De quoi faut-il parler à Dieu ? (ASDE 10)

Manière d’Entretenir avec Dieu
une Conversation continuelle et familière.

 

3 – De quoi faut-il parler à Dieu ?

 

N’oubliez donc jamais sa douce présence, comme font, hélas, la plupart des hommes ! Parlez-lui le plus souvent que vous pouvez : il n’en marquera ni ennui, ni dédain, à la façon des grands seigneurs. Si vous l’aimez, vous trouverez toujours que lui dire. Parlez-lui de tout ce qui vous est à cœur, de vous-même, de vos intérêts, comme vous en parleriez à un ami dévoué. N’allez pas le tenir pour un souverain altier qui ne consent à traiter qu’avec des personnages importants et d’affaires importantes. Notre Dieu, lui, se plaît à descendre jusqu’à nous, et jouit de ce que nous le mettions au courant, dans le détail, de nos occupations les plus banales, les moins relevées. Il vous aime et il a soin de vous, comme s’il n’avait à penser qu’à vous seul. Vos intérêts retiennent toute son attention : c’est au point, dirait-on, qu’il n’emploie sa providence qu’à vous secourir, sa toute-puissance qu’à vous aider, sa miséricorde et sa bonté qu’à vous porter compassion, à vous faire du bien, et à gagner par ses délicates prévenances votre confiance et votre amour.

 

Mettez donc sous ses yeux, avec une complète liberté, le fond de votre âme, et priez-le de vous guider en vue de l’exécution parfaite de sa sainte volonté : n’ayez, d’ailleurs, en tous vos désirs et projets, d’autre pensée que de rencontrer son bon plaisir et de contenter son Cœur divin. « Découvre la voie au Seigneur (Ps. 36, 5), et demande-lui qu’il dirige tes voies et que tous tes desseins demeurent fermes en lui. (Tob. 4, 20).

 

Vous allez dire : « A quoi sert-il de découvrir à Dieu tous mes besoins, alors qu’il les voit et les connaît bien mieux que moi-même ? » Il les connaît, oui ; mais les nécessités dont on ne lui parle pas, pour lesquelles on n’implore pas son assistance, Dieu fait comme s’il les ignorait. Notre bon Sauveur savait bien que Lazare était mort : il n’en attendit pas moins que ses sœurs lui en eussent parlé, et alors il les consola par la résurrection de leur frère.

 

Aussi, lorsqu’il vous survient une affliction : maladie, tentation, mauvais procédés du prochain ou une autre épreuve quelconque, vite recourez au Seigneur pour que sa main vous soutienne. Il suffira que vous mettiez sous son regard votre souffrance, en lui disant : « Voyez, Seigneur, la tribulation où je suis. » (Thrèn. I, 20). Il ne manquera pas de vous consoler, ou, tout au moins, de vous donner force et patience pour supporter votre épreuve ; ce qui vous sera de plus grand profit que d’en être entièrement délivré.

 

Manifestez-lui toutes les pensées de crainte ou de tristesse qui vous tourmentent. « Mon Dieu, lui direz-vous, mon espoir est en vous seul ; je vous offre cette peine et je me résigne à votre volonté ; mais vous, ayez pitié de moi : ou délivrez-moi de cette croix, ou donnez-moi le courage de la porter. » Vous le verrez, n’en doutez pas, tenir la promesse qu’il a faite, dans son Évangile, de donner la consolation ou la force à ceux qui recourent à lui dans leurs épreuves. « Venez à moi, Vous tous qui êtes fatigués et qui ployez sous un fardeau, et je vous ranimerai. » (Matt. 11, 28).

 

Ce n’est pas que Dieu s’offense si vous cherchez quelque adoucissement à vos peines auprès de vos amis ; mais il veut être votre principal appui. Aussi, au moins quand vous aurez eu recours aux créatures et qu’elles n’auront pu donner à votre cœur la consolation, réfugiez-vous auprès du Créateur, et dites-lui : « Mes amis n’ont que des paroles » (Job 16, 21), des paroles impuissantes, et je ne veux plus chercher auprès des hommes mon réconfort. Vous seul êtes mon espérance, comme vous êtes mon amour : c’est vous seul que je veux pour consolateur ; que ma meilleure consolation soit de me conformer, en cette occasion, à votre bon plaisir. J’accepte, s’il le faut, de souffrir cette peine durant toute ma vie ; je l’accepterais éternelle, si vous le vouliez ainsi ; mais vous, mon Dieu, soyez mon soutien. »

 

Il ne déplaît point à Dieu que, parfois, vous vous plaigniez doucement à lui. Ne craignez pas de lui dire : « Pourquoi, Seigneur, vous êtes-vous retiré au loin ? (Ps. 9, 22). Vous savez bien que je vous aime et que je n’aspire qu’à votre amour. Par charité, secourez-moi, ne m’abandonnez pas. »

 

Si la désolation se prolonge et que votre angoisse soit extrême, unissez votre voix à celle de Jésus, de Jésus mourant accablé sur la croix ; dites, en implorant la pitié divine : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’avez-vous abandonné ? »(Matt. 27, 46). Mais profitez de cette épreuve, d’abord pour vous abaisser davantage, en vous répétant qu’on ne mérite point de consolations quand on a offensé Dieu ; puis, pour aviver davantage votre confiance, en vous rappelant que, quoi qu’il fasse ou permette, Dieu n’a en vue que votre bien, et qu’ainsi « toutes choses coopèrent au bien » (Rom. 8, 28) de votre âme. Plus le trouble et le découragement vous assiègent, plus vous devez vous armer d’un grand courage et vous écrier : « Le Seigneur est ma lumière et mon salut ; qui craindrai-je ? » (Ps. 26, 1). Oui, Seigneur, c’est vous qui m’éclairerez, c’est vous qui me sauverez ; en vous je me confie, en vous j’ai mis mon espoir : Je ne serai pas confondu à jamais. » (Ps. 30, 2). Établissez-vous ainsi dans la paix, certain que « nul n’a espéré dans le Seigneur et n’a été confondu » (Éccl. 2, 11), nul ne s’est perdu alors qu’il avait placé sa confiance en Dieu.

 

A suivre

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