ASDE N° 059 : Marie Lataste

Dieu, la Sainte Trinité

37ème partie

Par Sœur Marie Lataste, mystique catholique

 

LIVRE 9

 

Les vertus morales

et les dons du Saint-Esprit

 

Chap. 4, La tempérance (suite)

 

L’abstinence

« L’abstinence est une vertu par laquelle on modère le plaisir et l’usage de la nourriture.

« Ainsi, l’abstinence consiste non à se priver complètement de nourriture, ce qui serait détruire sa santé et sa vie, mais à prendre la quantité suffisante afin de ne pas trop exciter les mouvements déréglés de la nature, et à savoir même distraire une légère partie de cette quantité pour réprimer ces mouvements.

« Je vous ai donné l’exemple de l’abstinence dans l’usage que je fis sur la terre des mets les plus communs et dans le jeûne que je supportai dans le désert. Suivez mon exemple et pratiquez l’abstinence telle que je vous l’ai indiquée, elle produira les plus heureux effets sur votre âme et votre corps.

« Elle disposera votre âme à prier avec plus de ferveur. Celui qui ne pratique pas l’abstinence ressent dans son âme la pesanteur de son corps chargé de nourriture, qui lui enlève toute sa vigueur de l’esprit et lui enlève par conséquent toute aptitude pour la prière.

« Elle développera votre mémoire et la rendra plus apte à se rappeler tous les bienfaits dont Dieu vous a comblée et que vous lui devez. Celui qui ne pratique pas l’abstinence est toujours dans une sorte d’engourdissement qui empêche le développement ou l’usage de ses facultés, et l’oblige à l’inaction intellectuelle. Ce qui vous le fera bien comprendre, ma fille, c’est ce que vous éprouvez en vous-même. Le matin, quand vous êtes levée, vous vous trouvez plus disposée, plus apte à la prière, votre esprit se porte plus naturellement vers moi ; il est plus frappé par les paroles que je vous adresse le matin que dans la journée, et voilà pourquoi j’ai voulu de préférence vous entretenir et vous parler le matin, soit dans votre chambre, à l’heure de votre prière, soit plus particulièrement dans le lieu saint, près de mon tabernacle.

« L’abstinence produit aussi le développement de l’intelligence. L’intelligence ne se trouve pas arrêtée dans son essor par le poids des choses sensibles, par la matière qui l’entoure et l’enveloppe comme un nuage. C’est le matin aussi que vous comprenez mieux les paroles que je vous adresse, que vous vous rendez mieux raison des choses.

« Puisque l’abstinence est si avantageuse, pratiquez-la ma fille ; elle servira non seulement à votre âme, mais aussi à votre corps.

« L’abstinence rend le corps le temple de Dieu. Le temple de Dieu est saint, dit l’apôtre, et ce temple, c’est l’homme.

« Or, l’abstinence est une dédicace du corps à Dieu. Par l’abstinence, en effet, ne semblez-vous point ne vouloir y introduire rien de ce qui est superflu ? En outre, le corps est l’instrument de l’âme, et l’âme par le corps opère des œuvres de vertu et évite le péché ; il évite le péché quand il a la force de résister, quand il n’est point mou et efféminé ; il pratique le bien, il fait de bonnes œuvres parce qu’il a la vigueur nécessaire, et que les aliments qu’il a pris ne le lient et ne le retiennent point attaché à la matière. L’abstinence est donc comme une porte fermée au mal et ouverte à la vertu. C’est donc elle qui rend le corps saint, qui en fait véritablement le temple de Dieu.

« L’abstinence est l’assaisonnement de la nourriture de l’homme et le soutien de sa santé. Celui qui pratique l’abstinence ne mange que ce qui lui est nécessaire. A3ussi, quelle que soit la nourriture qui lui est présentée, il l’accepte et la trouve bonne. Et cette nourriture le soutient, le fortifie sans altérer sa santé.

« Enfin, l’abstinence est le soutien des relations de la vie. Celui qui ne la pratique point ne peut vivre dans la société de ses pairs ; il est méprisé, honni par tous. Celui qui ne pratique pas l’abstinence peut à peine se supporter lui-même, tant il a pris de nourriture.

