Il faut parler à Dieu avec confiance et familiarité (ASDE10)

Manière d’Entretenir avec Dieu
une Conversation continuelle et familière.

1 – Il faut parler à Dieu avec confiance et familiarité

 

A considérer la préoccupation qu’a notre grand Dieu de faire du bien aux hommes, à ne découvrir dans son Cœur divin de soin plus pressant que d’aimer les hommes et de s’en faire aimer, le saint homme Job était dans la stupeur. « Seigneur, s’écriait-il, qu’est-ce que l’homme pour que Vous fassiez de lui si grand cas ? Ou pourquoi votre cœur est-il en souci de lui ? » (Job 7, 17.)

 

Voilà qui nous fait comprendre quelle erreur c’est de penser qu’il y ait manque de respect envers la Majesté divine à mettre, dans nos relations avec Dieu, de l’abandon et de la familiarité.

 

Sans doute, âme pieuse, vous devez, en toute humilité, respecter Dieu et vous tenir bien petite en sa présence, au souvenir sur tout de vos ingratitudes et des procédés offensants dont vous avez usé à son égard. Mais cela ne doit pas vous empêcher de le traiter avec l’amour le plus tendre et le plus confiant dont vous soyez capable.

 

Il est majesté infinie, mais en même temps infinie bonté et amour sans mesure. Vous trouvez en Dieu la plus haute Souveraineté qui se puisse concevoir ; mais vous rencontrez aussi, en lui, l’Ami le plus affectueusement attaché que vous puissiez avoir.

 

Si vous apportez, dans vos rapports avec lui, la confiante liberté et la naïve affection des enfants pour leurs mères, loin d’en être fâché, il en est heureux. Ecoutez comment il vous invite à venir près de lui et quelles tendresses il vous promet : « Vous serez de petits enfants portés à la mamelle et caressés sur les genoux : de même qu’une mère caresse un de ses enfants, ainsi moi je vous consolerai. (Is 66, 12-13). Une mère jouit de prendre son enfant sur ses genoux, et là, de lui donner sa nourriture et de lui prodiguer ses caresses ; notre Dieu si bon prend plaisir à traiter de semblable manière les âmes chéries qui se donnent entièrement à lui et placent dans sa bonté toutes leurs espérances.

 

Croyez bien qu’il n’est au monde ni ami, ni frère. Ni père, ni mère, ni époux, ni fiancé qui aime plus que ne vous aime votre Dieu. La grâce divine est ce trésor de grand prix, ce « trésor infini dont parle le Sage, qui, dès que nous en usons, nous rend participants de l’amitié de Dieu. » (Sag. 7, 14). Devant ce Dieu, nous n’étions que de bien chétives créatures, de pauvres serviteurs ; et voilà que nous devenons les amis, les amis très chers de notre Créateur lui-même. En vue précisément de nous rendre plus confiants avec lui, « il s’est anéanti » (Philippiens. 2, 7) pour ainsi dire, s’abaissant jusqu’à se faire homme pour « converser familièrement avec les hommes. » (Bar. 3, 38). Ce n’était pas assez : il s’est fait enfant ; il s’est fait pauvre ; il s’est même laissé mettre à mort, par arrêt de justice, devant tout un peuple, sur une croix. Plus encore : il va jusqu’à se placer sous les espèces du pain pour se faire notre compagnon de tous les jours et s’unir, d’intime union, à chacun de nous : « Celui, dit-il, qui mange ma chair et boit mon sang, demeure en moi, et moi en lui. » (Jean 6, 57). Bref, on dirait qu’il n’a d’amour que pour vous, tant il vous aime.

