Témoignage : Marie-Madeleine de Pazzi (ASDE 17)

Témoignages

 

Marie-Madeleine de Pazzi,

épouse du Christ,

une grande mystique.

 

 

C’est à Florence que Catherine de Pazzi voit le jour, le 2 avril 1566. Elle est baptisée le lendemain, dans l’oratoire de l’église Saint Jean-Baptiste. L’enfant reçoit le nom de Catherine. Son entourage l’appellera longtemps Lucrezia, nom de sa grand-mère maternelle.

 

La période est troublée. Trois ans plus tôt, les autorités de l’Eglise ont mis un terme au concile de Trente (1543-1563), réaffirmant la théologie catholique des sacrements et le rôle décisif du pape et des évêques dans la vie spirituelle. Depuis 1517, le conflit opposant Martin Luther aux autorités catholiques a fait voler en éclat l’unité des fidèles dans les territoires de langue allemande. En France, pouvoir royal et huguenots s’affrontent, les armes à la main.

 

Sa mère, Marie de Lorenzo Buondelmonti, a déjà mis au monde un frère, Géri. Après Catherine, deux autres garçons viendront agrandir la famille, Alamanno et Baccio.

 

Le 25 février 1574, Catherine quitte le nid familial pour la première fois. Elle entre comme pensionnaire au couvent de Saint-Jean des Chevaliers, tenu par les jésuites. C’est son premier contact avec le monde contemplatif. L’enfant surprend son entourage. Ses dispositions au recueillement étonnent. Elle semble déjà absorbée en Dieu, avec qui elle s’entretient dans une pièce habitée.

 

En 1576, Catherine fait sa première communion. Elle se sent appelée à faire vœu de virginité. Ce désir ne changera plus.

 

Le 30 novembre 1578, Catherine entre en extase pour la première fois, en présence de sa mère. Elle a 12 ans. Elle ignore encore qu’elle allait devenir l’une des plus grandes extatiques de l’histoire du christianisme.

 

Le 14 août 1582, Catherine entre au monastère carmélite de Sainte Marie des Anges (Santa Maria degli Angeli) à Florence, pour un essai de vie religieuse. Le 8 décembre suivant, dans un vote unanime, les sœurs acceptent la nouvelle postulante. Le 30 janvier 1583, Catherine reçoit l’habit du Carmel. Elle devient sœur Marie Madeleine.

 

Mais elle tombe malade. Dans une prière d’une rare ferveur, elle décide de donner sens à cette épreuve : elle veut offrir ses souffrances à Dieu pour la conversion du monde. Selon elle, être religieuse, c’est vivre la radicalité de l’Evangile, sans tiédeur, sans retour sur soi. Elle s’abandonne corps et âme à la Providence.

 

Le 27 mai 1584, elle prononce ses vœux devant l’autel de la Vierge in articulo mortis. Elle est immédiatement reconduite à l’infirmerie. Quelques jours plus tard, elle est guérie « miraculeusement », à l’intercession de la bienheureuse Maria Bagnesi, morte en 1577.

 

Les grandes manifestations mystiques de Marie Madeleine apparaissent dès cette époque. Ces phénomènes sont répartis en plusieurs phases, ou « séries », dont nous conservons les récits détaillés grâce aux notes prises par l’entourage de la sainte.

 

La première des séries est appelée « Quarante jours » : du 27 mai au 5 juillet 1584, la carmélite est en extase presque en permanence. Elle commence à faire l’expérience de la Passion du Christ, avec ses souffrances intérieures et ses phénomènes corporels.

 

La 10 juin, c’est une rencontre avec le Christ en une vision saisissante : Jésus lui donne son Coeur et prend le sien qu’il emplit de miséricorde. Peu après, les marques de la Passion s’impriment sur son corps. A sa demande, elles resteront invisibles, préservant son humilité. Des grâces multiples jalonnent son quotidien : saint Augustin lui apparaît en vision et lui imprime intérieurement les mots « Verbum caro factum est » ; locutions et prophéties constituent son lot quotidien.

 

En avril 1585, le Christ lui donne l’anneau des fiançailles mystiques avec le ciel.

 

Du 6 au 10 mai 1585, Marie Madeleine traverse l’épreuve intérieure dite des « Quatre nuits » pour la rénovation de toute l’Eglise. Elle demeure en extase 40 heures, durée, pensait-on, pendant laquelle le Christ était resté dans le sépulcre du Vendredi Saint au matin de Pâques. Ses extases ont une durée identique à celle de la Passion. Le 21 mai 1585, Jésus lui demande de marcher pieds nus et de se nourrir de pain et d’eau.

 

Les « séries » mystiques se succèdent au fil des années, dont celle de cinq années, de 1585 à la Pentecôte 1590. C’est le temps de la « fosse aux lions », de la nuit de l’esprit, de la purification. De temps à autre, une lumière surnaturelle illumine ses ténèbres intérieures. Elle reste en extase jour et nuit, sauf pour prier avec la communauté et prendre un peu de repos.

