Fruits de l’adoration : Grâces personnelles (1) – (ASDE 07)

FRUITS DE L’ADORATION

P. Florian Racine

 

GRACES PERSONNELLES (1)

 

Tout d’abord, en venant se prosterner devant le Saint-Sacrement, l’adorateur fait l’expérience de la tendresse de Dieu. Déjà, en Galilée, les foules se pressaient autour Jésus pour l’entendre et le voir accomplir des signes et des prodiges. Pensons à cette femme qui toucha Jésus par sa foi, libérant ainsi sa puissance. Jésus prend conscience de la force qui est sortie de lui et dit : « Qui m’a touché ? » (Mt 5, 30). Notre foi touche le Cœur de Jésus et libère sa puissance et son amour guérissant sur nous, notre famille et le monde entier, chaque fois que nous allons à lui au Saint-Sacrement. Dans le silence de l’adoration, nous répondons à l’invitation de Jésus qui dit aux multitudes : « Venez à moi…, vous tous qui avez soif…, vous tous qui êtes fatigués… »

 

Venez vous reposer dans un coin désert… Car de mon sein coulera des fleuves d’eau vive. Il parlait de l’Esprit Saint. Au Saint-Sacrement, Jésus refait nos forces et renouvelle en nous l’espérance lorsque tout semble perdu. Jean-Paul II témoignait : « Il est bon de s’entretenir avec Lui et, penchés sur sa poitrine comme le disciple bien-aimé, d’être touchés par l’amour infini de son cœur. Si, à notre époque, le christianisme doit se distinguer surtout par « l’art de la prière », comment ne pas ressentir le besoin renouvelé de demeurer longuement, en conversation spirituelle, en adoration silencieuse, en attitude d’amour, devant le Christ présent dans le Saint-Sacrement ? Bien des fois, j’ai fait cette expérience et j’en ai reçu force, consolation et soutien ! » (Jean Paul II, Lettre encyclique, ‘Ecclesia de Eucharistia’, n. 25, 2003).

 

Pour mieux évangéliser, l’adorateur doit d’abord se laisser évangéliser. Il doit laisser l’amour miséricordieux du Christ le guérir, le libérer, l’éclairer, le relever. A la question « que fait Jésus au Saint Sacrement ? », le curé d’Ars répondait : « il nous attend ». Là, Jésus voile sa majesté pour que nous osions aller lui parler comme un ami à son ami. Il tempère l’ardeur de son Cœur pour nous faire expérimenter sa douce tendresse. Sur la Croix, Jésus transforme la haine en amour et la mort en vie. De même, dans l’Eucharistie, Jésus opère la même merveille en nous : il change le mal en bien, les ténèbres en lumière, la peur en confiance. Pauline-Marie Jaricot, cet apôtre infatigable de la charité, vivant à Lyon au XIXème siècle, résume cette transformation personnelle qui s’opère dans le cœur des adorateurs qui laissent l’Esprit changer les cœurs de pierre en cœurs de chair : « C’est au pied de vos saints tabernacles que mon cœur desséché par les plus rudes épreuves, a constamment trouvé les forces nécessaires pour en supporter la rigueur. C’est là que mes combats se sont changés en victoires, ma faiblesse en courage, mes tiédeurs en ferveur, mes incertitudes en lumières, ma tristesse en joie, mes obstacles en succès, mes désirs en volonté, mes ressentiments contre le prochain en ardente charité. Tout ce que je sais, je l’ai appris à vos pieds, Seigneur » (Pauline-Marie Jaricot, ‘L’Amour Infini dans la Divine Eucharistie’, Lyon, Impr St Joseph, 2001).

 

Adorer fidèlement le Saint-Sacrement est ensuite une école de ferveur spirituelle et de fidélité dans la prière. Lorsqu’une paroisse organise l’adoration perpétuelle, chaque paroissien est invité à venir régulièrement adorer une heure par semaine. Cet engagement hebdomadaire comprend plusieurs avantages : avant tout, il aide les paroissiens à rester fidèles à la prière personnelle malgré les temps d’aridité, de sécheresse spirituelle endurés. Un curé témoigne : « Les grands maîtres spirituels soulignent que tout progrès spirituel nécessite une régularité, une fidélité et une ascèse. Le rythme d’une heure d’adoration par semaine nous permet de rentrer dans un emploi du temps hebdomadaire qui convient bien à chacun. Il permet de placer Jésus avant toute activité, comme dans l’évangile de Marthe et Marie, où Jésus nous rappelle, à travers le témoignage de Marie assise aux pieds du Seigneur, qu’une seule chose est nécessaire ou à Gethsémani, quand Jésus demande à Pierre : « Simon tu dors ? Tu n’as pas eu la force de veiller une heure ? » (Mc 14, 38) » (Témoignage du père Michel Pieron, curé de Vichy, 2005).

 

En s’engageant à adorer une heure par semaine, le paroissien se libère d’une démarche trop sensible ou sentimentale et passe progressivement à une adoration en ‘esprit et en vérité’, une adoration en Église et pour l’Église. On constate souvent qu’après quelques mois d’adoration, des adorateurs disent : « j’arrête l’adoration, parce que je ne ressens plus rien ». Mais Jésus rappelle que le « Père cherche des adorateurs qui adorent en esprit et en vérité » (Jn 4, 23), et non pas des adorateurs motivés uniquement par des grâces sensibles. Ainsi, une chapelle d’adoration accueillant les paroissiens à tour de rôle, constitue une véritable école de fidélité, de ferveur, où la rencontre avec Jésus devient une vraie expérience spirituelle, indépendamment des consolations ressenties… J’insiste sur l’importance de mettre en place une organisation où chaque adorateur est conscient qu’il est gardien du Saint-Sacrement. S’il ne peut se rendre à ce ‘rendez-vous d’amour’, il doit suivre une démarche simple pour trouver un remplaçant. Une équipe de responsables s’organise pour l’aider à cela.

 

Soulignons la dimension ecclésiale de ce type d’organisation : l’adorateur prend le relais d’un autre et laissera, après son heure, la place à un nouvel adorateur. Cette chaine d’adoration incite les adorateurs à rester fidèles, car la présence de l’un encourage l’autre pendant la permutation d’heure en heure, de jour comme de nuit. En outre, il est fortement encouragé d’utiliser un ostensoir traditionnel posé dignement sur un autel, plutôt que d’utiliser un tabernacle avec des volets ou un ostensoir placé derrière une grille ou une vitre blindée… Au lieu de mettre en valeur la présence réelle et de solenniser la démarche d’adoration du Saint-Sacrement, cette forme d’exposition, d’ailleurs nullement recommandée par le magistère et qui pourtant se répand dans tant de paroisses aujourd’hui, a pour conséquence directe un désengagement des adorateurs.

Cherchant une solution de facilité qui veut faire l’économie d’une organisation dont l’unique but est de favoriser la fidélité, l’adoration est alors réduite à une simple dévotion privée et non à une prière ecclésiale. Elle n’est plus une prière aux dimensions du monde où chacun veille, à tour de rôle, en Église et pour l’Église. Les adorateurs perdent ainsi le sens de la ‘garde d’honneur’ ou ‘garde d’amour’. Ils se démotiveront très vite et n’auront plus de raison de chercher un remplaçant pour remédier à leurs absences. La chaîne d’adoration sera vite discontinue et petit à petit s’étiolera jusqu’à disparaître. Enfin, une paroisse qui choisit un de ces modes d’exposition, au détriment de l’ostensoir exposé jour et nuit sur un autel, ne pose pas l’acte de foi que le Seigneur attend et par lequel il donne une grâce bien spécifique pour notre Église et notre temps ! « Soyez sans crainte, ayez seulement la foi » (Mc 5, 36).

 

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :