ASDE 04 : Marie, notre Mère

Marie notre Mère

Par le Père Patrick de Laubier

 

 

Marie notre Mère

 

Au moment où s’achevait le deuxième concile du Vatican, Paul VI proclama, à l’étonnement de tous, « Marie, Mère de l’Eglise », et les pères conciliaires manifestèrent leur joie. Cette maternité s’applique à tous les membres de l’Eglise pris individuellement comme l’enseignait la piété depuis les commencements, depuis notamment la Pentecôte, lorsque Marie entourée des apôtres reçut visiblement l’Esprit-Saint. Le rappel de cette dévotion apporte des éléments toujours nouveaux. L’importance de Marie ne cesse de croître dans la prière de l’Eglise. Les apparitions de Kérizinen donnent une idée saisissante de l’action de Marie dans notre temps. La Reine du Ciel est vraiment une armée rangée en bataille (Cantique) face au Prince de ce monde, mais son langage, sa pensée, restent ceux d’une M ère qui voit périr ses enfants et oublie sa dignité chantée par les anges pour ne plus voir que le danger extrême qui menace ses enfants, on pense à Salomon et à la réaction de la vraie mère devant la décision de partager le nouveau-né. Son respect pour l’autorité épiscopale ne l’empêche nullement d’aller de l’avant tout en constatant les conséquences désastreuses de certaines obstinations de l’autorité.

 

La décision libératrice que prendra Paul VI en 1966 à propos des révélations privées est comme anticipé par cette Mère au grand Cœur qui a tant de choses à dire et que le clergé, chargé du troupeau, a trouvée trop expansive. C’est une précieuse leçon pour la vie spirituelle : Marie respecte rigoureusement la liberté de ses enfants, mais elle ne les laissera tranquilles qu’au moment où la justice de Dieu se sera prononcée, pour le meilleur et pour le pire. En attendant, elle reste sur la brèche arrachant à Satan ses enfants qui sont en train de se perdre. Le monde entier est concerné par cette apocalypse mariale qu’une grande mystique normande du XVII e, Marie des Vallée, avait prophétisée en parlant du « déluge de feu » qui préparerait une conversion du monde avant la fin des temps. Grignion de Montfort s’en était inspiré à propos des Apôtres des derniers temps. C’est l’amour maternel qui éclate ici au moment où à Rome un grand pape, Paul VI, proclame Marie Mère de l’Eglise.

 

Les exigences tranquilles exposées par la Mère de Dieu paraissent dépasser nos capacités et c’est à ce moment-là que la grâce fait son œuvre surnaturellement. Il faut donc accepter d’être continuellement dépassés et s’humilier de ce décalage. La vie spirituelle n’est pas une morale, c’est un amour. La morale est bienvenue, elle manifeste notre bonne volonté, mais l’immense aventure de la vie chrétienne se situe entre des abîmes. La liberté est respectée, c’est même la porte par laquelle le Christ veut passer. Les résistances du clergé à propos de Kérizinen ne semblent pas troubler le Christ ni la Vierge qui ne cessent pourtant de souligner la gravité de la situation et la responsabilité de l’autorité légitime. C’est une croix qui est proposée, mais en même temps on demande d’espérer, de se réjouir, comme si tout allait se résoudre selon un plan connu à l’avance. Il y a un mystère du mal, de l’iniquité, mais aussi un mystère du bien, les deux mystères restent symétriques et cachés. Pour supporter ces contradictions, aucune application ne suffit, il faut la prière qui est une action transformante. La prière sans discours, sans images nécessaires, la volonté est seule requise et c’est elle que le Sauveur est venu sauver.

Marie, Reine du Ciel et de la terre

 

Une mystique italienne Eugénie Ravasio (1907-1990) a transmis un admirable message du Père. Le ciel, pour nous, ce sont les hauteurs célestes dans la plénitude éternelle de toute félicité.

 

Mais ici-bas le ciel du Père, c’est la terre où invisiblement Il veille sur chaque âme qu’il a créée et sa joie ce sont les réponses libres de ses créatures préférées, les hommes, qui pendant leur vie et jusqu’au moment de leur mort peuvent lui donner des joies incomparables, avec presque rien, des peines indicibles aussi, mais Dieu a préféré prendre le risque sublime d’un amour libre et la possibilité d’une effroyable offense à son Amour. Ce bref temps d’une vie humaine où la liberté peut constamment être donnée ou refusée, ce sont à la fois les joies toujours menacées du Ciel et les douleurs sans mesure des refus et des outrages. Mais il faut savoir la joie unique que nous donnons au Père et à son Fils et à l’Esprit Saint en répondant aux avances de Dieu ici-bas dans la nuit de la foi et les douleurs de la vie. Saint Augustin disait que la vie humaine est une tentation perpétuelle, ce sont les fiançailles mystérieuses de l’Epoux du Cantique qui fait le siège de la bien-aimée. Et chaque âme est un bien-aimé, mais Marie est par excellence la Bien-Aimée dont le Fiat perpétuel a tout sauvé.

 

Pour Marie aussi la terre est ou peut être un lieu de plénitude incomparable, chaque fois qu’elle peut sauver un pécheur et combler une âme qui l’imite et dit ses Fiat tout au long des jours. La terre devient alors un ciel pour la Rein des anges.

 

Ce risque pris par Dieu à propos des hommes est aussi celui que Dieu a pris avec les anges, mais pour l’humanité l’enjeu est beaucoup plus grand, non seulement en raison de la faiblesse humaine accrue par le péché originel, mais parce que le Fils unique s’est incarné et a pris un corps rendant possible la divinisation. Les anges sont de grands princes, mais le moindre fils de l’homme est de la famille royale.

 

Le péché de l’ange est très instructif. Des volumes ont été consacrés à la question et les plus clairs sont souvent embrouillés. Citons une mystique espagnole du XVIIe qui, en quelques lignes, expose avec une parfaite clarté ce que fut ce péché : « Dieu leur manifesta qu’Il devait créer une nature humaine et des créatures raisonnables et inférieures, afin qu’ils L’aiment, Le craignent et L’honorent ; qu’Il devait favoriser beaucoup cette nature ; que la seconde Personne de la très Sainte Trinité devait s’incarner, se faire homme et élever la nature humaine à l’union hypostatique et à la Personne divine ; qu’ils devaient reconnaître, honorer et adorer de suppôt, Homme-Dieu, non seulement en tant que Dieu, mais conjointement en tant qu’homme et que les mêmes anges devaient être ses inférieurs et ses serviteurs en grâce et en dignité… d’autant que l’acceptation dez mérites prévus de l’Homme – Dieu leur avait mérité la grâce qu’ils possédaient et la gloire qu’ils possédaient. » (Marie d’Agreda, dans la cité mystique, t1 p410)

 

On peut ajouter que la très haute dignité de la Mère du Christ, mère de Dieu, devenue Reine du Ciel et de la terre pouvait rendre plus difficile à l’orgueil des réprouvés ce mystère d’amour. Tous les anges furent créés en grâce, mais la charité fut le fait des anges confirmés et cette grâce de la charité fut la cause et le fruit du choix libre de ces anges. La bataille entre les anges qu’évoque l’Apocalypse montre la gravité de l’épreuve consistant à préférer Dieu à soi.

 

Extrait de Stella Maris de février 2012

 

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