Vivre face à Dieu et face aux hommes (1) – Saint José-Maria (ASDE/18)

Vivre face à Dieu et face aux hommes

(1ère partie)

De saint Josemaria Escriva

Extraits du 1er livre posthume

Amis de Dieu

 

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Nous voici donc, consummati in unum ! unis dans une même demande, dans une même intention, prêts à engager ce moment de conversation avec le Seigneur, avec le désir renouvelé d’être des instruments efficaces entre ses mains. Devant Jésus, présent dans le Saint-Sacrement (comme il m’est agréable de faire un acte de foi explicite en la présence réelle du Seigneur dans l’Eucharistie !), entretenez dans votre cœur l’ardent souci de transmettre, par votre prière, un dynamisme plein de vigueur qui puisse atteindre tous les lieux terrestres et parvenir aux confins de la planète, partout où il y aura un homme qui dépensera généreusement son existence au service de Dieu et des âmes. Car, grâce à l’ineffable réalité de la Communion des Saints, nous sommes solidaires — collaborateurs, dit saint Jean — dans la tâche de répandre la vérité et la paix du Seigneur.

 

Il est juste de penser à la façon dont nous devons imiter le Maître; il est juste de nous arrêter, de réfléchir afin d’apprendre directement de la vie du Seigneur quelques-unes des vertus qui doivent rayonner dans notre conduite, si nous aspirons véritablement à étendre le royaume du Christ.

 

Nous lisons dans le passage de l’Evangile de saint Matthieu que nous rapporte la Messe d’aujourd’hui : tunc abeuntes pharisei consilium inierunt ut caperent eum in sermone; alors les Pharisiens allèrent se concerter en vue de surprendre Jésus dans ses paroles. N’oubliez pas que ce procédé hypocrite est aujourd’hui encore pratique courante; je pense que la mauvaise graine des pharisiens ne disparaîtra jamais du monde: elle a toujours été prodigieusement féconde. Peut-être le Seigneur tolère-t-Il qu’elle pousse afin que nous, ses enfants, nous devenions prudents; la prudence est, en effet, une vertu indispensable pour quiconque se trouve amené à donner un avis, à fortifier, à corriger, à enflammer, à stimuler. C’est précisément ainsi, comme apôtre, et en profitant des circonstances inhérentes à ses occupations quotidiennes, que tout chrétien doit agir au milieu de ceux qui l’entourent.

J’élève maintenant mon âme vers Dieu, et je Lui adresse une prière, par l’intercession de la très Sainte Vierge, de Celle qui est à la fois dans l’Eglise et au-dessus de l’Eglise: entre le Christ et l’Eglise, pour protéger, pour régner, pour être la Mère des Hommes, tout comme elle est la Mère de notre Seigneur Jésus-Christ; je lui adresse donc cette prière: accorde-nous à tous cette prudence, et plus particulièrement à ceux d’entre nous qui, engagés dans le système circulatoire de la société, désirent travailler pour Dieu. Nous avons absolument besoin d’apprendre à être prudents.

 

La scène de l’Evangile se poursuit : alors ifs Lui envoient leurs disciples — du parti des Pharisiens — accompagnés des Hérodiens pour Lui dire : “ Maître. Voyez avec quelle perversité ils l’appellent Maître; ils simulent l’admiration et l’amitié; ils Lui accordent le traitement réservé à l’autorité dont on attend un enseignement. Magister, scimus quia verax es, nous savons que tu es franc… Y a-t-il ruse plus infâme ? Avez-vous déjà rencontré plus grande duplicité ? Traversez donc ce monde avec précaution. Ne soyez point rusés ni méfiants. Mais vous souvenant de l’image du Bon Pasteur que l’on voit dans les catacombes, prenez sur vos épaules le poids de cette brebis, qui n’est pas une âme isolée, mais l’Eglise tout entière, l’humanité tout entière.

 

En acceptant de bon cœur cette responsabilité, vous serez audacieux et prudents pour défendre et proclamer les droits de Dieu. Alors l’intégrité de votre comportement en amènera beaucoup à vous considérer et à vous appeler maître, sans que vous prétendiez à ce titre (la gloire terrestre n’est pas notre but). Ne vous étonnez pas pourtant si, parmi ceux qui s’approchent de vous, certains se glissent, qui ne pensent qu’à vous aduler. Imprimez dans votre cœur ce que vous m’avez maintes fois entendu répéter : ni les calomnies, ni les médisances, ni le respect humain; ni le qu’en dira-t-on, et bien moins encore les flatteries hypocrites, ne doivent jamais nous empêcher d’accomplir notre devoir.

