ASDE 22 : Pensées d’Elisabeth de la Trinité – Partie 1

Pensées d’Elisabeth de la Trinité

Partie 1

 

 

Ce qui frappe le plus dans la vie d’Elisabeth de la Trinité, c’est sa merveilleuse unité : elle fut la sainte de l’Habitation de la Trinité dans l’âme.

Les évènements extérieurs passent au second plan dans cette existence toute recueillie au-dedans d’une âme de silence, attentive à demeurer à travers toutes choses « éveillée en sa foi », en communion continuelle avec le Dieu vivant en elle, et trouvant déjà dans cette intimité avec les Trois Personnes divines sa béatitude sur la terre.

 

Voici quelques pensées de cette bienheureuse dont toutes les actions de sa vie furent réalisées dans une union intime et totale avec son Seigneur et Dieu, avec la Trinité Sainte, présente en chacun de nous.

 

 

C’est Dieu qui fait tout, nous ne faisons rien. Il unit notre âme si intimement à Lui que ce n’est plus nous qui vivons, mais Dieu en nous.

 

Que je ne vive qu’au-dedans, dans cette cellule que vous bâtissez en mon cœur dans ce petit coin de moi-même où je vous vois, où je vous sens si bien. Que ma vie soit une oraison continuelle, que rien ne puisse me distraire de Toi : ni mes occupations, ni les plaisirs, ni la souffrance. Que je sois abîmée en Toi. Que je fasse tout sous ton Regard.

 

Que c’est bon cette présence de Dieu au-dedans de nous, dans ce sanctuaire intime de nos âmes. Là nous Le trouvons toujours quoique nous ne sentions plus sa présence. Mais Il est là tout de même, plus près peut-être encore, comme vous le dites. C’est là que j’aime le chercher.

 

Je suis privée de l’église, privée de la communion, mais le Bon Dieu n’a pas besoin du sacrement pour venir à moi, il me semble que je L’ai tout autant. C’est si bon cette présence de Dieu ! C’est là, tout au fond, dans le ciel de mon âme, que j’aime Le trouver puisqu’Il ne me quitte jamais… Dieu en moi, moi en Lui, oh, c’est ma vie… C’est si bon n’est-ce pas de penser que sauf la vision, nous Le possédons déjà comme les bienheureux Le possèdent là-haut, que nous pouvons ne jamais Le quitter, ne jamais nous distraire de Lui ! Priez-Le bien pour que je me laisse toute prendre, toute emporter !…

 

 

La vie d’une carmélite, c’est une communion à Dieu du matin au soir et du soir au matin. S’il ne remplissait pas nos cellules et nos cloîtres, comme ce serait vide ! Mais à travers tout nous Le voyons, car nous le portons en nous et notre vie est un ciel anticipé.

 

Je lis en ce moment de bien belles pages dans notre Père saint Jean de la Croix, sur la transformation de l’âme en les Trois Personnes divines. A quel abîme de gloire nous sommes appelés ! Je comprends les silences, les recueillements des saints qui ne pouvaient plus sortir de leur contemplation ; aussi, Dieu pouvait les emmener sur les sommets divins où l’« UN » se consomme entre lui et l’âme. Notre bienheureux Père dit qu’alors l’Esprit-Saint l’élève à une hauteur si admirable, qu’Il la rend capable de produire en Dieu la même aspiration d’amour que le Père produit avec le Fils, et le Fils avec le Père, aspiration qui n’est autre que l’Esprit-Saint Lui-même. Dire que le Bon Dieu nous appelle, de par notre vocation, à vivre sous ses clartés saintes ! Quel mystère adorable de charité. Je voudrais y répondre en passant sur la terre, comme la Sainte Vierge, « gardant toutes choses en mon cœur », m’ensevelissant pour ainsi dire dans le fond de mon âme, afin de me perdre en la Trinité qui y demeure, pour me transformer en Elle.

 

Cela vous paraît difficile de vous oublier. Si vous saviez comme cela est simple ! Je vais vous donner mon secret. Pensez à ce Dieu qui habite en vous, dont vous êtes le temple. C’est saint Paul qui parle ainsi, nous pouvons le croire. Petit à petit, l’âme s’habitue à vivre en sa douce compagnie, elle comprend qu’elle porte en elle un petit ciel où le Dieu d’amour a fixé son séjour. Alors, c’est comme une atmosphère divine en laquelle elle respire. Il n’y a plus que son corps sur la terre, son âme habite en Celui qui est l’Immuable.