« Pratiquez l’abstinence, ma fille ; elle est utile aux intérêts de votre corps comme à ceux de votre âme ; elle conservera la santé de votre âme et celle de votre corps. Pratiquez-la dès à présent. C’est la première condition pour que vous la pratiquiez toute votre vie. Ne recherchez point les mets délicats et bien préparés. Ne mangez jamais autant que votre appétit vous le permettrait. Ne mangez pas avec trop d’empressement. Enfin ne vous occupez point de la nourriture que vous aurez pour en désirer une plus recherchée, et, à ces conditions, vous pratiquerez l’abstinence.

 

La sobriété

« La sobriété est pour l’usage du vin ce que l’abstinence est pour l’usage de la nourriture. C’est une vertu par laquelle on modère le plaisir et l’usage de la boisson.

« C’est une vertu morale qui dépend de la vertu de tempérance. C’est une vertu morale, car les vertus morales ont pour but de conserver et de défendre le bien de la raison contre tout ce qui peut l’attaquer et le faire perdre. Par conséquent, là où se trouve un écueil pour la raison, là doit se trouver une vertu pour combattre cet écueil. Or, l’usage du vin, quand il est immodéré, fait perdre la raison. Il faut donc un rempart contre ce vice : vous le trouverez dans la sobriété, qui donne la règle dans l’usage qu’on doit faire du vin que Dieu a donné à l’homme pour le désaltérer et réparer ses forces, non pour lui faire perdre sa raison.

« La sobriété produit quatre effets principaux : elle conserve et entretient la lumière de l’intelligence, car l’usage modéré du vin fortifie le cœur, d’où procèdent tous les actes naturels et vitaux de l’homme ; elle développe la puissance de l’esprit en l’excitant doucement et avec mesure ; elle conserve le cerveau dans toute sa pureté ; enfin, elle réjouit l’âme dans toutes ses facultés, et en particulier, celle qui saisit la vérité pour perfectionner toutes ses œuvres et leur donner de la fermeté. Voilà pourquoi vous avez vu que dans les Livres saints la sobriété est appelée la santé du corps et de l’âme. Il est facile de comprendre comment la sobriété dispose l’intelligence à saisir ce qu’il y a de plus subtil et de plus fin, parce que la sobriété place la personne dans la règle parfaite de son être, et que l’homme n’est jamais plus apte à agir intellectuellement ou matériellement que lorsqu’il se trouve en cet état.

« La sobriété réprime la concupiscence de la chair. Le vin en effet, ma fille, excite tout l’organisme de l’homme ; il augmente le penchant qu’il a pour le mal et porte naturellement au vice d’impureté. Voilà pourquoi Dieu avait ordonné aux Nazaréens de ne point boire de vin ni de liqueur enivrante. Vous avez une preuve de cet effet dans Noé, que l’ivresse mit dans un état complet de nudité, et dans saint Jean-Baptiste, que la sobriété, ou plutôt la privation complète de vin, conserva dans une si parfaite pureté.

« La sobriété est la conservatrice de la paix parmi les hommes. La paix disparaît parmi les hommes quand ils perdent la raison, ou que leur intelligence est voilée, ou que leur esprit est surexcité. Or, la sobriété conserve la raison, empêche la raison de se voiler et les esprits ou les forces de l’homme de se surexciter. La sobriété donc conserve la paix et la bonne harmonie parmi eux.

« La sobriété n’est pas l’abstention complète du vin, elle est la règle de son usage. Elle convient à tout le monde. En premier lieu, elle convient aux ministres de mes autels, puis aux princes et aux magistrats, afin qu’ils soient toujours à même d’agir conformément à la mission qui leur est confiée.

« Elle convient en particulier aux religieux, afin qu’ils puissent vaquer aux œuvres de piété que leur devoir leur impose, afin qu’ils mortifient leur chair et s’exercent facilement dans la pratique de toutes les vertus

« Elle convient surtout à la jeunesse et aux femmes : à la jeunesse, pour ne point augmenter l’entraînement qu’elle a vers le mal ; elle convient aux femmes pour conserver toujours intacte la dignité de leur sexe.

_________________________________________________

 

Un avis sur “ASDE N° 059 : Marie Lataste

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :