Evangélisation à partir de l’Eucharistie – 2 (ASDE 09)

Evangélisation

à partir de l’Eucharistie

P. Florian Racine

2ème partie

 

3. Fidélité et ferveur dans la prière

« Fixons les yeux sur le chef de notre foi, qui la mène à la perfection, Jésus » (Hb 12, 2)

« Oui, chers Frères et Sœurs, nos communautés chrétiennes doivent devenir d’authentiques « écoles » de prière, où la rencontre avec le Christ ne s’exprime pas seulement en demande d’aide, mais aussi en action de grâce, louange, adoration, contemplation, écoute, affection ardente, jusqu’à une vraie « folie » du cœur. Il s’agit donc d’une prière intense, qui toutefois ne détourne pas de l’engagement dans l’histoire: en ouvrant le cœur à l’amour de Dieu, elle l’ouvre aussi à l’amour des frères et rend capable de construire l’histoire selon le dessein de Dieu. » (Jean-Paul II, Novo Millennio Ineunte)

L’adoration consiste à se laisser regarder, aimer

et saisir par le Christ qui nous conduit au Père.

Annoncer Dieu, c’est introduire à la relation à Dieu : apprendre à prier. La prière est la foi en acte. Et ce n’est que dans l’expérience de la vie avec Dieu qu’apparaît aussi l’évidence de son existence. C’est pour cette raison que sont si importantes les écoles et les communautés de prière.

L’adoration eucharistique nous place à l’école du Coeur de Jésus, école de douceur, d’humilité et d’ardente charité. Sainte Thérèse de Lisieux trouvait en l’Eucharistie le modèle de toutes les vertus à imiter. En méditant sur l’abaissement de Jésus dans l’humble Hostie, elle cherchait en retour toute occasion pour s’abaisser. En contemplant la manière dont Jésus se donne sans défense dans l’Eucharistie, elle apprenait à se donner au Seigneur et à ses soeurs de la même manière. Puisque Jésus se cache dans la petite Hostie, Thérèse voulait se cacher pour mieux ressembler à son Seigneur…

 

4. Etre « contemple-actif  » :

«  L’Eucharistie est un évènement missionnaire « 

Dans l’Eucharistie, Dieu prend l’initiative de nous rencontrer. Jésus dit: « Je suis le pain vivant descendu du ciel » (Jn 6, 51) « L’Eucharistie est le sacrement de Dieu allant à la recherche de l’homme. « L’eucharistie signifie : Dieu a répondu. L’eucharistie est Dieu comme réponse, comme présence qui répond » (J. Ratzinger). L’évangélisation naît de ce contact personnel avec Jésus-Christ. L’adorateur consent à se laisser radicalement saisir par le Christ. Il se laisse « évangéliser » par celui qu’il aura mission d’annoncer.

‘C’est moi qui ferai paître mes brebis et c’est moi qui les ferai reposer, Je chercherai celle qui est perdue, Je ramènerai celle qui est égarée, Je panserai celle qui est blessée, Je fortifierai celle qui est malade.’ (Ez 34, 15-16)

Jésus au Saint-Sacrement est l’envoyé du Père. Il nous appelle à lui (« Je veux que là où je suis, eux aussi soient avec moi. » (Jn 17, 24)), il nous ‘évangélise’ avant de nous envoyer vers les autres. En Lc 2, 10, les bergers reçoivent la Bonne Nouvelle des anges. Cette Bonne Nouvelle est la présence de Jésus parmi son peuple. Les bergers vont à Bethléem adorer Jésus. Immédiatement après, ils vont l’annoncer à tous, ce qui fait l’admiration et l’étonnement de beaucoup (Lc 2,16-17). Ils sont évangélisés par les anges et deviennent évangélisateurs à leur tour. Entre temps, ils adorent Jésus, aujourd’hui présent au Saint-Sacrement. Voilà le lien entre adoration et l’évangélisation.

À la transfiguration, Pierre dit : « Qu’il est bon d’être ici« . Et il veut monter une tente pour rester sur la montagne. Mais Jésus, après leur avoir montré sa gloire, renvoie ses trois disciples en bas de la montagne pour continuer leur mission.

