ASDE 002 – Amis de Dieu 1a

Grandeur de la vie ordinaire

Partie 1a

De saint Josemaria Escriva

Extraits du 1er livre posthume

Amis de Dieu

 

_________________________________________

 

 

Petit préambule avant de commencer la parution de ces articles

 

Saint Josemaria Escriva de Ballager est surtout connu pour avoir fondé l’Opus Dei, trop souvent présentée comme une sorte de secte intégriste au service de l’Eglise et très proche du pape Saint Jean-Paul II. Ne retenir que cela serait passer à côté des merveilleux écrits qu’il nous a laissés et qui ont été repris abondamment dans la revue « Au Souffle de l’Esprit ». Les premiers écrits que j’ai lus datent de mes quinze ans, quand un ami de mon père, ecclésiastique et professeur de latin-français-histoire-religion, m’a offert à l’époque un livre avec des maximes et phrases de cet auteur. Je l’ai eu comme titulaire en 3ème année gréco-latine, un titulaire qui m’a laissé mes meilleurs souvenirs de collège comme professeur. J’ai depuis toujours apprécié les livres que j’ai pu lire de celui qui est devenu ce grand saint.

 

Ce qui est avant tout à retenir de ce qu’il nous a laissé, n’est pas tant l’Opus Dei, qui s’adresse à une certaine élite de la société, même si ce n’est pas ce qu’il a voulu en la fondant, mais ce qu’il a martelé tout au long de sa vie. A savoir, que la sainteté est un état de vie qui s’adresse à chacun de nous et nous sommes amenés à le vivre dans la « banalité » de l’existence journalière. Et l’un des moyens est de se sanctifier au travers de notre devoir d’état, que nous avons à accomplir du mieux que nous le pouvons, animé en cela par notre foi. La vie de foi est indissociable de la vie quotidienne et le chrétien a le devoir d’être chrétien dans tous les actes de sa vie.

 

Alors ne craignons pas de lire ce qui va suivre dans ce numéro deux et tous ceux qui suivront, pour notre plus grand bien. Ils sont emprunts de bon sens, de sagesse, de simplicité et, pour moi, de fraîcheur.

 

CD

 

Nous parcourions une route de Castille, il y a de nombreuses années déjà, lorsque nous vîmes au loin, dans un champ, une scène qui me toucha et qui m’a souvent servi pour ma prière : plusieurs hommes enfonçaient en terre avec force des pieux sur lesquels ils tendirent ensuite verticalement un filet pour faire un enclos. Plus tard, des bergers y arrivèrent avec leurs brebis et leurs moutons ; ils les appelaient par leur nom et ils entraient l’un après l’autre dans le parc pour y être tous ensemble, en sécurité.

 

Et moi, Seigneur, je me souviens aujourd’hui tout particulièrement de ces bergers et de cet enclos, car nous nous savons tous dans ta bergerie, nous tous qui sommes ici réunis, comme tant d’autres dans le monde entier, pour parler avec Toi. C’est Toi qui l’as dit : je suis le bon Pasteur ; je connais mes brebis et mes brebis me connaissent. Tu nous connais bien ; Tu sais bien que nous voulons entendre, écouter toujours attentivement tes sifflements de Bon Pasteur et y répondre parce que la vie éternelle, c’est qu’ils Te connaissent, Toi, le seul véritable Dieu ; et ton envoyé, Jésus-Christ. Cette image du Christ, entouré à droite et à gauche de ses brebis, m’enchante tellement que je l’ai fait mettre dans l’oratoire où je célèbre habituellement la sainte Messe; et ailleurs j’ai fait graver, pour nous éveiller à la présence de Dieu, les paroles de Jésus: cognosco oves meas et cognoscunt me meae, afin que nous considérions à tout instant qu’Il nous reprend, ou nous instruit et nous enseigne comme le pasteur le fait pour son troupeau. Ce souvenir de Castille vient donc bien à propos.

 

Nous appartenons, vous et moi, à la famille du Christ, car c’est ainsi qu’Il nous a élus en Lui, dès avant la création du monde, pour être saints et immaculés en sa présence, dans l’amour, déterminant d’avance que nous serions pour Lui des fils adoptifs par Jésus-Christ. Tel fut le bon plaisir de sa volonté, à la louange de gloire de sa grâce. Cet appel gratuit que nous avons reçu du Seigneur nous trace un but bien précis : la sainteté personnelle, comme saint Paul nous le répète avec insistance : haec est voluntas Dei : sanctificatio vestra, la volonté de Dieu, c’est votre sanctification. Ne l’oublions donc pas : c’est pour conquérir ce sommet que nous sommes dans la bergerie du Maître.

 

Ma mémoire ne perd pas le souvenir du jour où, il y a déjà fort longtemps, allant prier à la cathédrale de Valence je passai devant le tombeau du vénérable Ridaura. On me raconta que, lorsqu’on demandait son âge à ce prêtre alors très vieux, il répondait en valencien d’un ton très convaincu : “ poquets, j’ai très peu d’années, celles que j’ai passées à servir Dieu “. Pour beaucoup d’entre vous c’est encore sur les doigts d’une main qu’on peut compter les années écoulées depuis que vous vous êtes décidés à rechercher la familiarité du Seigneur, à Le servir au milieu du monde, dans votre milieu et dans l’exercice de votre profession ou de votre métier. Mais ce n’est qu’un détail sans importance. Ce qui compte, en revanche, c’est que nous gravions au fer rouge une certitude dans notre âme : l’invitation à la sainteté, adressée par Jésus-Christ à tous les hommes sans exception, exige de chacun de nous qu’il cultive sa vie intérieure et qu’il s’exerce quotidiennement aux vertus chrétiennes. Et ceci non pas d’une façon quelconque, au-dessus de la moyenne. Pas même d’une manière excellente. Nous devons nous y efforcer jusqu’à l’héroïsme, au sens le plus fort et le plus décisif du mot.

