Jean de la Croix et Elisabeth de la Trinité donnés aux autres – Partie 2

Jean de la Croix et

Elisabeth de la Trinité

donnés aux autres et à Dieu (P2)

« Alors Jésus lui dit :  » Retire-toi, Satan ; car il est écrit : Tu adoreras le Seigneur, ton Dieu, et tu ne serviras que lui seul. « 

St Matthieu, 4, 10

 

 

A travers toute notre vie

 

Cette acceptation de la volonté de Dieu par amour ira jusqu’à remettre en cause ses désirs les plus chers. C’est le cas lorsque sa mère refuse catégoriquement son entrée au Carmel. Pendant deux ans Elisabeth va exprimer, dans son journal comme dans ses lettres et ses poésies, ses espoirs et ses inquiétudes, mais à travers tout cela on la voit vivre ce qu’elle écrit de belle façon : « J’aimerais tant, ô mon Maître, vivre avec toi dans le silence. Mais ce que j’aime par-dessus tout c’est faire ta volonté, et puisque tu me veux encore dans le monde je me soumets de tout mon cœur pour l’amour de toi. »

 

Faire la volonté de Dieu, c’est accepter, avec amour, toutes les croix, toutes les souffrances. Marguerite Gollot, son amie, est très malade. Elisabeth lui écrit : « Il veut que vous portiez sa croix, que vous partagiez son agonie, que vous buviez avec Lui l’amer calice, mais tout cela c’est de l’amour ! N’est-ce pas toujours Lui qui nous présente la joie ou la douleur, la santé ou la maladie, la consolation ou la croix ? Ah, aimons, chérissons la volonté toute d’amour qui nous envoie ces souffrances ! »

 

En toute chose, elle découvre le Dieu qu’elle aime : « chaque incident, chaque évènement, chaque souffrance comme chaque joie est un sacrement qui [nous] donne Dieu », pense Elisabeth.

 

Prouver concrètement son amour au Seigneur en faisant sa volonté ne s’acquiert pas en un jour. Si nous voulons devenir comme Elisabeth une « louange de gloire », nous devons nous laisser prendre sans réserve : « Une louange de gloire, c’est une âme qui demeure en Dieu, qui L’aime d’un amour pur et désintéressé, sans se rechercher dans la douceur de cet amour […] et qui désire du bien à l’Objet ainsi aimé. Or comment désirer et vouloir effectivement du bien à Dieu si ce n’est en accomplissant sa volonté, puisque cette volonté ordonne toutes choses pour sa plus grande gloire ? Donc cette âme doit s’y livrer pleinement, éperdument, jusqu’à ne plus vouloir autre chose que ce que Dieu veut. »

 

Il faut accepter tout ce qui vient de Dieu conseille saint Jean de la Croix : « Tout ce qui vient de lui vient de son Bien-Aimé, faveurs, afflictions, ou même châtiments, l’amour véritable l’accepte avec un parfait abandon. Il lui suffit de savoir que tel est le bon plaisir divin, pour tout accueillir avec égalité d’âme. »

 

« Vous êtes ce que vous êtes par l’amour et pour l’amour. » Elisabeth commente cette sentence : « Aimer, c’est si simple, c’est se livrer à toutes ses volontés, comme Lui s’est livré à celles du Père ; […] c’est souffrir pour Lui, recueillant avec joie chaque sacrifice, chaque immolation qui nous permettent de donner joie à son cœur. Qu’il t’enseigne Lui-même la science de l’amour en ta solitude intérieure. »

Elle ose dire qu’aimer Dieu de cette façon-là, c’est « si simple » ! Ce n’est pas du tout l’impression que nous en avons. Cela nous paraît au contraire très compliqué : Se livrer totalement à l’amour, tout Lui offrir, faire toujours sa volonté, jamais nous n’y arriverons ! En avons-nous d’ailleurs envie ? Ce n’est pas, pour l’instant, que nous mettons notre bonheur ! C’est vrai, et pourtant en lisant Elisabeth et Jean de la Croix, en relisant l’Evangile, nous comprenons mieux que c’est à cela que nous sommes appelés : Dieu nous aime et, parce qu’Il nous aime, Il attend notre amour. Jésus a aimé les siens « jusqu’au bout », c’est comme cela qu’il nous faut L’aimer à notre tour. Avec ce que nous sommes, tels que nous sommes, il faudra bien qu’un jour nous puissions dire comme Jean de la Croix l’écrit : « Désormais ma seule occupation est d’aimer […] tous mes offices se réduisent à l’exercice de l’amour. Par conséquent, les facultés de mon corps et de mon âme, […] les sens extérieurs et intérieurs […] ne se meuvent plus par l’amour et dans l’amour. Je fais tout par amour, je souffre tout par amour. »

 

 

Un amour transformant

 

Elisabeth affirme d’une façon tout à fait explicite : « Je L’aime passionnément et en L’aimant, je me transforme en Lui. […] Il est toujours avec moi. Il me consomme en l’Un avec Lui, nous nous aimons tant. » Jean de la Croix le dit d’une façon admirable

 

Comme le Père et son Verbe,

Et l’Esprit Saint qui d’eux procède.