 

Vous souvenez-vous de la parabole du bon Samaritain ? L’homme est resté allongé au bord du chemin, grièvement blessé par les voleurs qui lui ont dérobé jusqu’à son dernier sou. Un prêtre de l’ancienne Loi vient à passer par là; puis, peu après, un lévite. Tous deux poursuivent leur route, sans se soucier de rien. Mais un Samaritain, qui était en voyage, arriva près de lui, le vit et fut touché de compassion. Il s’approcha, banda ses plaies, y versant de l’huile et du vin, puis le chargea sur sa propre monture, le conduisit à l’hôtellerie et prit soin de lui.

 

Remarquez que le Seigneur ne propose pas cet exemple seulement à quelques âmes d’élite, car Il ajoute immédiatement, répondant à celui qui L’avait interrogé — à chacun de nous — : va, et toi aussi, fais de même.

 

C’est pourquoi, lorsque nous remarquons dans notre vie personnelle ou dans celle des autres quelque chose qui ne va pas, quelque chose qui requiert le secours spirituel et humain que nous, les enfants de Dieu, nous pouvons et devons apporter, une manifestation claire de prudence consistera à appliquer le remède opportun, pleinement, avec charité et avec fermeté, avec sincérité. Il n’y a pas de place pour les inhibitions. Il est faux de penser que les problèmes se résolvent à force d’omissions ou de retards.

La prudence veut que, chaque fois que la situation l’exigera, on ait recours au médicament, entièrement et sans palliatif, après avoir mis la plaie à nu. Dès que vous remarquez les moindres symptômes du mal, soyez simples, francs, aussi bien si vous devez soigner que si vous devez vous-mêmes être secourus. Dans ces cas-là, celui qui est en mesure de guérir au nom de Dieu doit pouvoir presser la plaie, de loin, puis de plus en plus près, jusqu’à ce que tout le pus en sorte, afin que le foyer d’infection finisse par être parfaitement propre. Nous devons agir de la sorte, en premier lieu envers nous-mêmes, et aussi envers ceux que nous avons l’obligation d’aider, pour des raisons de justice ou de charité: je prie particulièrement pour les pères et les mères de famille et pour ceux qui se vouent à des tâches de formation et d’enseignement.

 

Qu’aucune raison hypocrite ne vous arrête : ayez recours au remède sans atténuation. Mais agissez d’une main maternelle, avec la délicatesse infinie que nos mères mettaient à soigner les grandes ou petites blessures de nos jeux et de nos chutes enfantines. S’il faut attendre quelques heures, on attend ; mais jamais plus longtemps que cela n’est indispensable; toute autre attitude supposerait de la commodité, de la lâcheté, toutes choses bien opposées à la prudence. Bannissez tous la crainte de désinfecter la plaie, et surtout vous qui avez la charge de former les autres.

 

Il se peut que, par ruse, quelqu’un insinue à l’oreille de ceux qui doivent soigner, et qui ne se décident pas à affronter leur mission ou ne veulent pas le faire: Maître, nous savons que tu es franc. Ne tolérez pas cet éloge ironique; ceux qui ne s’efforcent pas de mener à bien leur tâche avec diligence, ne sont pas des maîtres, car ils n’enseignent pas le véritable chemin; ils ne sont pas davantage véridiques car, par leur fausse prudence, ils surestiment ou méprisent des normes claires, abondamment inspirées par une conduite droite, autant que par l’âge, la science du gouvernement, la connaissance de la faiblesse humaine et l’amour porté à chaque brebis. Autant de raisons qui incitent à parler, à intervenir, à manifester son intérêt pour les autres.

Les faux maîtres sont dominés par la peur d’aller jusqu’au bout de la vérité; ils se troublent à la seule idée de devoir recourir, en certaines circonstances, à un antidote douloureux. Une telle attitude, soyez-en convaincus, ne comporte ni prudence, ni piété, ni sagesse; elle trahit au contraire la pusillanimité, l’absence de responsabilité, la folie, la sottise. Elle est le fait de ceux-là-même qui, par la suite, pris de panique à la vue du désastre, prétendent juguler le mal quand il est déjà trop tard. Ils oublient que la vertu de prudence exige de prendre et de transmettre en temps opportun la décision qui s’impose, calme, mûrie par une longue expérience, envisagée sérieusement et exprimée par une parole nette.

 

A suivre …

 

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