 

Le but que je vous propose, plus précisément celui que Dieu marque à tout le monde, n’est pas un mirage ou un idéal inaccessible. je pourrais vous rapporter bien des exemples concrets de femmes et d’hommes de la rue, comme vous et moi, qui ont rencontré Jésus qui passe quasi in occulto, aux carrefours apparemment les plus ordinaires, et qui se sont décidés à Le suivre, en étreignant avec amour la Croix de chaque jour. A notre époque de décomposition générale, de capitulations et de découragements, ou de libertinage et d’anarchie, j’estime encore plus actuelle que jamais cette conviction simple et profonde que, dès le début de mon travail sacerdotal et sans cesse depuis, je brûle d’envie de communiquer à l’humanité tout entière : “ ces crises mondiales sont des crises de saints.

 

La vie intérieure : c’est une exigence inhérente à l’appel que le Maître a fait retentir dans l’âme de tout homme. Nous nous devons d’être saints jusqu’au bout des ongles, pour reprendre une expression typique de mon pays ; des chrétiens vrais, authentiques, canonisables ; autrement, nous aurons échoué en tant que disciples du seul Maître. Pensez aussi qu’en s’intéressant à nous, en nous octroyant sa grâce, afin que nous luttions pour atteindre la sainteté au milieu du monde, Dieu nous impose aussi l’obligation de l’apostolat. Comprenez que, même d’un point de vue humain, la préoccupation pour les âmes naît tout naturellement de ce choix, ainsi que l’exprime un Père de l’Eglise : lorsque vous découvrez que quelque chose vous a été profitable, vous essayez d’y attirer les autres. Vous devez donc souhaiter que d’autres vous accompagnent sur les chemins du Seigneur. Si, en allant au forum ou aux bains, vous rencontrez quelqu’un qui est oisif, vous l’invitez à vous accompagner. Appliquez au spirituel cette coutume terrestre et, lorsque vous irez vers Dieu, ne le faites point seuls.

 

Si nous ne voulons pas gaspiller notre temps inutilement ni nous retrancher derrière la fausse excuse des difficultés extérieures du milieu ambiant, difficultés qui n’ont jamais manqué depuis les débuts du christianisme, nous devons avoir tout à fait présent à l’esprit que Jésus-Christ a voulu que l’efficacité de notre action pour entraîner vers Lui ceux qui nous entourent, dépende d’ordinaire de notre vie intérieure. Jésus-Christ a mis la sainteté comme condition de l’efficacité de l’activité apostolique ; ou plutôt Il a mis comme condition l’effort de notre fidélité, car, sur terre, nous ne serons jamais saints. Cela semble incroyable, mais Dieu et les hommes attendent de nous une fidélité sans palliatifs, sans euphémismes, qui aille jusqu’à ses dernières conséquences, sans médiocrité ni concessions, dans la plénitude d’une vocation chrétienne assumée et pratiquée avec application.

 

Vous penserez peut-être que je ne parle que pour un groupe de personnes choisies. Ne vous laissez pas tromper si facilement par la lâcheté ou par la commodité. Que chacun ressente, en revanche, l’urgence divine d’être un autre Christ : ipse Christus, le Christ Lui-même ; bref, l’urgence de rendre notre conduite cohérente avec les normes de la foi. Car la sainteté à laquelle nous devons aspirer n’est pas une sainteté de deuxième rang ; celle-ci, d’ailleurs, n’existe pas. Et la principale condition qui nous est demandée, et qui est tout à fait conforme à notre nature, consiste à aimer : la charité est le lien de la perfection ; charité que nous devons pratiquer en accord avec les commandements explicites que le Seigneur Lui-même a établis : tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit, sans rien garder pour nous. C’est en cela que consiste la sainteté.

 

Certes, il s’agit d’un objectif élevé et ardu. Mais ne perdez pas de vue que personne ne naît saint. Le saint se forge au jeu continuel de la grâce divine et de la réponse de l’homme. Tout ce qui se développe, fait remarquer un écrivain chrétien des premiers siècles à propos de l’union avec Dieu, commence petit. C’est en se nourrissant graduellement qu’on arrive à devenir grand, par des progrès constants. C’est pourquoi je te dis que, si tu veux te comporter en chrétien cohérent (et je sais que tu y es dispose, même s’il t’en coûte si souvent de te vaincre ou de continuer à faire aller de l’avant ce pauvre corps), tu dois apporter un soin extrême aux détails les plus insignifiants. Car tu n’atteindras la sainteté que Notre Seigneur exige de toi qu’en accomplissant avec amour de Dieu ton travail, tes obligations de chaque jour, faites presque toujours de petites réalités.

 

A suivre…

 

Un avis sur “ASDE 002 – Amis de Dieu 1a

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :