Transformation eucharistique (ASDE 08)

Transformation Eucharistique

P. Florian Racine

 

Jésus n’est plus présent aux hommes de la même manière qu’il l’était sur les routes de Palestine. Après la Résurrection, dans son corps de gloire, il est apparu aux femmes et à ses disciples. Puis il emmena les Apôtres « jusque vers Béthanie et, levant les mains, il les bénit, il se sépara d’eux et fut emporté au ciel » (Lc 24, 50-51). Mais en montant vers le Père, le Christ ne s’est pas éloigné des hommes. Il demeure pour toujours au milieu de ses frères et, comme il l’a promis, il les accompagne et les guide par son Esprit.

 

Désormais, sa présence est d’un autre ordre. En effet, « à la dernière Cène, après avoir célébré la Pâque avec ses disciples, lorsqu’il allait passer de ce monde à son Père, le Christ institua ce sacrement comme le mémorial de sa Passion […], le plus grand de tous les miracles ; et à ceux que son absence remplirait de tristesse, il laissa ce sacrement comme réconfort incomparable ». Chaque fois que, dans l’Église, nous célébrons l’Eucharistie, nous rappelons la mort du Sauveur, nous annonçons sa Résurrection dans l’attente de son retour. Lorsque nous communions, nous sommes incorporés au Christ. Notre vie est transformée et assumée par le Seigneur. La contemplation prolonge la communion et permet de rencontrer durablement le Christ, vrai Dieu et vrai homme, de se laisser regarder par lui et de faire l’expérience de sa présence.

L’Eucharistie est le soleil spirituel du monde. Comme le soleil donne la vie à la nature par sa chaleur et sa lumière, l’Eucharistie donne la vie divine aux âmes par sa grâce et sa lumière spirituelle qui chasse toutes ténèbres. En effet, l’Eucharistie est le Corps ressuscité de Jésus avec toute la beauté et la puissance de sa résurrection. De même que nous ne pouvons marcher sous le soleil sans être réchauffés par ses rayons, de même nous ne pouvons venir devant le Saint- Sacrement sans être transformés par ses rayons d’amour. L’Eucharistie célébrée et contemplée est le gage de notre Résurrection future : « C’est la volonté du Père que quiconque voit le Fils et croit en lui ait la vie éternelle et je le ressusciterai le dernier jour » (Jn 6, 40).

 

Comme Moïse rencontra Dieu au buisson ardent, le Christ est un brasier brûlant d’amour au Saint-Sacrement. Si les fils d’Israël ne pouvaient fixer les yeux sur Moïse à cause de la gloire qui émanait de son visage après avoir rencontré Dieu dans la Tente de la rencontre dans l’ancienne alliance (cf Ex 34, 34), quelle est donc grande la gloire que Jésus nous donne en passant du temps devant lui dans l’Eucharistie, mystère de la nouvelle alliance ! Qui n’est pas émerveillé par la métamorphose de la chenille en papillon ? La différence en notre âme pour chaque heure d’adoration émerveille les saints dans le ciel et les anges sur la terre ! La transformation qui se produit dans notre âme est comme celle qui s’est produite dans le corps de Saint François d’Assise ou de Padre Pio lorsqu’ils reçurent les stigmates. Pour chaque moment en sa présence, ce n’est pas nos mains et notre côté, mais notre âme qui est transformée de plus en plus à l’image et à la ressemblance du Christ lui-même. Le Saint-Sacrement est un feu d’amour divin qui transforme tout en lui-même. C’est pourquoi Saint Paul dit : « Nous tous qui, le visage découvert, contemplons en reflétant la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en cette image, allant de gloire en gloire, comme de par le Seigneur, qui est esprit. (2 Cor 3 18) » Le secret de l’adoration est donc d’entrer sans défense ni résistance dans le mouvement d’adoration de Jésus pour son Père.

 

Sainte Faustine nous raconte une vision étonnante. Elle écrit dans son petit journal : « Un soir en entrant dans ma cellule, je vis Jésus exposé dans l’ostensoir. Il m’a semblé que c’était en plein air. Aux pieds de Jésus, je voyais mon confesseur et derrière lui un grand nombre de dignitaire de l’Eglise… plus loin encore, je vis des grandes foules que je ne pouvais embrasser d’un coup d’œil. Je voyais ces deux rayons sortant de l’hostie, les mêmes qui sont sur l’image… Ils passèrent par les mains de mon confesseur, puis par les mains de ce clergé, et de leurs mains à la foule, puis revinrent à l’hostie ». Et Faustine écrit : « Alors que j’étais à l’église, j’ai aperçu ces mêmes rayons sortant de l’ostensoir. Ils se répandaient dans toute l’église. Cela dura pendant tout l’office. Après la bénédiction, ils se répandirent des deux côtés puis revinrent à l’ostensoir. J’ai prié Jésus qu’il daigne allumer le feu de son amour dans toutes les âmes froides. Sous ces rayons, leur cœur se réchaufferait, même s’il était froid comme de la glace, et il serait réduit en poussières, même s’il était dur comme du roc ».

 

Ainsi, dans l’adoration, notre foi et notre amour touchent le Cœur de Jésus, libérant ainsi ses rayons d’amour et de miséricorde sur l’humanité entière. Chaque personne sur terre reçoit un nouvel effet des grâces et des bienfaits provenant du Saint-Sacrement. Enfin, Jésus apprend à Faustine à respecter et à servir ses sœurs avec l’amour même qui découle du sacrement de l’Amour : « Un jour en arrivant dans ma cellule, j’étais si fatiguée que j’ai dû me reposer un instant avant de me déshabiller. Lorsque je fus déshabillée, une des sœurs vint me demander de lui apporter de l’eau chaude. Malgré ma fatigue, je m’habillai rapidement et lui apportai l’eau qu’elle désirait, bien qu’il y eût une bonne distance entre la cuisine, et qu’on eût de la boue jusqu’aux chevilles. En rentrant dans ma cellule, j’aperçus le ciboire avec le Saint-Sacrement et j’entendis :  » Prends ce ciboire et transporte-le au Tabernacle. » J’hésitai un moment, mais lorsque je me suis approchée et que j’ai touché le ciboire, j’entendis ces mots : «  Approche-toi de chacune des sœurs, avec le même amour que tu as pour Moi, et tout ce que tu leur fais, fais-le pour Moi. » Après un instant je m’aperçus que j’étais seule ». Ainsi, la proximité avec le Christ, dans le silence de l’adoration, n’éloigne pas de nos contemporains mais, au contraire, elle nous rend attentifs et ouverts aux joies et aux souffrances des hommes, et elle élargit le cœur aux dimensions du monde.

 

Bonne fête de Pâques

 

 

Les deux derniers textes publiés du Père Florian Racine sont les éditoriaux d’avril 2010 et 2011 tirés du « Brasier Eucharistique », la revue des adorateurs.

 

Nous remercions aimablement le Père Florian Racine qui nous permet de puiser abondamment, dans ses écrits, les textes sur l’adoration et l’eucharistie, que nous publions au fil de nos parutions.

 

 

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