certains problèmes du clergé diocésain ou de la vie ecclésiastique ?

 Les circonstances de la vie de l’Église qui ont motivé et qui motivent cette préoccupation et cette activité de l’œuvre — maintenant institutionnalisée — ne sont pas des circonstances plus ou moins accidentelles ou passagères ; mais des exigences permanentes d’ordre spirituel et humain, intimement liées à la vie et au travail des prêtres diocésains. Je songe principalement au besoin qu’éprouvent ces prêtres. Besoin d’être aidés — dans un esprit ou par des moyens qui ne modifient en rien leur condition diocésaine — à chercher la sainteté personnelle à travers l’exercice de leur ministère. Pour répondre ainsi, dans un esprit toujours jeune et avec une générosité toujours plus large, à la grâce de la vocation divine qu’ils ont reçue, et pour prévenir avec prudence et promptitude les crises éventuelles, humaines et spirituelles, auxquelles peuvent aisément donner lieu divers facteurs: la solitude, les difficultés du milieu, l’indifférence, le manque d’efficacité apparent de leur travail, la routine, la fatigue, la négligence dans l’entretien et le perfectionnement de leur formation intellectuelle et même — c’est là l’origine profonde des crises d’obéissance et d’unité — le manque de vision surnaturelle dans leurs rapports avec l’Ordinaire et avec leurs frères en sacerdoce.

Les prêtres diocésains qui — usant légitimement du droit d’association — adhèrent à la Société Sacerdotale de la Sainte Croix, le font uniquement et exclusivement parce qu’ils désirent recevoir cette aide spirituelle, personnelle, d’une manière en tous points compatible avec les devoirs de leur état et de leur ministère ; sans quoi, cette aide ne serait pas une aide, mais une complication, une gêne et un désordre.

L’esprit de l’Opus Dei a pour caractéristique essentielle, en effet, de ne retirer personne de sa place — unusquisque, in qua vocatione vocatus est, in ea permaneat (1 Co 7, 20) —. Il pousse chacun, au contraire, à accomplir les tâches et les devoirs de son état, de sa mission dans l’Église et dans la société civile, le plus parfaitement possible. C’est pourquoi lorsqu’un prêtre adhère à l’œuvre, il ne modifie et n’abandonne en rien sa vocation diocésaine — consécration au service de l’église locale dans laquelle il est incardiné, pleine dépendance à l’égard de l’ordinaire, spiritualité séculière, union avec les autres prêtres, etc. — Au contraire, il s’engage à vivre pleinement cette vocation, car il sait qu’il doit chercher la perfection dans l’exercice même, précisément, de ses obligations sacerdotales, en tant que prêtre diocésain.

Ce principe trouve, dans notre Association, une série d’applications pratiques d’ordre juridique et ascétique qu’il serait long de préciser. Je dirai simplement, à titre d’exemple, qu’à la différence d’autres associations, où l’on exige un vœu ou une promesse d’obéissance au supérieur, la dépendance des prêtres diocésains qui adhèrent à l’Opus Dei n’est pas une dépendance de régime, étant donné qu’il n’y a, pour eux, ni hiérarchie interne ni, par conséquent, danger de double lien d’obéissance, mais bien plutôt un rapport volontaire d’aide et d’assistance spirituelle.

Ce que ces prêtres trouvent dans l’Opus Dei, c’est, avant tout, l’aide ascétique continuelle qu’ils désirent recevoir d’une spiritualité séculière et diocésaine, et indépendante des changements personnels et circonstanciels qui peuvent survenir dans le gouvernement de leurs églises locales. Ils ajoutent ainsi à la direction spirituelle collective que l’évêque leur donne par sa prédication, ses lettres pastorales, ses conversations, ses instructions quant à la discipline, etc., une direction spirituelle personnelle, dévouée et qui se poursuit dans tous les lieux où ils peuvent se trouver, qui complète — en la respectant toujours comme un devoir grave — la direction commune impartie par l’évêque lui-même. À travers cette direction spirituelle personnelle — que le concile Vatican II et le magistère ordinaire ont tellement recommandée — on stimule, chez le prêtre, la vie de piété, la charité pastorale, l’entretien de la formation doctrinale, le zèle pour les apostolats diocésains, l’amour et l’obéissance qu’il doit à l’ordinaire, le souci des vocations sacerdotales et du séminaire, etc.

Les fruits de tout ce travail ? Ils vont aux églises locales que servent ces prêtres. Et c’est de cela que se réjouit mon âme de prêtre diocésain, car j’ai eu, en outre, à maintes reprises, la consolation de voir avec quelle affection le pape et les évêques bénissent, souhaitent et favorisent ce travail.

 

À diverses reprises, en parlant des débuts de l’Opus Dei, vous avez dit que vous ne possédiez alors que « la jeunesse, la grâce de Dieu et la bonne humeur ». Vers les années 20, en outre, la doctrine du laïcat n’avait pas encore atteint le développement qu’on lui voit aujourd’hui. Néanmoins, l’Opus Dei est un phénomène tangible dans la vie de l’Église. Pourriez-vous nous expliquer comment il se fait que, jeune prêtre, vous ayez eu la compréhension qui vous a permis de réaliser votre aspiration ?