 

Le 20 juillet 1586, elle entend la « voix du Seigneur » l’invitant à s’offrir pour l’Eglise. Dans la foulée, la sainte écrit à plusieurs cardinaux et au pape Sixte V (1585-1590). Elle ne reçoit que deux réponses, dont l’une de la main de sainte Catherine de Ricci (1522-1590).

 

Le 17 septembre suivant, la Vierge lui donne le « voile blanc », signe de son triomphe sur les tentations qui l’assaillent. Peu après, elle achève son noviciat. De cette époque datent ses révélations privées concernant le destin post mortem de personnes connues d’elle. La carmélite voit l’âme de son frère Alammano entrer au purgatoire. Plus tard, elle verra sa mère au paradis. Le 1er janvier 1588, le Christ lui donne une nouvelle fois l’anneau, gage de son mariage mystique avec son époux.

 

Cependant, Marie-Madeleine ne vit pas en marge de sa communauté. Elle participe à la liturgie et aux tâches collectives. Le 30 septembre 1589, elle est élue sous-maîtresse des novices, manifestant ainsi une adaptation infaillible aux réalités humaines, dans la lignée des mystiques authentiques, de saint Bernard de Clairvaux à saint Thérèse d’Avila, de saint Ignace de Loyola à Mère Yvonne Aimée de Malestroit. Elle assumera d’autres responsabilités : sacristine, maîtresse des professes, maîtresse des novices puis sous-prieur, contre sa propre volonté !

 

Son être entier participe à ses expériences mystiques. Sa volonté, sa mémoire, mais aussi son corps sont habités par l’amour de Dieu. Au cours des extases, ses gestes et ses paroles reproduisent ceux du Christ :

 

« Elle parlait et accomplissait les actions et les gestes de Jésus », expliquent les religieuses de son couvent. »

 

Leur réalisme est frappant. Ils suivent le déroulement chronologique de la Passion. Leur concordance avec les actes du Seigneur reste confondante :

 

 

 

Lavement des pieds des apôtres :

« Elle vint l’aider, se plaçant du côté de la salle où elle voyait les apôtres assis. Elle se mit à genoux et d’après ses gestes, elle semblait vraiment leur laver les pieds, avec beaucoup d’adresse et d’amour […] Elle accomplit douze fois les mêmes gestes, nommant les douze apôtres… »

 

La sainte Cène :

« Nous vîmes alors que le Seigneur lui donnait la communion, parce qu’elle dit le Confiteor […] et ouvrit la bouche exactement comme on le fait quand on communie. »

 

La prière et l’angoisse au jardin des oliviers :

« Elle entra en prière et demeura une demi-heure environ sans parler, les yeux et les mains levés au ciel […] on vit qu’elle souffrait et frémissait intérieurement… »

 

L’arrestation :

« Nous vîmes qu’on l’arrêtait et qu’on lui liait les mains derrière le dos – car elle fit le geste qui permettait de le comprendre – […] on voyait en effet que les fréquentes secousses imprimées à la corde qui l’attachait lui causaient une vive douleur. »

 

La flagellation :

« Elle descendit au rez-de-chaussée, s’appuya contre une colonne, les mains derrière le dos et les yeux tournés vers le sol, et y demeura une heure […] l’on vit qu’elle souffrait beaucoup et qu’elle ressentait la douleur des fouets, des coups, des meurtrissures… »

Le chemin de la croix :

« On la tirait violemment, elle perdait l’équilibre et parfois tombait, mais aussitôt on la relevait avec violence […] Elle avait le visage pâle et triste. »

 

La crucifixion :

« Elle se leva, montrant par des signes qu’on lui ôtait ses vêtements, puis s’étendit à terre sur un côté de l’oratoire ; peu après, elle fit signe qu’on lui clouait les pieds, en les heurtant avec violence contre le sol : tout son corps en était secoué […] Il en fut ainsi pour la main gauche et la main droite, et, chose remarquable, dès qu’on lui avait cloué une main ou un pied, on y voyait se retirer les nerfs et chaque membre devenir semblable à du bois aride et sec. »

La sainte participe dans sa chair aux souffrances du Christ sur un mode exceptionnel, jusqu’à la mort mystique sur la croix.

 

Le 24 juin 1604, elle a une dernière extase. Une longue période de nuit spirituelle commence pour elle. La maladie l’accable. Elle ne trouve réconfort que dans une prière fidèle et dépouillée.

 

Le 25 mai 1607, Marie-Madeleine entre en agonie. Vers 14 heures, son confesseur lui demande d’attendre encore pour mourir, au nom de la sainte obéissance. Elle s’exclame : « Benedictus Deus. »

 

Puis elle s’endort dans la paix de Dieu.

 

Dès 1611, le procès de béatification est ouvert. De nombreux miracles attestent sa sainteté. Le 8 mai 1626, Urbain VIII la proclame bienheureuse. Le 28 mai 1669, Clément XI l’inscrit au catalogue des saints.

 

Le corps de sainte Marie-Madeleine de Pazzi est incorrompu depuis 1607. les pèlerins lui rendent visite au monastère bâti sur la colline de Careggi, sur les hauteurs de Florence.

 

 

Article paru dans Chrétiens Magazine, n° 169, avril 2004, p. 18 et 31.

 

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