Les derniers temps – Jeanne le Royer (ASDE 17)

Quand le Christ se manifeste

Un ouvrage de Jean-Marie Mathiot

 

Les derniers temps

 

(Sœur de la Nativité, ᵻ à 67 ans)

Fougères (France)

Année 1755

 

Jeanne le Royer (1731-1798) entra à 21 ans chez les religieuses Urbanistes de Fougères, en Ile-et-Vilaine, et fit profession religieuse à 24 ans. C’est à partir de ce moment que le Seigneur va se manifester à elle pour l’enseigner et l’aider, surtout pendant la Révolution française.

 

Lors d’une communion, elle se vit petite enfant dans les bras du Christ : « C’est ainsi que tu as toujours été dans mes bras, lui dit-il, et que ma divine Providence a toujours veillé à ta conservation. Je veux que tu restes semblable au petit enfant que tu représentes là et que tu te conformes en tout à ma volonté sainte, afin de ne vouloir et de ne faire que ce que j’exigerai de toi. »

 Combien de fois elle verra Jésus-Christ au moment de l’élévation de l’hostie et du calice consacrés à la messe ; elle le verra environné d’un globe de lumière tout éclatant de gloire et de majesté. Plusieurs fois, elle vit le tabernacle comme une fournaise de feu et d’amour avec l’enfant Jésus au-dessus des hosties.

 

Elle annonce la Révolution. Elle annonce qu’il y aura un second bouleversement, issu de la première révolution, qui sera pire. Elle annonce que la France sera la puissance qui rétablira l’ordre. Elle annonce un concile qui rétablira l’ancienne discipline, que les hérésies disparaîtront et que l’Eglise connaîtra un rayonnement comme jamais, puis que l’Eglise sera minée de l’intérieur par de fausses doctrines à l’approche du règne de l’antéchrist.

 

Dieu

 

Elle voit Dieu comme un monarque puissant assis sur un trône inébranlable et revêtu d’un manteau éclatant ; elle remarque en lui la force de la jeunesse et l’empreinte de l’ancienneté. Il est environné d’un cercle d’or qu’il soutient sans gêne à la droite et à la gauche de l’extrémité de ses doigts. Ce cercle renferme l’ensemble de tous les êtres sortis de ses mains et marque son éternité sans commencement ni fin.

 

Dans ce cercle d’or qui renfermait Dieu et l’assemblage de tous les êtres qui sortaient de ses mains, il y a avait une Femme plus brillante que le soleil et qui attirait les regards à elle ; elle était très élevée au-dessus des autres et sortait de l’ordre commun.

 

Elle voit que Dieu, dans son amour infini, produit son Verbe adorable, image vivante et substantielle de son être divin, toujours uni de volonté et d’amour de son Père.

 

Elle voit, dans la divine essence du Père et du Fils, une fournaise d’amour qui produit le Saint-Esprit qui jaillit de l’amour réciproque du Père et du Fils.

 

Elle voit que, quand le Verbe s’est incarné, il n’a de cesse d’être uni au Père et au Saint-Esprit, au sein de la divinité ; de même qu’il ne cesse pas de leur être uni au sacrement de l’Eucharistie. Elle voit que le Saint-Esprit n’a pas été séparé du Père ni du Fils en descendant sur les apôtres, et qu’il n’en est pas séparé dans le développement de l’Eglise qu’il fait et fera le temps de sa durée.

 

Elle voit que tout, dans le spectacle de la nature, lui offre l’image ravissante de l’amour de Dieu. Rien n’existe sans cet amour. « Il me semblait que chaque créature avait comme perdu son être propre et n’existait que dans l’amour et par l’amour divin, que le monde lui-même n’avait été produit que par l’amour. »

 

Elle voit les anges, la création, la chute de l’homme, l’Incarnation du Verbe et la Rédemption, l’Eglise et les sacrements, les derniers temps, la Parousie et le jugement.

 

Voici comment elle raconte une apparition de Jésus. « Pendant la messe de l’Ascension, je fus saisie tout à coup de la présence divine. Notre Seigneur se montra sous la forme et la taille d’un homme parfaitement beau. Je le vis debout, dans le sanctuaire, entre l’autel et la grille de notre chœur. Il était revêtu d’une robe et d’un manteau dont le violet paraissait un peu dominer sur le bleu céleste. Son manteau était entrouvert sur la poitrine ; de sorte que, se tournant vers moi, son vêtement s’ouvrit davantage, comme pour me faire remarquer qu’il avait une chair humaine véritable, qu’il était un homme vrai. »

 

Des rayons de sa divinité rejaillissaient sur son humanité sainte. Tout, dans son Sacré-Cœur, était comme transubstantié en amour.

 

« Regarde de quel amour j’aime ma créature. Pour elle, je me rends esclave et prisonnier dans le sacrement de mon amour. Dans ce sacrement, je me donne tout entier aux enfants de mon Eglise… On ne peut m’y connaître qu’à la lueur de la foi. J’y suis la nourriture des âmes, leur force et leur consolation dans les épreuves et les disgrâces de la vie présente. J’y serai le gage de l’immortalité. Ceux qui nient ma présence au Saint Sacrement de l’autel, qui ne craignent pas de l’outrager et de la profaner, ceux-là seront aveuglés par leur impiété même. Mon amour méprisé se changera pour eux en une haine implacable… Ne manquez pas de faire connaître à tous cette menace terrible… Oui, ce que je vous dis ici doit un jour soutenir la foi des uns et confondre l’incrédulité des autres. »

 

Cette apparition dura de l’ « Agnus Dei » au « Domine non sum dignus ». La confidente de Jésus en était si plongée dans la stupeur, elle se sentit si remplie d’imperfections et de péchés qu’elle pensa s’abstenir de la communion. Cependant, elle s’abandonna à la miséricorde divine. Elle résolut de s’approcher de la table sainte et en reçut la paix.

