ASDE 021 – Méditations sur les Evangiles avec Ch. de Foucauld

Méditations sur les Evangiles

Avec le père Charles de Foucauld

 

 

 

« Ayez soin de vous garder de toute avarice… »

(Lc 12, 15)

 

La pauvreté n’est pas une économie excessive, une habile administration des biens : la pauvreté est avant tout le détachement de l’argent : elle consiste à avoir très peu de besoins et à avoir une suprême indifférence, un suprême mépris pour tous les biens terrestres. « La pauvreté, dit saint François, consiste à ne pas faire plus de cas de l’argent que de la poussière du chemin… » C’est l’avarice et non de la pauvreté, c’est-à-dire que c’est tout le contraire de la pauvreté de marchander outre mesure ce qu’on achète, de discuter outre mesure le prix des choses, de tâcher de gagner le plus possible sur ce que l’on vend : nous, religieux, qui devons être si détachés de l’argent, et qui devons donner l’exemple du détachement ; nous qui devons en outre faire aimer Dieu en nous, et nous faire aimer pour gagner les âmes à Dieu, nous devons être ni prodigues, ni avares, mais quand nous achetons, offrir un bon prix, un peu supérieur à ce qu’on donne ordinairement ou largement égal, suivant les circonstances. Surtout avec les petits marchands, les pauvres, les paysans, il faut être très généreux, avec tous il faut être large. Et quand nous vendons, il faut de même, suivant les circonstances, vendre ou un peu meilleur marché que ne feraient les séculiers, ou au plus bas prix auquel ils vendraient, de manière à ce que ceux qui traitent avec nous glorifient Dieu, et à ce que nous nous gardions de toute avarice, de tout attachement aux biens d’ici-bas.

 

 

 

« En vérité, je vous le dis, nul n’aura quitté maison,

frères, sœurs, mère, père, enfants ou champs

à cause de Moi et à cause de la Bonne Nouvelle

qu’il ne reçoive dès maintenant le centuple… »

(Mc 10, 22-31)

 

Merci, mon Dieu, de nous montrer cette charité, les écueils à éviter et la voie à suivre. Les écueils, la richesse, toutes les douceurs qu’on trouve dans les créatures… La voie : la pauvreté, l’abandon de la famille, des biens, de tout le créé.

 

Quittons nos champs, nos maisons, nos pères, nos mères, nos frères, nos sœurs, nos amis : quittons biens, être chéris, tout ! Quittons tout le créé et nous recevrons, non pas cent fois autant en créatures, comme le veulent des malheureux qui n’ont assurément quitté ces choses que de corps et non d’esprit (et sont bien loin d’être pauvres d’esprit, puisqu’ils aspirent à recevoir dès ce monde cent fois plus de ces mêmes biens sensibles qu’ils disent avoir quitté pour Dieu)… Plaisante pauvreté d’esprit, qui désire avoir cent plus de jouissances matérielles, terrestres, sensibles, dans la vie religieuse qu’on en avait dans le monde…

 

Saint Jérôme se moque de ces pauvres d’esprit qui « quittent une femme », dit-il, pensent-ils en recevoir cent de la main de Dieu ?… Et le saint docteur ajoute : Non, ils ne recevront pas le centuple en biens sensibles, mais ils recevront des grâces spirituelles dont la valeur sera cent fois plus grande que n’était celle des biens sensibles qu’ils ont quittés pour Dieu… Plus nous quittons les biens sensibles pour Dieu, plus Il nous donne, à la place, de biens spirituels, voilà ce que veut dire ce passage ; plus nous quittons du naturel, plus nous recevrons de surnaturel… plus nous faisons le vide en nous, plus Dieu nous remplit de sa grâce… plus nous sommes pauvres du créé, plus nous sommes riches du divin. Quand nous avons quitté tout le naturel, tout le créé, que nous avons parfaitement vidé notre âme de tout ce qui n’est pas Dieu, que nous sommes parfaitement pauvres d’esprit, que notre esprit n’a gardé aucune attache à rien de ce qui n’est pas de Dieu, qu’il est entièrement dépouillé et nu de tout le créé, alors Dieu qui entre en nous dans la proportion où nous nous vidons de ce qui n’est pas Lui, se donne à nous pleinement, nous remplit entièrement, s’unit complètement à nous, s’installe en notre âme et y fait sa demeure : alors c’est l’état d’union, le ciel sur la terre : « Ce n’est plus nous qui vivons, mais c’est Jésus qui vit en nous… » Faites-nous la grâce de parvenir là, mon Dieu, nous le devons tous.

 

 

 

« Et Jésus croissait en sagesse, en en âge et en grâces»

(Lc 2, 51-52)

 

Fait chaque jour des progrès en amour, en vertu ; si tu t’arrêtes tu recules… Travaille donc sans relâche et examine souvent où tu en es : le moyen de savoir si tu croîs, si tu es en progrès, en amour divin, et en toutes vertus, c’est de voir si tu croîs en amour du prochain, en humilité… Si tu croîs en ces deux choses, c’est la preuve certaine que tu croîs en toute perfection…

 

 

 

« Quiconque se fera petit comme ce petit enfant,

sera le plus grand dans le Royaume des cieux»

(Mt 18, 4)

 

Dieu n’a pas attaché le salut à la science, à l’intelligence, à la richesse, à une longue expérience, à des dons rares et que tous n’ont pas reçus, non. Il l’a attaché à ce qui est entre les mains de tous, d’absolument tous, des jeunes et des vieux, des humains de tout âge et de toute classe, de toute intelligence et de toute fortune… Il l’a attaché à ce que tous, tous absolument, peuvent Lui donner, ce que chaque humain quel qu’il soit peut Lui donner, moyennant un peu de bonne volonté : un peu de bonne volonté, c’est tout ce qu’il faut pour gagner ce ciel que Jésus attache ici à l’humilité, au fait de se faire tout petit, de prendre la dernière place, d’obéir, qu’il attache ailleurs encore à la pauvreté d’esprit, à la pureté de cœur, à l’amour de la justice, à l’esprit de paix, etc… Espérons, puisque par la miséricorde de Dieu, le salut est si près de nous, entre nos mains, et qu’il nous suffit d’un peu de bonne volonté pour l’obtenir.

