Vivre face à Dieu et face aux hommes (2) – Saint José-Maria (ASDE/18)

Vivre face à Dieu et face aux hommes

(2ème partie)

De saint Josemaria Escriva

Extraits du 1er livre posthume

Amis de Dieu

 

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Poursuivons le récit de saint Matthieu : nous savons que tu es franc et que tu enseignes la voie de Dieu avec franchise. Pareil cynisme m’étonne toujours. Ils viennent dans l’intention de déformer les paroles de Jésus Notre Seigneur et de le prendre en défaut et, au lieu d’exposer tout simplement ce qu’ils considéraient comme un problème insoluble, ils tentent d’étourdir le Maître par des louanges qui ne devraient provenir que de lèvres amies et de cœurs droits. Je m’arrête à dessein sur ces nuances, pour que nous apprenions à être non pas méfiants, mais prudents ; pour que nous refusions la ruse de la simulation, quand bien même elle apparaîtrait revêtue de phrases ou de gestes qui correspondent à la réalité, comme c’est le cas dans le passage que nous méditons : Tu ne regardes pas au rang des personnes, Lui disent-ils: Tu es venu pour tous les hommes ; rien ne peut T’empêcher de proclamer la vérité ni d’enseigner le bien.

Je vous le répète : prudence oui, méfiance non. Accordez à tous la confiance la plus absolue, agissez avec dignité, noblesse de cœur. Pour ma part, la parole d’un chrétien, d’un homme loyal, compte plus que la signature authentique de cent notaires unanimes — parce que j’ai une confiance totale en lui —; même si, pour avoir obéi à ce critère, je me suis peut-être laissé tromper parfois. Je préfère courir le risque qu’un indélicat abuse de cette confiance, plutôt que d’ôter à quelqu’un le crédit qu’il mérite comme personne et comme enfant de Dieu. Je vous assure que je n’ai jamais été déçu par les résultats en agissant de cette façon.

 

Si, à chaque instant, nous ne tirons pas de l’Evangile des applications pratiques pour notre vie présente, c’est que nous ne le méditons pas suffisamment. Beaucoup d’entre vous sont jeunes, d’autres sont déjà des hommes mûrs. Mais vous voulez tous — nous voulons tous — sinon, nous ne serions pas ici —, produire de bons fruits. Nous essayons d’introduire dans notre conduite l’esprit de sacrifice, le désir de faire produire le talent que le Seigneur nous a confié, car nous éprouvons un zèle divin pour les âmes. Mais ce ne serait pas la première fois que, malgré tant de bonne volonté, l’un d’entre nous tomberait dans le piège tendu par la coterie — ex phariseis et herodianis — composée peut-être de ceux qui, étant chrétiens, devraient, d’une façon ou d’une autre, défendre les droits de Dieu mais qui, au contraire, alliés et confondus aux intérêts des forces du mal, assiègent insidieusement d’autres frères dans la foi, d’autres serviteurs du même Rédempteur.

Soyez prudents et agissez toujours avec simplicité, vertu si familière au bon enfant de Dieu. Montrez-vous naturels dans votre langage et dans votre comportement. Allez au fond des problèmes; ne restez pas à la surface des choses. N’oubliez pas qu’il faut envisager par avance la peine des autres et la nôtre si nous voulons vraiment nous acquitter saintement et honnêtement de nos obligations de chrétien.

 

Je ne vous cacherai pas que, lorsque je dois corriger ou prendre une décision qui causera de la peine, je souffre avant, pendant et après. Et je ne suis pas un sentimental. Je me console à la pensée que seules les bêtes ne pleurent pas: nous les hommes, nous les enfants de Dieu, nous pleurons. Je suis sûr que vous aussi, dans certaines circonstances, vous aurez à passer un mauvais moment si vous vous efforcez de mener fidèlement à bien votre devoir. Il est vrai qu’il est plus facile d’éviter à tout prix la souffrance sous prétexte de ne pas faire de la peine à son prochain. Mais quelle erreur ! Cette inhibition cache souvent le désir honteux de ne pas souffrir car, d’ordinaire, il n’est jamais agréable de faire une remarque sévère. Rappelez-vous, mes enfants, que l’enfer est plein de bouches fermées.

 

Plusieurs médecins m’écoutent en ce moment. Pardonnez mon audace si je prends de nouveau mon exemple dans le domaine médical ; peut-être vais-je laisser échapper quelque absurdité, mais la comparaison ascétique convient à mon propos. Pour soigner une blessure, d’abord on la nettoie bien, tout autour et sur une assez grande surface. C’est douloureux; le chirurgien ne le sait que trop bien, mais s’il omet cette opération, ce sera encore plus douloureux par la suite. En outre on met immédiatement un désinfectant : cela cuit — cela pique, comme on dit —, cela fait mal, et pourtant on ne peut pas faire autrement si l’on veut que la plaie ne s’infecte pas.

 

Si, pour la santé du corps, il est évident que l’on doive adopter ces mesures, même s’il s’agit d’écorchures bénignes, que dire alors de la grande affaire de la santé de l’âme ! Aux points névralgiques de la vie d’un homme, imaginez combien il faudra laver, inciser, raboter, désinfecter, souffrir ! La prudence exige que nous procédions de la sorte et non que nous fuyions notre devoir; biaiser en cette matière serait faire preuve d’un manque d’égards évident et même attenter gravement à la justice et à la force d’âme.

 

S’il prétend vraiment agir avec droiture face à Dieu et face aux hommes, un chrétien a besoin de toutes les vertus, au moins en puissance. Soyez-en convaincus. Père, me demanderez-vous : et mes faiblesses ? Je vous répondra i: un médecin malade ne soigne-t-il pas, même si le trouble qui l’affecte est chronique ? Sa maladie l’empêchait-elle de prescrire à d’autres malades le traitement approprié ? Evidemment non: pour guérir, il lui suffit de posséder la science adéquate et de la mettre en pratique, avec le même intérêt qu’il met à combattre sa propre maladie.

 

Tout comme moi, vous vous trouverez tous les jours chargés du poids de nombreuses erreurs, si vous vous examinez avec courage en la présence de Dieu. Quand on lutte pour s’en défaire, grâce à l’aide divine, elles n’ont plus d’importance déterminante et on les surmonte, même si on a l’impression de ne jamais parvenir à les déraciner complètement. Qui plus est, au-delà de ces faiblesses, tu contribueras à porter remède aux grandes déficiences des autres, si tu t’efforces de répondre à la grâce de Dieu. En te reconnaissant aussi faible qu’eux — capable de toutes les erreurs et de toutes les horreurs — tu seras plus compréhensif, plus délicat et, en même temps, plus généreux pour te décider à aimer Dieu de tout ton cœur.

 

Nous les chrétiens, les enfants de Dieu, nous devons aider les autres en mettant en pratique, avec honnêteté, ce que ces hypocrites susurraient avec perversité à l’oreille du Maître : tu ne regardes pas au rang des personnes. C’est-à-dire que nous rejetterons totalement cette acception des personnes — toutes les âmes nous intéressent ! —, même si, en pure logique, nous devons d’abord nous occuper de celles que Dieu, pour une raison ou pour une autre — mais aussi pour des motifs humains, du moins en apparence — a placées à nos côtés.

 

A suivre …

 

 

 

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