 

 

Les derniers temps

 

« Le jugement général est proche et mon Grand Jour arrive. Hélas que de malheurs à son approche ! Que d’enfants périront avant de naître ! Que de jeunes, de l’un et l’autre sexe, seront écrasés par la mort au milieu de leur course ! Les enfants à la mamelle périront avec leur mère. Malheur aux pécheurs qui vivront encore dans le péché, sans avoir fait pénitence !

 

N’oubliez pas qu’il ne faut plus parler de mille ans pour le monde ; il n’y a plus que quelques siècles, un petit nombre. La figure de ce monde passe et le jour de mon dernier Avènement approche. »

 

Avant que l’Antéchrist n’arrive, le monde sera affligé de guerres sanglantes. Les peuples s’élèveront contre les peuples ; les nations, tantôt unies, tantôt divisées, combattront pour ou contre le même parti. Les armées se choqueront épouvantablement et rempliront la terre de meurtres et de carnages. Ces guerres intestines et étrangères occasionneront des sacrilèges énormes, des profanations, des scandales, des maux infinis. On usurpera les droits de la sainte Eglise ; elle recevra de grandes afflictions, explique la sœur.

 

« Je vois la terre ébranlée en différents lieux par des secousses épouvantables. Je vois les montages se fendre avec fracas et jeter la terreur dans le voisinage. Des tourbillons de flammes, de fumée, de soufre et de bitume réduiront en cendres des villes entières. Tout cela doit arriver avant que ne vienne l’Homme de perdition. » Elle voit aussi que, plus on approchera de la fin des temps, plus le nombre des fils de perdition augmentera, plus celui des prédestinés diminuera.

 

La foi connaîtra une nouvelle expansion. Certains ordres religieux renaîtront, en petit nombre ; d’autres seront fondés et leur ferveur sera grande. La plupart de ces ordres dureront jusqu’au temps de l’Antéchrist, sous le règne duquel toutes les communautés souffriront le martyre, seront écrasées et détruites.

 

Puis elle annonçait un nouvel assaut contre l’Eglise, par une hérésie interne dont elle connaît les premiers linéaments. « L’esprit de Satan suscitera contre l’Eglise des ligues, des assemblées, des sociétés secrètes… L’Eglise condamnera d’abord leur doctrine funeste. Alors les suppôts de Satan se cacheront dans l’ombre et feront paraître quantité d’ouvrages qui feront beaucoup de mal. Tout se passera en silence, enveloppé d’un secret inviolable. Ce sera comme un feu qui brûle en dessous, sans bruit, et qui s’étendra peu à peu. Ce sera d’autant plus grave et dangereux pour la sainte Eglise qu’elle ne s’apercevra pas sitôt de ces incendies. »

 

Dans le commencement, ils tiendront cachée leur maudite loi qui sera approuvée par tous leurs complices, mais ne sortira que quelques années avant l’arrivée de l’Antéchrist. « Je vois en Dieu que les prêtres seront étonnés d’un tel changement. Beaucoup d’âmes seront entraînées dans le parti des impies. Cette hérésie s’étendra si loin qu’elle semblera envelopper tous les pays et tous les états. Jamais aucune hérésie n’aura été si funeste. » Cette hérésie s’imposera par son apparence de bonté et même de religion. Ce sera un piège séduisant pour le plus grand nombre. Pour éviter tant de malheurs, il faudra s’attacher inviolablement à la foi.

 

« Les suppôts de Satan mettront dans leur loi d’erreur qui nie l’Incarnation du Verbe de Dieu fait homme dans le sein de la Vierge Marie. Il y aura dans l’Eglise beaucoup de sang répandu pour la défense de cette vérité. Les impies voudront que ne paraisse plus aucun signe de notre religion ; ils ne supporteront pas même un signe de Croix de la part d’un chrétien. » Ces impies auront leurs autels et des temples où les prêtres essayeront d’imiter les cérémonies de la vraie religion. Ils contreferont les sacrements, méprisant la foi et la morale des Evangiles.

 

« Je vous donnerai un chef (l’Antéchrist), dit Satan aux impies, qui sera puissant en œuvres et en paroles, un chef qui possédera éminemment toutes les sciences. Il n’aura pas dix ans qu’il sera plus puissant et plus savant que vous… Mais il n’agira dans sa pleine puissance qu’à l’âge de trente ans. J’en ferai un dieu qui sera adoré comme le Messie attendu. Dès son enfance, vous viendrez le reconnaître comme votre roi… » Les impies exhorteront le peuple à renoncer à ce faux prophète qu’on appelle Jésus.

 

« Lorsque les complices de l’Antéchrist commenceront à faire la guerre, ils se placeront auprès de Rome, où ils triompheront… Ce dont je suis certaine, c’est que Rome périra entièrement ; le Pape souffrira le martyre et son siège sera préparé pour l’Antéchrist. » Dieu enverra saint Michel avec ses anges au secours de son Eglise. La terre se couvrira de ténèbres infestées de spectres hideux. Les chrétiens qui auront signé cette maudite loi seront épouvantés. Les deux tiers seront engloutis dans les enfers ; la moitié du tiers préservé se convertira. Des peuples reviendront à l’Eglise.

 

Dans l’Eglise, tous seront saints, les croyants seront liés entre eux par la charité et formeront une véritable théocratie où on ne connaîtra que l’autorité de Dieu, suivant sa loi. Ce sera plus beau qu’au temps de la primitive Eglise. On se préparera activement au retour du Christ, dans son second avènement.

 

 

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