Fécondité des œuvres par la vie intérieure – 3

Fécondité des œuvres

par la vie intérieure

Troisième extrait de « L’âme de tout apostolat »

de Dom Chautard

c)       La Vie intérieure rend l’apôtre sanctificateur par le bon exemple

 

Dans le sermon sur la Montagne, le Maître appelle ses apôtres « le sel de la terre, la lumière du monde » (Mt, 5, 3).

 

Sel de la terre, nous le sommes dans la mesure où nous sommes saints. Le sel affadi, à quoi peut-il servir ? « D’une source impure, que peut-il sortir de pur ? » (Ec, 34, 4). Il n’est bon qu’à être jeté sur le chemin et foulé aux pieds.

Vrai sel de la terre, au contraire, l’apôtre pieux sera comme un véritable agent de conservation au milieu de cette terre de corruption qu’est la société humaine. Phare brillant dans la nuit, lux mundi, l’éclat de son exemple, plus encore que de sa parole, dissipera les ténèbres accumulées par l’esprit du monde, et fera resplendir l’idéal du vrai bonheur que Jésus a tracé dans les huit Béatitudes.

 

Ce qui est le plus capable d’amener les fidèles à une vie chrétienne, c’est précisément la vertu de celui qui a mission d’enseigner. Par contre, ses faiblesses éloignent de Dieu d’une façon presque invincible. « Par vous, le nom de Dieu est blasphémé parmi les nations. » (Rn, 2, 24). C’est pourquoi l’apôtre doit avoir plus souvent encore le flambeau de l’exemple dans les mains que de belles paroles sur les lèvres et pratiquer excellemment lui-même le premier les vertus qu’il prêche. Celui qui a mission de dire de grandes choses est tenu par là-même d’en faire de semblables, dit saint Grégoire.

 

On l’a justement remarqué, le médecin du corps peut soigner ses malades sans se bien porter. Mais pour guérir les âmes, il faut soi-même avoir l’âme saine, car dans ce cas, on donne quelque chose. Les hommes ont droit d’être exigeants envers quiconque à la prétention de leur apprendre à se réformer. Et vite ils discernent s’il y a conformité entre les œuvres et la parole, ou si la morale dont on se pare n’est qu’une enveloppe mensongère. D’après le résultat de l’examen, ils accordent ou refusent leur confiance.

 

Quelle puissance le prêtre aura pour parler de la prière, si le peuple le voit fréquemment en tête à tête avec l’Hôte trop souvent délaissé du Tabernacle ! Combien sa parole sera écoutée si, prêchant le travail, la pénitence, il est lui-même laborieux et mortifié ! Apologiste de la charité fraternelle, il trouvera des cœurs attentifs si, vigilant à répandre dans le troupeau la bonne odeur de Jésus-Christ, la douceur et l’humilité de l’Exemplaire divin se reflètent dans sa propre conduite. « Il devient le modèle du troupeau » (1Pi, 5, 3).

 

Le professeur non intérieur croit avoir fait tout son devoir s’il reste exclusivement sur le terrain d’un programme d’examen. S’il était intérieur, une phrase échappée à ses lèvres et à son cœur, une émotion manifestée sur son visage, un geste expressif, que dis-je, sa manière seule de faire le signe de la croix, de dire une prière avant ou après une classe, fût-ce une classe de mathématiques, pourraient avoir sur ses élèves plus d’action qu’un sermon.

La sœur d’hôpital ou d’orphelinat possède une puissance et des moyens efficaces pour faire germer dans les âmes, tout en restant prudemment sur son terrain, un amour profond de Jésus-Christ et de ses enseignements. Manque-t-elle de vie intérieure, elle ne soupçonnera pas même ce pouvoir, on ne verra à promouvoir que des actes tout extérieurs de piété et rien au-delà.

