Le sacrement de l’amour du Seigneur 4 – Marie Lataste (ASDE 21)

Dieu, la Sainte Trinité

Par Sœur Marie Lataste, mystique catholique

LIVRE 2

Le Verbe de Dieu fait homme

 

Chap. 14, Le sacrement de l’amour du Seigneur

(Partie 4)

 

Jésus dans l’eucharistie, délaissé par les hommes et entouré par les anges du ciel

Un jour, après la sainte communion, j’aperçus le Sauveur Jésus dans mon cœur comme je l’avais aperçu déjà plusieurs fois sur l’autel, assis sur un trône d’or. Je le regardai longtemps, je l’adorai au-dedans de moi-même et lui renouvelai l’offrande de tout ce que j’avais. Je me croyais toute renfermée dans mon cœur, à genoux auprès de Jésus.

Bientôt je me sentis portée à sortir de mon cœur pour suivre un attrait auquel je ne pus résister et qui m’appelait à l’autel. Je vis aussitôt avec les yeux de l’esprit deux anges avec de grandes ailes se placer chacun d’un côté de l’autel. De l’une de leurs ailes, ils couvri­rent le dessus du tabernacle ; ils étendirent l’autre sur le devant et le voilèrent en entier. Les plumes de leurs ailes semblaient des lames d’or transparentes et brillaient à mes yeux comme des rayons du soleil. Je vis deux autres anges semblables à de petits enfants ; ils ne reposaient nulle part ; leurs ailes les soutenaient au-devant du taberna­cle. Ils étaient tournés du côté du peuple, les mains jointes sur la poitrine, les yeux fermés, et criaient avec vigueur :

« Voici le Seigneur, adorez-le ! Adorez-le ! »

Deux autres descendirent du ciel, semblables aux premiers. Ils tenaient un encensoir à la main. Ils encensaient sans relâche l’autel et faisaient des inclinations profondes pour témoigner de leur respect et de leur soumission pour le Dieu de l’eucharistie. Un septième, enfin, se plaça devant l’autel. Il était grand comme les deux premiers et portait aussi de grandes ailes. Son air et son regard étaient sévères, ses bras nus, et sa robe ne descendait que jusqu’aux genoux. Il éleva sa voix vers le peuple et dit avec force :

« C’est ici qu’habite Celui que les anges adorent avec un grand respect, avec crainte et tremblement, saisis d’une légitime frayeur en sa présence. Ô hommes ! si vous connaissiez aussi bien que nous la grandeur de la majesté suprême, vous l’adoreriez avec crainte et tremblement et avec le plus grand respect. Que faites-vous pourtant ? Ne venez-vous pas l’insulter en face par votre immodestie et vos irrévérences ? Quelle différence entre les hommes et les anges ! Je ne veux point vous parler par vanité ni ostentation, mais pour la gloire de Dieu, Créateur des hommes et des anges. 

« Les anges sortirent des mains du Créateur dans un état de grâce et de sainteté. Ces intelligences célestes étaient les esprits sans corps, destinés à adorer continuellement la majesté divine, à être aussi les exécuteurs de ses volontés. Il y eut une épreuve pour tous les anges. Ceux qui furent fidèles conservèrent la destination que Dieu leur avait faite, et ils trouvèrent là leur bonheur ; à jamais reconnaissants envers leur Créateur et leur récompense, ils l’adorent sans cesse dans le recueillement et le silence, et accomplissent partout sa volonté. Ceux qui furent infidèles furent pour toujours séparés de Dieu, et l’enfer s’ouvrit pour les engloutir.

« Dieu a aussi créé l’homme juste et saint. L’homme se révolta contre Dieu. Qu’a fait alors Dieu pour l’homme ? L’a-t-il condamné pour l’éternité ? Non, Dieu a eu pitié de l’homme ; il s’est fait homme lui-même ; il est mort pour le racheter. Ce n’est point assez, il a voulu continuer son incarnation, sa rédemption et sa vie pour l’homme dans l’eucharistie. A cette vue, tous les hommes, pénétrés de reconnais­sance et d’amour, n’accourront-ils donc pas vers ce Dieu incarné, vers ce Dieu Sauveur, vers ce Dieu hostie et victime, vers ce Dieu sacrement de vie et d’amour ? Tous les hommes ne viendront-ils point recevoir les grâces que ce Dieu du tabernacle veut verser sur eux ? Ne viendront-ils point le recevoir en nourriture, se désaltérer dans son sang comme dans une source mystérieuse qu’il fait couler jusqu’à la fin des siècles ? Ô hommes ! Vous venez pour l’insulter, pour l’outrager ; ou bien vous laissez votre Dieu solitaire et dans l’oubli. Vous devriez être pénétrés de crainte et de frayeur en approchant de lui, parce que vous êtes créatures et qu’il est Créateur, parce qu’il est Dieu et que vous êtes néant et péché, et vous le bravez, téméraires et insensés ! Ah ! Malheur à qui méprise le Dieu de l’eucharistie ! Mal­heur à qui profane le corps et le sang du Dieu de l’eucharistie ! Malheur à ces sacrilèges qui veulent toujours vivre dans la révolte ! Ils refusent à Dieu leur devoir et leur amour ; Dieu ne leur refusera point ses condamnations et ses vengeances. »

Quand cet ange eut fini de parler, un des deux qui couvraient de leurs ailes le dessus et le devant du tabernacle, vint prendre sa place. Sa figure était pleine de bonté et de douceur. Il prit la parole et s’exprima ainsi :

« Enfants de Dieu, Celui qui vous a délivrés et sauvés habite parmi vous, et il fait ses délices d’être avec vous ! Bien que l’ange que vous avez entendu vous ait dit que vous deviez être près de lui dans la crainte et le tremblement, que cela ne vous empêche pas de venir à lui avec confiance et surtout avec amour. Ah ! si vous connaissiez la grandeur de sa miséricorde et la douceur de sa présence, vous vien­driez plus souvent à lui. Oui, venez à lui, joignant en même temps la crainte et l’amour, unissant la confiance à la frayeur, et ce mélange admirable fera que vos sentiments lui seront précieux et qu’il vous bénira avec effusion. Si vous ne pouvez avoir en vous des sentiments d’aucune sorte, quand vous le recevez ou que vous vous approchez de lui, ne vous en alarmez pas. Vous n’êtes point maîtres de vos senti­ments ; si vous n’avez point de sentiments en vous, il n’en exige pas ; ce qu’il demande, c’est que vous vous offriez tels que vous êtes, avec ce qui est à vous et en vous, et que vous le lui offriez avec joie et bonheur. Ainsi vous lui offrirez tout ce que vous pouvez lui offrir, et le lui offrant vous n’offriez encore que ce qu’il a mis en vous. Je vous le répète, venez souvent, venez tous les jours à votre Dieu, ayez confiance en lui, aimez-le, et il vous verra d’un œil favorable, il vous témoignera combien il vous aime, lui aussi, et combien il estime tout ce que vous faites pour lui. »

Cet ange, après avoir ainsi parlé, se prosterna entre les deux anges qui tenaient chacun un encensoir à la main. Il prit sur l’autel une navette d’or pleine d’encens odoriférant, dont il versa la moitié dans l’encensoir de l’ange qui était à sa droite et l’autre moitié dans celui de l’ange qui était à sa gauche, et la fumée s’éleva jusqu’à la voûte, remplit tout le sanctuaire, et je ne vis plus rien.

 

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