Jean de la Croix et Elisabeth de la Trinité donnés aux autres – Partie 1

Jean de la Croix et

Elisabeth de la Trinité

donnés aux autres et à Dieu (P1)

« Alors Jésus lui dit :  » Retire-toi, Satan ; car il est écrit : Tu adoreras le Seigneur, ton Dieu, et tu ne serviras que lui seul. « 

St Matthieu, 4, 10

 

 

 

Mon Dieu, je vous aime de tout mon cœur

 

Jean de la Croix et Elisabeth de la Trinité ont aimé les autres, tous les autres, tels qu’ils étaient, en s’adaptant à chacun d’eux, en leur donnant le meilleur d’eux-mêmes parce qu’ils les aimaient avec l’Amour même de Dieu.

 

Ils ont aimé les autres qu’ils voyaient et ils ont – oserai-je dire – plus encore aimé Dieu, le Père, le Fils et l’Esprit qu’ils ne voyaient pas. Pour eux, comme pour nous, le deuxième commandement est semblable au premier (Mt, 22, 39), mais il ne faut pas oublier le premier : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toutes tes forces, par-dessus toutes choses (Mc, 12, 29-30). Mais n’est-ce pas de la folie de penser qu’on peut aimer quelqu’un qu’on ne voit pas, qu’on ne touche pas, qu’on n’entend pas, qu’on n’embrasse pas ? Lui que vous aimez sans L’avoir vu, en qui vous croyez sans Le voir encore, dit saint Pierre dans sa première lettre (1, 8).

 

C’est l’objection classique si souvent lancée par les jeunes. Comment leur répondre sinon par le témoignage de notre vie et celui de tant d’hommes et de femmes dans le monde qui ont tout misé sur cet amour-là. Dieu est pour eux, donc pour nous, un Être tellement concret, vivant, proche, qu’ils peuvent l’aimer comme s’ils voyaient l’invisible (He 11, 27).

 

Elisabeth et Jean de la Croix sont de ceux-là ! Regardons maintenant comment ils vivent cet amour de Dieu, leur amour pour Dieu. Elisabeth écrit : « Je ne Lui demande qu’une chose : L’aimer de toute mon âme, mais d’un amour vrai, fort et généreux. » Jean de la Croix affirme : « L’amour, pour Dieu, est véritable quand rien n’est capable d’abattre son courage, alors qu’il s’agit de travailler ou de souffrir pour le service de Dieu. »

« Jésus, Quelqu’un qu’on connaît intimement, qu’on aime passionnément et qu’on sert héroïquement. » Elisabeth et Jean de la Croix auraient aimé cette affirmation.

 

 

Un amour total et exclusif

 

Pour Elisabeth il n’y a pas de demi-mesure : « Quand j’aime ce n’est pas rien qu’un peu !… » Son amour pour Dieu, pour la Trinité et pour Jésus, le Dieu fait homme, sera un amour total et exclusif : « Si vous saviez comme Il vous aime et vous veut tout près de Lui, vivez en son intimité… Il est l’Ami qui veut être aimé par-dessus tout. » « J’aime tant penser que c’est pour Lui que j’ai tout quitté. C’est si bon de donner quand on aime, et je L’aime tant, ce Dieu qui est jaloux de m’avoir toute pour Lui. »

 

Jean de la Croix précise : « Celui dont l’amour se partage entre la créature et le Créateur témoigne son peu d’estime pour Celui-ci ; il ose mettre dans la même balance Dieu et un objet qui en est infiniment éloigné. »

 

Là encore, nous sentions combien nous sommes loin de telles affirmations. Nous aimons Dieu, nous voulons L’aimer, mais cela ne nous empêche pas d’aimer encore beaucoup de choses qui ne sont pas de Lui : nos aises, notre réputation, nos livres, nos amis… Ne nous décourageons pas ! Ne baissons pas les bras. Redisons avec Elisabeth dans sa prière : « je sens mon impuissance et je vous demande de me revêtir de vous-même’. Rappelons-nous aussi l’affirmation de Jean de la Croix : « Si l’âme cherche son Bien-Aimé, lui-même la cherche avec infiniment plus d’ardeur encore. »

 

 

 

Un amour qui se traduit dans des actes

 

Ce ne sont pas ceux qui disent « Seigneur, Seigneur », qui entreront dans le royaume des cieux ; ce sont ceux qui font la volonté de mon Père (Lc 6, 46). Elisabeth en est convaincue. Elle veut être logique avec elle-même, elle va concrétiser son amour pour Dieu dans des actes. Elle l’écrit : « par tous nos actes disons-Lui notre amour en faisant toujours ce qui Lui plaît, et Il ne nous laissera pas seules, mais il demeurera au centre de notre âme pour être Lui-même notre fidélité. »

 

En lisant le journal ou la correspondance d’Elisabeth Catez avant son entrée au Carmel, nous constatons qu’elle traduit son amour pour Dieu d’abord dans les petites choses de la vie journalière : « Je me réjouissais de communier encore aujourd’hui : pendant quatre jours de suite j’aurais eu la visite de l’Epoux Bien-Aimé. C’était trop de bonheur, et comme j’ai vu que cela contrariait maman, j’ai fait de gros sacrifices que j’ai offerts à mon Jésus. »  « Je vous écris la jambe étendue, je souffre d’une douleur dans le genou et le docteur me condamne au repos absolu. […] C’est un vrai sacrifice, car c’est demain la Fête-Dieu. […] Mais puisque le bon Dieu m’envoie cela, c’est encore meilleur. Il sait bien mieux choisir que nous. »

 

Elle recommande : « ne perdons pas un sacrifice, il y en a tant à recueillir dans une journée : avec les petites tu as bien des occasions, oh, donne tout au Maître. » Et aussi : « vivons d’amour […] livrées tout le temps, nous immolant de minute en minute en faisant la volonté du bon Dieu sans rechercher des choses extraordinaires. »

 

Au Carmel, Elisabeth observera avec amour toutes les exigences, alors très strictes, de la règle carmélitaine : « sachons prouver à Dieu notre amour par la fidélité à notre sainte Règle ; ayons pour elle une sainte passion ; si nous la gardons, elle nous gardera et fera de nous des saints, c’est-à-dire des âmes […] pouvant servir à Dieu et à son Eglise ».

 

Aimer Dieu, pour elle, c’est faire sa volonté dans les petites choses de la vie courante, observer scrupuleusement la règle carmélitaine, accepter de perdre sa volonté propre en se faisant obéissante à l’exemple du Christ obéissant jusqu’à la mort sur la croix. Elle connaît la « Parole d’Amour » de saint Jean de la Croix : « Dieu préfère de toi le moindre degré d’obéissance et de soumission à tous les [grands] services que tu prétends lui rendre. »

 

 

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