 

C’est moins par de fréquentes et longues discussions que par le spectacle de mœurs chrétiennes si opposées à l’égoïsme, à l’injustice et à la corruption des païens, que s’est propagé le Christianisme. Dans son chef d’œuvre « Fabiola » le cardinal Wiseman met en relief ce que l’exemple des premiers chrétiens avait de puissant sur les âmes païennes les plus prévenues contre la nouvelle religion. Nous assistons dans ce récit à la marche progressive et presque irrésistible d’une âme vers la lumière. Les nobles sentiments, les vertus modestes ou héroïques que la fille de Fabius rencontre dans certaines personnes de toutes conditions et de toutes classes forcent son admiration. Mais quel changement s’opère en elle, quelle révélation pour son âme lorsqu’elle découvre successivement que tous ceux dont elle admire la charité, le dévouement, la modestie, la douceur, la modération, le culte de la justice et de la chasteté appartiennent à cette secte qu’on lui a toujours représentée comme exécrable. Dès ce moment elle est chrétienne.

 

Après avoir achevé le livre, qui pourrait s’empêcher de dire : Ah, si les catholiques, si leurs hommes d’œuvres du moins avaient quelque chose de cette splendeur de vie chrétienne que dépeint l’illustre cardinal et qui pourtant n’est que la mise en pratique de l’Evangile ! Combien irrésistible serait alors leur apostolat sur ces païens modernes trop souvent prévenus contre le catholicisme par les calomnies sectaires, le caractère acerbe de nos polémiques ou par une façon de revendiquer nos droits qui semble provenir d’un orgueil blessé bien plus que du désir de soutenir les intérêts de Jésus !

O irradiation extérieure d’une âme unie à Dieu, que tu es puissante ! C’est en voyant le Père Passerat célébrer la sainte messe que le jeune Desurmont se décide à entrer dans la Congrégation du Très-Saint Rédempteur, qu’il doit illustrer si grandement.

 

Le peuple a de ces intuitions qui rien n’égare. Prêche un homme de Dieu, il accourt en foule. Mais la conduite d’un homme d’œuvres cesse-t-elle de répondre à ce qu’on attend de lui, l’œuvre pour habilement menée qu’elle soit, devient compromise et va peut-être à la ruine irrémédiable.

 

« Qu’ils voient vos bonnes œuvres et glorifient le Père » (Mt, 5, 16), disait Notre-Seigneur. Le bon exemple, saint Paul le recommande maintes fois à ses deux disciples Tite et Timothée « Montre toi à tous égards un modèle de bonnes œuvres. » (Tit, 2, 7) – « Sois l’exemple des fidèles en parole, en conduite, en charité, en foi, en chasteté. » (1, Tim, 4,12). Lui-même s’écrie : « Ce que vous m’avez vu faire, pratiquez-le. » (Phi, 4,9) – « Soyez mes imitateurs, comme je le suis moi-même du Christ » (1 Cor, 11, 1). Et son langage de vérité s’appuie sur cette assurance et qui faisait dire à Notre-Seigneur : « Qui de vous me convaincra de péché. » (Jn, 8, 46)

 

A cette condition, en suivant les traces de Celui dont il est écrit : « Jésus commence à faire et à enseigner. » (Act, 1, 1) – « Un ouvrier qui n’a point à rougir. » (2Tim, 2, 15).

 

« Par-dessus tout, Nos très chers Fils, disait Léon XIII, rappelez-vous que la condition indispensable du vrai zèle et le meilleur gage de succès c’est la pureté et la sainteté de vie. » (Encyclique du 8 septembre 1899).

 

« Un homme saint, parfait et vertueux, dit sainte Thérèse, fait en effet plus de bien aux âmes qu’un grand nombre d’autres qui ne sont qu’instruits et mieux doués. »

 

« Si l’esprit n’est pas réglé d’après une conduite vraiment chrétienne et sainte, déclare Pie X, il sera difficile de promouvoir les autres au bien. » Et il ajoute : « Tous ceux qui sont appelés aux œuvres catholiques, doivent être des hommes d’une vie tellement exemple de tache, qu’ils servent à tous d’exemple efficace. »

 

 

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