Evangélisation à partir de l’Eucharistie – 3 (ASDE 09)

Evangélisation

à partir de l’Eucharistie

P. Florian Racine

3ème partie

 

5. Évangélisation de tout l’être

 

Nous sommes appelés, comme Chrétiens, à adorer en « esprit et en vérité ». Cette adoration ne consiste pas seulement en un exercice d’intelligence ou de volonté. L’adoration doit s’exprimer avec tout notre être et donc engager également notre corps. L’homme est créé pour adorer, pour s’incliner profondément devant Celui qui nous a faits et qui nous dépasse.

 

 

a. Evangélisation de notre corps : « Adoration » (tirée du latin « os » : la bouche). L’adoration comprend donc une prostration dont le but est d’atteindre l’objet de la vénération et de le baiser. Adorer signifie donc : s’incliner profondément en signe d’extrême respect. C’est l’attitude naturelle de l’homme quand il se trouve en face de quelqu’un qui le dépasse.

Exemple : La femme atteinte d’hémorragie se jette par terre et veut attraper la frange du manteau de Jésus pour l’embrasser (Lc 8,44). Aussi, Marie-Madeleine se jette aux pieds de Jésus et les lave de ses larmes.

 

« Les vingt-quatre Vieillards se prosternent devant Celui qui siège sur le trône pour adorer Celui qui vit dans les siècles des siècles ; ils lancent leurs couronnes devant le trône » (Ap 4, 10)

 

Cette position à genoux est l’expression corporelle de notre adhésion à la présence réelle de Jésus-Christ, qui, comme Dieu et homme, avec son corps et son âme, avec sa chair et son sang, se rend présent parmi nous. Notre foi au Verbe incarné qui est allé jusqu’à donner sa vie, son corps, sa mort pour le salut du monde, nous conduit, comme les bergers et les mages, à exprimer nous aussi par notre corps notre émerveillement et notre adoration. Notre corps manifeste alors visiblement ce que notre cœur croit. Ainsi la philosophe Simone Veil, d’origine juive et non croyante, exprimait ainsi sa découverte du Christ à Assise en 1936. « Quelque chose de plus fort que moi m’a obligé, pour la première fois de ma vie, à me mettre à genoux ». Oui, nous avons la grâce de connaître quelqu’un devant qui s’agenouiller. L’attitude extérieure traduit la dévotion intérieure. St Pierre-Julien Eymard nous rappelle que le premier mouvement de l’adoration consiste justement à se prosterner à terre, le front incliné. C’est une attitude qui nous permet de proclamer sans mots la majesté infinie du Dieu qui se cache sous le voile de l’Eucharistie.

 

b. Evangélisation du regard et de la mémoire : Les campagnes publicitaires bombardent sans cesse notre esprit par des images, bien souvent marquées par la sensualité, voire l’érotisme. Rares sont les grandes productions cinématographiques qui excluent toutes scènes érotiques ou violentes. Ces images s’impriment profondément dans la mémoire et blessent notre relation au Père. Il faudra des années pour se débarrasser de ce poison qui pollue l’esprit et souille le cœur. Jésus disait : « Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu » (Mt 5, 8). En contemplant l’Hostie, Corps ressuscité du Christ, le Seigneur guérit le cœur, purifie le regard, débarrasse l’inconscient des images les plus pernicieuses, efface de la mémoire ce qui lui est nocif et renouvelle la capacité à s’émerveiller de la vraie beauté. Sous la lumière du Ressuscité, le Christ touche nos sens intérieurs et chasse toutes ténèbres, car « le soleil de justice brillera, avec la guérison dans ses rayons » (Ml 3, 20). En regardant la Sainte Hostie, le Seigneur guérit ce que l’impureté a brisé en soi.

 

c. Evangélisation de l’intelligence : Entrer dans l’humilité de Dieu dans l’Eucharistie. En face de l’incompréhensibilité du mystère eucharistique, notre intelligence fait sienne la parole de Pierre : « Seigneur à qui irions-nous, tu as les paroles de la vie éternelle. Nous croyons et nous avons reconnu que tu es les Saint de Dieu » (Jn 6, 68). Puisque Jésus est la Vérité, il ne peut nous tromper. Il se rend présent dans l’Eucharistie pour éclairer notre intelligence. L’intelligence permet l’étude de la théologie, c’est-à-dire l’étude de Dieu. La foi qui pousse à aller devant le Saint-Sacrement nous donne la connaissance de Dieu lui-même. L’une est l’étude académique de l’amour, l’autre est la douce expérience de l’Amour personnifié. Saint Thomas d’Aquin, le plus éminent théologien, écrit avant de mourir qu’il a plus reçu devant le tabernacle que dans tous les livres qu’il a lus ou dans tout ce qu’il a entendu. Pauline-Marie Jaricot dira de même : « Tout ce que je sais, je l’ai appris à vos pieds, Seigneur. Recevez donc l’hommage de tout ce que je suis, de tout ce que j’ai, de tout ce que je pourrais jamais penser, dire et faire de bien. » Voilà l’hommage de notre intelligence à la souveraine intelligence divine…

 

d. Evangélisation de la volonté : Entrer dans la pauvreté de Dieu. Bien que l’univers ne puisse contenir Dieu, le Seigneur choisit de se contenir corporellement dans une petite Hostie, car l’amour consiste toujours à s’abaisser auprès de la personne bien-aimée. Adorer, c’est adhérer, c’est à dire accueillir librement la volonté de Dieu et son plan d’amour qui se dévoile à travers la divine providence. « Que ta volonté soit faite » et non la mienne… Par l’adoration du Saint-Sacrement, le Chrétien remet totalement au Seigneur sa propre volonté et laisse Dieu inspirer et placer dans son cœur sa souveraine volonté. « Je suis la vigne, vous êtes les sarments, si vous demeurez en moi et moi en vous, vous porterez beaucoup de fruits, mais hors de moi vous ne pouvez rien faire. » (Jn 15, 5) Plus nous serons fidèles à la volonté de Dieu, plus notre activité apostolique sera féconde.

 

 

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