Comment reconnaît-on qu’une inspiration est de Dieu ? Discernement des esprits – Père Jacques Philippe (ASDE 18/4)

A l’école de l’Esprit Saint

Père Jacques Philippe

Responsable de la communauté des Béatitudes

(imprimatur : 18 mai 1995)

A Celle qui nous dit :

« Tout ce qu’il vous dira, faites-le. » (Jean 2,5)

 

Discernement des esprits

 

L’expérience de l’Eglise et des saints (4) manifeste une loi générale : ce qui vient de l’Esprit de Dieu porte avec soi joie, paix tranquillité d’esprit, douceur, simplicité, lumière. Au contraire ce qui vient de l’esprit du mal entraîne tristesse, trouble, agitation, inquiétude, confusion, ténèbres. Ces marques du bon et du mauvais esprit sont en elles-mêmes certaines. La paix, la joie, etc. sont des fruits certains de l’Esprit Saint, le démon est incapable de les produire de manière durable. Comme à l’opposé le trouble et la tristesse sont des marques certaines du mauvais esprit, l’Esprit Saint ne peut pas en être en lui-même la source (5).

(4) voir par exemple saint Ignace de Loyola, chapitre sur le discernement des esprits dans les Exercices Spirituels.

 

(5) Il y a bien sûr une tristesse qui conduit au repentir et qui provient de l’Esprit- Saint. Mais elle se transforme vite en joie… De plus cette tristesse ne vient pas en fait de l’Esprit Saint lui-même ; elle vient de ce qui en nous est mauvais et a besoin d’être converti, et que l’Esprit met en lumière.

 

Parmi toutes ces marques du bon et du mauvais esprit, la plus caractéristique est celle qui regarde la paix. L’Esprit de Dieu produit immanquablement la paix dans l’âme, le démon produit immanquablement l’agitation.

 

En pratique les choses sont cependant plus complexes. Une inspiration peut venir de Dieu, et pourtant susciter en nous un grand trouble. Mais ce trouble n’a pas sa cause dans l’inspiration, qui en elle-même (comme tout ce qui procède de l’Esprit de Dieu) est douce et pacifique. Il vient de notre résistance à cette inspiration. Une fois que nous accueillons cette inspiration et cessons de lui opposer résistance, notre cœur se trouve alors établi dans une profonde paix.

 

Cette situation est très fréquente. Certaines inspirations de la grâce, quand elles nous atteignent, heurtent en nous des résistances plus ou moins conscientes et profondes, éveillent des peurs humaines, rencontrent des attachements à des habitudes, etc. La perspective de mettre en pratique ce qui est suggéré par l’Esprit Saint inquiète : comment vais-je m’y prendre ? Qu’est-ce que les autres vont penser de moi ? Aurai-je la force ? etc.

 

Pour décrire cela on peut prendre une image, et penser à un grand fleuve, tranquille en lui-même, mais qui, lorsqu’il rencontre des obstacles, produit remous et tourbillons.

 

 

Si une inspiration vient vraiment de Dieu, que nous faisons taire nos peurs et que nous y consentons de tout notre cœur, alors la paix finit immanquablement par nous envahir : car l’Esprit Saint ne peut pas ne pas procurer cette paix à qui se laisse conduire par lui. Cette paix peut parfois ne résider que dans la « fine pointe de l’âme », tandis qu’au plan humain et psychologique des questions et des inquiétudes subsistent, mais elle est là, et elle est reconnaissable.

 

Par contre, si une inspiration vient du démon, ou de ce qu’il y a de mauvais en nous (nos ambitions, notre égoïsme, notre besoin exagéré d’être reconnu, etc.), et que nous y consentons, elle ne pourra jamais laisser notre cœur dans une paix totale et profonde. Cette paix ne sera qu’apparente, et il en faudra peu pour qu’elle s’en aille, et laisse place au trouble. On peut se nier soi-même ce trouble, on peut le refouler dans le fond de sa conscience, mais il est là, prêt à resurgir quand vient l’heure de vérité.

 

Notons donc ce point important : Une inspiration divine peut dans un premier temps nous troubler, mais dans la mesure où nous ne la refusons pas, mais nous y ouvrons et y consentons, elle nous établit peu à peu dans la paix.

 

C’est une loi de base, qui vaut dans les situations normales de la vie spirituelle, et pour quelqu’un qui est sincèrement disposé à faire la volonté de Dieu en toute chose.

La vie spirituelle et l’interaction entre le spirituel et le psychologique sont cependant des réalités complexes, il peut donc y avoir parfois des situations d’épreuve, de tempéraments psychologiques particuliers, qui rendent difficile l’application pratique de ce critère. Mais il reste fondamental, et on le retrouve dans toute la tradition de l’Eglise.

 

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