La vie de l’un est celle de l’autre,

C’est ainsi que sera l’épouse,

Absorbée en Dieu pour toujours,

Ne vivant plus que sa vie.

 

C’est l’Amour, ce mystérieux Amour, c’est l’Amour seul qui unit l’âme à Dieu et qui la transforme en Lui. Et cet Amour, c’est l’Esprit-Saint : l’amour qui unit le Père au Fils, le Fils au Père, qui nous emporte au sein de la Sainte Trinité. Cet amour nous transforme : il nous fait aimer Dieu de la même manière que le Père aime le Fils ; Jésus l’affirme dans l’Evangile de St Jean (17, 26) : que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux et moi en eux.

 

Jean de la Croix écrit : « Identifiée avec Celui qu’elle aime, l’âme devient Dieu par participation. Et bien que ce mystère ne s’accomplisse pas avec une perfection aussi consommée que dans l’autre vie, [… on peut dire que] leurs deux volontés ne sont plus qu’une seule et même volonté ; [l’âme] fait en Dieu et par Dieu ce que Dieu fait par lui-même en elle. » Elisabeth résume les pages extraordinaires de la troisième strophe de La vive Flamme d’amour dans cette étonnante mais réelle certitude : « Ô bienheureuse mort en Dieu ! Ô suave et douce perte de soi en l’Etre aimé, qui permet à la créature de s’écrier : ‘Je vis non plus en moi, mais c’est le Christ qui vit en moi ; et ce que j’ai de vie en ce corps de mort, je l’ai en la foi du Fils de Dieu qui m’a aimée, et s’est livré pour moi [Ga 2, 20) ».

 

Vraiment, l’Amour dont Dieu nous a aimés le premier, l’Amour dont nous essayons de L’aimer en retour, cet amour est, ô combien, transformant !

 

 

Toujours en progrès jusque dans l’éternité

 

Merveilleuse promesse : Mes bien-aimés, dès à présent, nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. Nous savons que, lorsqu’Il paraîtra, nous serons semblables à Lui parce que nous le verrons tel qu’Il est (1 Jn 3, 2). Cette transformation, cette identification, qui se réalise ici-bas lorsque nous aimons et que nous nous laissons aimer, se réalisera un jour totalement dans le ciel. Elisabeth l’a compris comme Jean de la Croix, et elle se demande et elle répond : « Comment imiter dans le ciel de mon âme cette occupation incessante des bienheureux dans le Ciel de la gloire ? […] Être enraciné et fondé en l’amour : telle est, me semble-t-il, la condition. »

 

Elisabeth nous apprend à aimer Dieu en aimant les autres, à L’aimer d’un amour total et exclusif qui se traduit dans des actes, à travers toute notre vie, sans chercher des choses extraordinaires. Elle se donne aux autres et elle veut se donner à Dieu, le Père, le Fils et l’Esprit : « […] ; je me livre à vous comme une proie. »

 

Cela se réalise aujourd’hui. Nous sommes capables d’aimer, nous sommes faits pour aimer. L’Amour qui a pris notre cœur et qui progressivement le transforme est capable de toujours grandir, de se purifier, de se transformer, avant de se réaliser en plénitude dans l’éternité. « Dans un cœur aimant, l’amour est une flamme qui désire devenir chaque jour plus consumante. […] Le désir de l’Epoux est donc de voir son épouse brûler d’ardeurs toujours plus vives. […] Dieu accorde sa grâce et son amour, selon la mesure de l’ardeur qui embrase la volonté. Celui qui est fortement épris du divin amour doit donc faire en sorte que cette vive flamme ne lui manque jamais : ce sera le moyen […] d’incliner Dieu plus puissamment à l’aimer davantage et à prendre en lui ses délices », écrit Jean de la Croix.

 

Elisabeth fait écho à son père spirituel : « Mais pour arriver à cet amour l’âme dont s’être auparavant « livrée tout entière », « sa volonté doit être doucement perdue en celle de Dieu » afin que ses « inclination », « ses facultés » « ne se meuvent plus que dans cet amour et pour cet amour. Je fais tout avec amour, je souffre tout avec amour […] » Alors « l’amour la remplit tellement, il l’absorbe et la protège » si bien « qu’elle ne trouve partout le secret de grandir en amour », « même parmi les relations qu’elle a avec le monde » ; « au milieu des sollicitudes de la vie elle est en droit de dire : « Ma seule occupation c’est d’aimer. »

 

Elisabeth et Jean de la Croix se sont totalement donnés aux autres et à Dieu. Nous avons sans doute l’impression que ce qu’ils vivent et ce qu’ils disent nous dépasse. Et même, nous risquons peut-être de ne pas nous sentir concernés. Ce serait oublier la phrase péremptoire de Jésus : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta pensée. C’est le grand, le premier commandement. Un second est aussi important : Tu aimeras ton prochain comme toi-même (Mt 22, 37) ».

 

Extrait de Regards d’amour, ed. du Cerf

 

 

 

 

 

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