« Allez donc, de toutes les nations faites des disciples… et voici que je suis avec vous jusqu’à la fin des temps. » (Mt 28, 20). « Allez vers », c’est l’évangélisation. Celle-ci est possible parce qu’il « est avec nous jusqu’à la fin », c’est l’adoration. Les deux vont ensemble.

« L’action présuppose la contemplation : elle naît de celle-ci et s’en nourrit. On ne peut pas donner d’amour à ses frères si on ne puise pas auparavant à la Source authentique de la charité divine et cela n’a lieu qu’à l’occasion d’un arrêt prolongé de prière, d’écoute de la parole de Dieu, d’adoration de l’Eucharistie, source et sommet de la vie chrétienne. Prière et engagement constituent un binôme vital, inséparable et fécond. » (OR version française, n 20 (2572), 18 mai 1999 par le Pape Jean-Paul II)

Dans son audience générale du 21 juin 2000, le Pape soulignait avec force la dimension missionnaire de l’Eucharistie. « C’est dans l’Eucharistie que l’Eglise et chaque croyant trouvent la force indispensable pour annoncer et témoigner à tous de l’Evangile du salut.

La célébration de l’Eucharistie, sacrement de la Pâque du Seigneur, est en soi un événement missionnaire qui introduit dans le monde le germe fécond de la vie nouvelle. Cette caractéristique missionnaire de l’Eucharistie est explicitement rappelée par Saint Paul dans sa lettre aux Corinthiens : « Chaque fois que vous mangez de ce pain et que vous buvez de ce calice, vous annoncez la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne » (1 Co 11,26). L’Eglise reprend les mots de St Paul dans la doxologie après la consécration. L’Eucharistie est un sacrement « missionnaire », non seulement parce que c’est d’elle que jaillit la grâce de sa mission, mais aussi parce qu’elle contient le principe et la source pérenne du salut pour tous les hommes. La célébration du Sacrifice eucharistique est par conséquent l’acte missionnaire le plus efficace que la Communauté ecclésiale puisse réaliser dans l’histoire du monde. »

Voici le témoignage de Mère Teresa : « Notre règle ordonnait, jusqu’en 1973, une heure d’adoration par semaine devant le Saint-Sacrement… Nous avons beaucoup à faire vu que nos maisons pour les lépreux, les malades, les enfants abandonnés sont toujours au complet. Néanmoins, nous maintenons fidèlement notre heure quotidienne d’adoration. Eh bien! depuis que nous avons introduit cette modification dans notre emploi du temps, notre amour pour Jésus est devenu plus intime, plus éclairé. Notre amour réciproque est plus compréhensif, il règne entre nous une entente plus affectueuse, nous aimons davantage nos pauvres et, chose encore plus surprenante, le nombre des vocations a doublé chez nous… » Benoît XVI exprime comment la prière non seulement de s’accorder avec la volonté divine, mais surtout d’y puiser la force du Christ. « La prière comme moyen pour puiser toujours à nouveau la force du Christ devient ici une urgence tout à fait concrète. Celui qui prie ne perd pas son temps, même si la situation apparaît réellement urgente et semble pousser uniquement à l’action. La piété n’affaiblit pas la lutte contre la pauvreté ou même contre la misère du prochain. La bienheureuse Teresa de Calcutta est un exemple particulièrement manifeste que le temps consacré à Dieu dans la prière non seulement ne nuit pas à l’efficacité ni à l’activité de l’amour envers le prochain, mais en est en réalité la source inépuisable » (Benoît XVI, Deus Caritas Est)

L’Eucharistie contient une puissance de transformation. Le Christ chasse toutes nos ténèbres, il guérit nos cœurs, donne sa lumière et sa paix. À Cana, Jésus change l’eau en vin. À la dernière cène, il change le pain et le vin en son propre Corps et Sang. En venant en sa présence eucharistique, Jésus change notre cœur de pierre en cœur de chair : il nous donne un cœur qui désire partager le plus grand trésor sur terre : la présence aimante de Jésus parmi nous ! Paul VI nous dit qu’il n’y a « rien de plus doux sur terre, rien de plus apte à faire avancer dans les voies de la sainteté » que l’adoration du Saint-Sacrement. (Paul VI, Mysterium Fidei)

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