Dieu seul connaît le chemin de chacun (ASDE 14)

A l’école de l’Esprit Saint

 

Père Jacques Philippe

Responsable de la communauté des Béatitudes

(imprimatur : 18 mai 1995)

2ème partie (1)

 

A Celle qui nous dit :

« Tout ce qu’il vous dira, faites-le. » (Jean 2,5)

 

2. Dieu seul connaît le chemin de chacun

 

Voici une deuxième raison pour laquelle on ne devient pas saint en se fixant un programme : il y a autant de formes de sainteté, et donc aussi de cheminements vers la sainteté, que de personnes. Chacun est absolument unique pour Dieu. La sainteté n’est pas la réalisation d’un certain modèle de perfection qui serait identique pour tous. Elle est l’émergence d’une réalité absolument unique, que Dieu seul connaît et que lui seul sait faire éclore. Chacun ignore en quoi consiste sa propre sainteté, cela ne lui est dévoilé qu’au fur et à mesure de son cheminement, et c’est souvent bien autre chose que ce qu’on pouvait imaginer. Au point que le plus grand obstacle vers la sainteté, c’est peut-être de trop « s’accrocher » à l’image qu’on se fait de sa propre perfection…

 

Celle que Dieu veut est toujours différente, toujours déroutante, mais en fin de compte infiniment plus belle, car Dieu seul est capable de créer des chefs-d’œuvre absolument uniques, alors que l’homme ne sait qu’imiter.

 

Cela a une grande conséquence. Pour accéder à la sainteté, l’homme ne peut pas se contenter de suivre des principes généraux qui valent pour tout le monde. Il lui faut aussi comprendre ce que Dieu lui demande en particulier, et qu’il ne demande peut-être à aucun autre ». Comment le reconnaître ? De diverses manières bien sûr : à travers les événements de la vie, dans les conseils d’un père spirituel, et bien d’autres moyens encore.

 

Parmi ceux-ci, il en est un dont l’importance fondamentale mérite d’être expliquée. Il s’agit des inspirations de la grâce divine. En d’autres termes, il s’agit de ces sollicitations intérieures, de ces mouvements de l’Esprit Saint dans le profond de notre cœur, par lesquels Dieu nous fait connaître ce qu’il nous demande, et en même temps nous communique la force nécessaire pour l’accomplir, si du moins nous y consentons. Nous dirons plus loin comment discerner et accueillir ces inspirations.

 

Pour devenir saints, nous devons bien entendu nous efforcer de mettre en pratique la volonté de Dieu, telle qu’elle nous est signifiée de manière générale et valable pour tous, par l’Ecriture, par les commandements, etc. Il est indispensable aussi, comme nous venons de le dire, d’aller plus loin : aspirer à connaître non seulement ce que Dieu demande à tous de manière générale, mais aussi ce qu’il attend plus spécifiquement de moi. C’est là qu’interviennent ces inspirations dont nous parlons. Mais il faut affirmer aussi que, même en ce qui concerne l’accomplissement de la volonté générale de Dieu sur nous, ces inspirations sont nécessaires.

 

La première raison est la suivante. Si nous aspirons à la perfection, nous avons tant de choses à pratiquer, tant de commandements et de vertus à mettre en œuvre, qu’il nous est impossible de combattre sur tous les fronts, il est donc important à un moment de notre vie de savoir quelle vertu nous devons mettre en priorité, non selon nos idées, mais selon ce que Dieu demande effectivement, ce sera infiniment plus efficace. Et ce n’est pas toujours ce que nous pensons spontanément. Il y aurait beaucoup à dire là-dessus : il arrive bien souvent que nous fassions des efforts démesurés pour progresser sur un point, alors que Dieu nous demande autre chose. Par exemple, faire des efforts acharnés pour corriger un défaut de caractère, alors que ce que Dieu nous demande, c’est de l’accepter avec humilité et douceur envers nous-mêmes !

Les inspirations de la grâce sont très précieuses pour nous permettre de bien orienter nos efforts, dans la multitude des combats que nous avons à mener…Sans elles, nous risquons fort, soit de nous relâcher sur certains points, soit d’exiger de nous-même plus que ce que Dieu nous demande, ce qui est tout aussi grave et plus fréquent qu’on ne croit. Dieu nous appelle à la perfection, mais n’est pas perfectionniste. Et la perfection se rejoint non pas tant par la conformité extérieure à un idéal que par la fidélité intérieure à des inspirations.

 

Il y a une deuxième raison, que l’expérience démontre. Même la volonté et les commandements de Dieu que nous connaissons parce qu’ils sont valables pour tout le monde, nous n’avons bien souvent pas la force de les accomplir. Or chaque fois que nous sommes fidèles à répondre à une motion de l’Esprit dans le désir d’être dociles à ce que Dieu attend de nous, même à propos d’une chose en soi presque insignifiante ; cette fidélité attire sur nous un surcroît de grâce et de force, qui pourra s’appliquer dans d’autres domaines et nous rendre peut-être un jour capable de pratiquer ces commandements que jusque-là, nous n’avons pas la force de pratiquer pleinement.

C’est pourrait-on dire, une application de la promesse de Jésus dans l’Evangile : « Bon et fidèle serviteur, tu as été fidèle en peu de choses, tu seras établi sur beaucoup » (Mt 25,10).

 

On peut en déduire une « loi spirituelle » fondamentale : Nous obtiendrons la grâce d’être fidèles dans les choses importantes, qui nous sont pour le moment impossibles, à force d’être fidèles dans les petites choses à notre portée, surtout quand ces petites choses sont celles que le Saint-Esprit nous demande en sollicitant notre cœur par ses inspirations.

 

Terminons ce passage par une considération, elle aussi capitale, pour nous motiver dans le désir de fidélité à ces inspirations. Si nous vous proposons de faire des efforts pour réaliser quelque progrès spirituel selon nos idées et nos critères à nous, le succès est loin de nous être assuré. Nous l’avons dit : entre ce que Dieu nous demande effectivement et ce que nous imaginons qu’il demande, il y a parfois une belle différence. Nous n’aurons pas la grâce pour faire ce que Dieu ne nous demande pas. Par contre, pour ce qu’il attend de nous, sa grâce nous est assurée : Dieu donne ce qu’il ordonne. Quand Dieu inspire de faire quelque chose (si c’est vraiment lui qui est à la source de cette inspiration), il procure en même temps la capacité de le faire. Même si cela nous dépasse ou nous fait peur dans un premier moment… Toute motion divine ; en même temps qu’elle est lumière pour comprendre ce que Dieu désire, est force pour l’accomplir. Lumière qui éclaire l’intelligence, et force qui anime la volonté.

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