 

Ô ma Mère, dit-elle à sa prieure qui venait la visiter, dans la matinée cette parole me fut dite au fond de l’âme : « Si quelqu’un m’aime, mon Père l’aimera et nous viendrons à lui, et nous établirons en lui notre demeure. » Au même instant, j’ai vu combien c’était vrai. Je ne saurais dire comment les Trois divines Personnes se sont révélées, mais je les voyais tenant en moi leur Conseil d’amour. Il me semble que les vois encore ainsi. Oh, combien Dieu est grand et que nous sommes aimés.

 

La Trinité, voilà notre demeure, notre « chez nous », la maison paternelle d’où nous ne devons jamais sortir.

 

Nous avons été prédestinés par un décret de Celui qui opère toutes choses selon le conseil de sa volonté, afin que nous soyons « la louange de sa gloire ».

 

C’est saint Paul qui parle ainsi, saint Paul instruit par Dieu Lui-même.

 

Comment réaliser ce grand rêve du cœur de notre Dieu, ce vouloir immuable sur nos âmes, comment en un mot répondre à notre vocation et devenir parfaites louanges de gloire de la Très Saint-Trinité ?

 

Au ciel, chaque âme est une louange de gloire au Père, au Verbe, à l’Esprit-Saint, parce que chaque âme est fixée dans le pur amour et ne vit plus de sa vie propre, mais de la vie de Dieu.

 

Une louange de gloire… c’est une âme qui demeure en Dieu, qui l’aime d’un amour pur et désintéressé… par-dessus tous ses dons.

 

Une louange de gloire… c’est une âme de silence, qui se tient comme une lyre sous la touche mystérieuse de l’Esprit-Saint.

 

Une louange de gloire, c’est une âme qui fixe Dieu dans la foi et la simplicité.

 

Enfin, une louange de gloire est un être toujours dans l’action de grâces… Dans le ciel de son âme, la louange de gloire commence déjà son office de l’éternité. Dans le ciel de notre âme : soyons louanges de gloire de la Sainte-
Trinité.

 

Un jour le voile tombera, nous serons introduites dans les parvis éternels, et là, nous chanterons au sein de l’amour infini ; et Dieu nous donnera le nom nouveau promis au vainqueur. Quel sera-t-il ? Laudem gloriae.

 

 

Je vous laisse ma foi en la présence de Dieu, du Dieu tout amour habitant en nos âmes. Je vous le confie, c’est cette intimité avec Lui, au-dedans, qui a été le beau soleil irradiant ma vie en faisant un ciel anticipé.

 

Je te laisse ma dévotion aux « Trois ». Vis au-dedans avec Eux, dans le ciel de ton âme. Le Père te couvrira de son ombre…, le Verbe imprimera en ton âme l’image de sa propre Beauté…, l’Esprit-Saint te transformera en une lyre mystique qui, dans le silence, sous sa touche divine, produira un magnifique cantique à l’Amour. Alors tu seras « la louange de Sa gloire », ce que j’avais rêvé d’être sur la terre. C’est toi qui me remplaceras. Je serai « laudem gloriae » devant le trône de l’Agneau, et toi « Laudem gloriae » au centre de ton âme… Au ciel ou sur la terre, vivons dans l’Amour, pour glorifier l’Amour.

 

Tout passe… Au soir de la vie, l’amour seul demeure… Il faut tout faire par amour.

 

Il me semble qu’au ciel ma mission sera d’attirer les âmes en les aidant à sortir d’elles-mêmes, pour adhérer à Dieu par un mouvement tout simple et tout amoureux ; de les garder en ce grand silence du dedans qui permet à Dieu de s’imprimer en elles et de les transformer en Lui.

 

Croire qu’un être qui s’appelle l’Amour habite en nous à tout instant du jour et de la nuit et qu’Il nous demande de vivre avec Lui, recevant également comme venant directement de son amour toutes joies comme toutes douleurs, cela élève l’âme au-dessus de ce qui passe, et la fait reposer dans la paix.

 

Si mon Maître me donnait le choix entre une extase et la mort dans l’abandon du Calvaire, je choisirais cette dernière pour lui ressembler ; car, si la Trinité est le terme, le Christ demeure la « Voie ».

 

Ah ! Je voudrais pouvoir dire à toutes les âmes quelles sources de force, de paix et aussi de bonheur, elles trouveraient si elles consentaient à vivre en cette intimité. Seulement, elles ne savent pas attendre. Si Dieu ne se donne pas d’une façon sensible, elles quittent sa sainte Présence, et quand Il vient à elles, armé de tous ses dons, il ne trouve personne. L’âme est au-dehors, dans les choses extérieures. Elle n’habite pas au fond d’elle-même.

 

 

 

 

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