 Je n’ai eu, et je n’ai d’autre aspiration que celle d’accomplir la volonté de Dieu. Permettez-moi de ne pas entrer dans le détail des commencements de l’œuvre — que l’Amour de Dieu me faisait pressentir dès 1917 —, car ces débuts sont intimement liés à l’histoire de mon âme et appartiennent à ma vie intérieure. La seule chose que je puisse vous dire est que j’ai agi, à tout moment, avec l’agrément et la bénédiction affectueuse du très cher évêque de Madrid, ce Madrid où est né l’Opus Dei, le 2 octobre 1928. Plus tard, toujours aussi avec l’approbation et l’encouragement du Saint-Siège et, dans chaque cas, de l’ordinaire du diocèse où nous opérions.

 

Certains, précisément parce que les laïcs de l’Opus Dei occupent des Postes influents dans la société espagnole, parlent de l’influence de l’Opus Dei en Espagne. Pourriez-vous nous expliquer quelle est cette influence ?

 Tout ce qui sent la réclame personnelle me gêne profondément. Ce ne serait cependant plus de l’humilité, mais de l’aveuglement et de l’ingratitude envers le Seigneur — qui bénit si généreusement notre travail — que de ne pas reconnaître que l’Opus Dei exerce une réelle influence sur la société espagnole. Dans les pays où l’OEuvre travaille depuis plusieurs années — en Espagne, exactement depuis trente-neuf ans, car Dieu a voulu que notre Association y vît le jour — il est logique que cette influence ait pris une importance sociale grandissante à mesure que progressait notre travail.

De quelle nature est cette influence ? Il est évident que, l’Opus Dei étant une association dont les fins sont spirituelles et apostoliques, son influence — en Espagne comme dans les autres pays des cinq continents où nous travaillons — ne peut être que de nature spirituelle, apostolique. De même que pour l’ensemble de l’Église — âme du monde —, l’influence de l’Opus Dei sur la société civile n’a pas de caractère temporel — social, politique, économique etc. —, même si elle a des répercussions sur le côté moral de toutes les activités humaines. C’est une influence d’ordre divers et supérieur, qui s’exprime par un verbe précis : sanctifier.

Et cela nous amène à parler des personnes de l’Opus Dei que vous appelez influentes. Pour une association dont le but est de faire de la politique seront influents ceux de ses membres qui occupent un siège au Parlement ou au Conseil des Ministres. Si l’association est culturelle, seront considérés comme influents les membres qui ont un nom dans la philosophie, ou les grands prix littéraires, etc. Si, en revanche, l’association se propose — comme c’est le cas de l’Opus Dei — de sanctifier le travail ordinaire des hommes, qu’il soit manuel ou intellectuel, il est évident qu’il faudra considérer comme influents tous ses membres, parce qu’ils travaillent tous — le devoir de travailler qui s’impose à tout homme éveille dans l’œuvre des échos particuliers, quant à la discipline et à l’ascétisme — et parce que tous ses membres essaient de réaliser leur travail — quel qu’il soit  saintement, chrétiennement, dans un désir de perfection. Et donc, pour moi, le témoignage d’un de mes enfants, travailleur de la mine, parmi ses compagnons de travail est aussi influent — aussi important, aussi nécessaire — que celui d’un recteur d’université parmi les membres du corps professoral.6

D’où vient donc l’influence de l’Opus Dei ? Le simple examen de la réalité sociologique vous l’indique. Notre Association groupe des personnes de toute condition sociale, de toute profession, de tout âge et de toute situation: femmes et hommes, prêtres et laïcs, vieux et jeunes, célibataires et gens mariés, universitaires, ouvriers, paysans, employés, membres de professions libérales ou fonctionnaires, etc. Avez-vous pensé au pouvoir de rayonnement chrétien que représente une gamme aussi étendue et aussi variée de personnes, et davantage encore si elles se comptent par dizaines de milliers et sont animées d’un même esprit apostolique : sanctifier leur profession ou leur métier — dans le milieu social, quel qu’il soit, où elles évoluent —, se sanctifier dans ce travail et sanctifier par ce travail ?

À ces apostolats personnels, il faut ajouter la croissance de nos œuvres collectives d’apostolat : résidences d’étudiants, centres de rencontres, université de Navarre, centres de formation pour ouvriers et paysans, instituts techniques, collèges, écoles de formation pour la femme, etc. Ces œuvres ont été et sont, indubitablement, des foyers d’où rayonne l’esprit chrétien et qui, fondées par des laïcs, dirigées comme un travail professionnel par des citoyens laïcs, égaux à leurs compagnons qui exercent la même tâche ou le même métier, et ouvertes à des personnes de toutes classes et conditions, ont sensibilisé de vastes couches de la société sur la nécessité de donner une réponse chrétienne aux questions que leur pose l’exercice de leur profession ou de leur emploi.

C’est tout cela qui donne du relief et de l’importance sociale à l’Opus Dei. Et non pas le fait que certains de ses membres occupent des postes humainement influents  chose qui ne nous intéresse pas le moins du monde et qui est, pour cette raison, laissée à la libre décision et à la responsabilité de chacun — mais le fait que tous, et la bonté de Dieu permet qu’ils soient nombreux, accomplissent des tâches — y compris les métiers les plus humbles — divinement influentes.

Et c’est logique ; qui donc irait penser que l’influence de l’Église aux États-Unis a commencé le jour où fut élu président le catholique John Kennedy ?

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