 

 

 

« D’où celui-ci tient-il ces choses ?…

N’est-ce pas le charpentier, le Fils de Marie »

(Mc 6, 1-6)

 

Vous n’avez mis que trois ans à enseigner la vérité au monde, mon Dieu, à fonder votre Eglise, à former vos apôtres ; mais Vous avez jugé que ce n’était pas trop d’en consacrer trente à prêcher aux hommes l’exemple de l’humilité, de l’abaissement, de la vie cachée…

 

« Quid est homo… ». Comment Dieu peut-il avoir besoin de nous, nous qui ne pouvons Lui donner que ce qu’Il nous a donné le premier ?… Comment croire que nous puissions Lui rendre service, nous qui ne pouvons rien sans Lui, Lui qui peut tout sans nous ?…

 

Nous devons aimer Dieu, c’est notre « premier devoir ». L’aimer, c’est Lui obéir : « Celui-là m’aime qui accomplit mes paroles » ; si Dieu nous ordonne par la voix de ses représentants de Le suivre dans sa vie publique et d’être avec Lui l’ouvrier évangélique, suivons-Le dans ce travail, obéissons, obéissons toujours, et dans cette vie d’évangélisation imitons-Le, soyons-là aussi pauvres, abjects, recueillis, comme Lui, soyons en tout son image, aussi petits, aussi abaissés que Lui « point plus grands que notre Maître ». Mais si nous ne sommes pas appelés à la vie d’apôtre, oh, alors gardons-nous bien de nous donner nous-mêmes une vocation qu’il appartient à Dieu seul de donner, n’empiétons pas sur ses droits et gardons-nous de nous choisir, de nous envoyer nous-mêmes ! Oh, restons alors avec Lui à la place où Il est resté trente ans, restons-là où Il nous apprend par son exemple à être, tant que nous ne sommes pas appelés à la vie d’évangélisation, restons avec Lui dans l’humble maison de Nazareth, ouvriers, artisans, vivant du travail d’un humble métier, pauvres, abjects, dédaignés, obscurs, cachés, recueillis, dans cette retraite, cette solitude, ce silence, cet ensevelissement que la pauvreté aide tant à obtenir !

 

Jetons-nous dans l’abjection, la pauvreté, l’humble travail manuel de Notre Seigneur : l’amour demande l’imitation, aimons et imitons : « Le serviteur n’est pas plus grand que le maître », soyons aussi petits que Jésus. Jésus nous dit de Le suivre, suivons-Le, partageons sa vie, ses travaux, ses occupations, ses abaissements, sa pauvreté, son abjection, soyons ouvriers, pauvres ouvriers dédaignés avec Lui !…

 

Soyons couronnés de la même couronne de mépris et de dédain que notre Epoux, imitons-Le, soyons-Lui comme des petits frères, vivant en tout comme Lui : « Je suis la voie, la vérité, la vie » ; suivons cette voie, vivons de la vie de Jésus, faisons ses œuvres qui sont vérité…

 

« Je suis venu sauver le monde » ; nous avons la même fin, nous devons aussi, non pas racheter le genre humain, mais travailler à son salut ; employons les moyens que Lui-même a employés. Or ces moyens ne sont pas la sagesse humaine entourée de faste et d’éclat et assise à la première place, mais la sagesse divine, cachée sous l’apparence d’un pauvre, d’un homme vivant du travail de ses mains, d’un homme sage et plein de science, mais pauvre, méprisé, abject, n’ayant jamais étudié dans les écoles des hommes, mais sous leurs yeux et connu d’eux comme vivant humblement d’un travail vil…

 

Suivons ce divin exemple, soyons les images fidèles de Jésus… Soyons vraiment, en partageant toute sa vie, les petits frères de Jésus… Ne nous séparons jamais, comme son aimant saint Paul, de son travail, de son abjection, de son imitation, « Soyez mes imitateurs comme je suis l’imitateur du Christ. »

 

Tu es un serviteur inutile : tu dois faire de toutes tes forces, avec tout le soin et l’ardeur possibles non seulement tout ce qu’il commande, mais tout ce qu’Il te conseille si légèrement que ce soit, tout ce qu’Il incline, si peu ce que soit à te voir faire : par amour, par obéissance, par imitation. C’est ainsi qu’Il obéissait à la moindre indication de son Père, c’est là l’obéissance que tu Lui dois, c’est ainsi qu’on obéit quand on aime : une telle obéissance est inséparable de l’amour.

 

Mais autant qu’il est certain que tu dois obéir ainsi et travailler, de toutes tes forces, tous les instants de ta vie à l’œuvre, aux œuvres que Dieu te donne à faire, autant qu’il est certain que tu es un serviteur inutile : que ce que tu fais, Dieu pourrait le faire par d’autres, ou sans aucun autre, en tout cas sans toi. Tu es un serviteur inutile. Jésus n’a vécu que trente-trois ans, s’est tu trente ans et ta vie, ta santé, tes paroles seraient utiles à Dieu ?

 

Tu es un serviteur inutile. Travaille de toutes tes forces, c’est un devoir d’imitation, d’obéissance, d’amour. C’est ainsi qu’on travaille quand on aime. Ce travail est inséparable de l’amour, mais ton travail, Dieu n’en a pas besoin, tu es un serviteur inutile.

 

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