 

Aussi, est-ce lui que vous devez aimer, et nul autre. De lui, vous pouvez et vous devez dire : « Mon Bien-Aimé est à moi et je suis à Lui (Cant. 2, 16) ; mon Dieu s’est donné à moi sans réserve, et sans réserve à lui je me donne ; j’ai été choisi par lui comme objet de sa tendresse ; et lui, entre mille, entre tous, lui, blanc et vermeil, si aimable et si aimant, il est l’élu (Cant. 5, 10) de mon cœur, celui que je veux uniquement aimer. »

 

Dites-lui donc souvent : « Mon doux Seigneur, pourquoi m’aimez-vous à ce point ? Que voyez-vous de bon en moi ? Avez-vous oublié quelles offenses je vous ai faites ? Ah ! Dès lors que vous m’avez traité avec tant d’amour, au lieu de m’envoyer en enfer, vous m’avez comblé de vos grâces, à qui donc voudrai-je désormais porter mon amour, sinon à vous, ô Bien qui êtes mon bien et tout mon bien ? Mon Dieu, Dieu tout aimable, dans mes péchés passés, ce qui m’afflige le plus, ce ne sont point les châtiments que j’ai mérités : c’est le déplaisir que je vous ai causé, à vous qui êtes digne d’un amour infini. Mais vous ne savez pas mépriser un cœur qui se repent et s’humilie. (Ps. 50, 19). Ah ! Désormais, pour cette vie et pour l’autre, mon cœur n’aspire plus qu’à vous posséder, vous. Qu’y a-t-il pour moi au ciel, et hormis vous, qu’est-ce que je désire sur la terre ? Vous êtes le Dieu de mon cœur, le Dieu qui est mon partage pour l’éternité (Ps. 72, 25-26). Oui, vous êtes et à jamais vous serez l’unique Maître de mon cœur de ma volonté, et mon unique trésor, mon paradis, le terme de mes espérances et de mes affections, mon tout, en un mot : vous, le Dieu de mon cœur et mon partage pour toujours. »

 

Il faut affermir toujours davantage votre confiance en Dieu. Pour cela, rappelez-vous fréquemment la conduite, toute de tendresse, qu’il a tenue à votre égard, les doux moyens qu’a employés sa miséricorde pour vous ramener des chemins où vous vous égariez, vous dégager de vos attaches à la terre, et vous attirer à son saint amour. Craignez, dès lors, cette crainte même qui vous retiendrait de traiter votre Dieu avec une confiante liberté, maintenant que vous vous êtes arrêtée à la résolution de l’aimer et de le servir selon votre pouvoir.

 

Les miséricordes dont vous avez été l’objet sont des gages extrêmement sûrs de son amour pour vous. Or, quand Dieu aime une âme et qu’il en est sincèrement aimé, il lui déplaît de trouver en elle de la défiance. Si donc vous voulez réjouir son Coeur si aimant, allez à lui, à partir de ce jour, dans toute la mesure que vous pourrez atteindre, avec la plus entière confiance et la plus libre tendresse.

 

« J’ai gravé ton nom sur mes mains, disait le Seigneur à Jérusalem : tes murailles sont toujours devant mes yeux. » (Is. 49, 16). Ainsi vous parle-t-il à vous-même : « Âme chérie, que crains-tu ? Pourquoi cette défiance s? Ton nom, je le porte, écrit dans mes mains : c’est-à-dire que je ne perds jamais de vue le bien à te faire. Ce sont tes ennemis qui te font trembler ? Sache que le souci de ta défense est tellement présent à ma pensée, qu’il m’est impossible de m’en distraire. »

 

Cette assurance mettait David en joie. « Seigneur, s’écriait-il, votre bienveillance nous couvre comme un bouclier » (Ps. 5, 13) ; qui jamais pourra nous nuire alors que votre bonté et votre amour nous enveloppent de toutes parts pour nous défendre ?

 

Par-dessus tout, avivez votre confiance par la pensée du don que Dieu nous a fait de Jésus-Christ : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique. » (Jean 3, 16). D’où pourrait, s’écrie l’Apôtre, nous venir la crainte que Dieu nous refusât aucun bien, après qu’il a daigné nous faire donation de son Fils même : « Il l’a livré pour nous tous : comment ne nous aurait-il pas donné aussi toutes choses avec lui ? » (Rom. 8, 32).

 

« Mes délices sont d’être avec les en­fants des hommes. » (Prov. 8, 31). Le paradis de Dieu, pouvons-nous dire, c’est le cœur de l’homme. Dieu vous aime ? Aimez-le. Ses délices sont d’être avec vous ? Mettez vos délices à rester avec lui, à passer votre vie entière en sa tout aimable compagnie, qui sera, vous l’espérez bien, le charme de votre éternité.

 

 

Saint Alphonse de Liguori

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :