Comment reconnaît-on qu’une inspiration est de Dieu ? Différence de conduite à suivre selon l’importance des inspirations – Père Jacques Philippe (ASDE 18/4)

A l’école de l’Esprit Saint

 Père Jacques Philippe

Responsable de la communauté des Béatitudes

(imprimatur : 18 mai 1995)

A Celle qui nous dit :

« Tout ce qu’il vous dira, faites-le. » (Jean 2,5)

 

Différence de conduite à suivre

selon l’importance des inspirations

 

Pour savoir comment nous conduire à l’égard de ce que nous pensons être les inspirations divines, il faut aussi tenir compte d’un aspect que nous n’avons pas abordé jusqu’ici : l’objet de ces inspirations et son importance plus ou moins grande.

 

Le Seigneur peut m’inspirer de distribuer tous mes biens aux pauvres et de partir au désert, imitant ainsi saint Antoine le Grand, comme il peut m’inspirer des choses plus minimes comme dans l’exemple que nous venons de donner.

 

Certes, nous l’avons déjà dit, il est très important de nous efforcer de ne négliger aucune inspiration. Quelque chose qui nous paraît insignifiant peut avoir une portée plus grande que nous ne le pensons. Je me souviens qu’un jour, prêchant une retraite, j’ai beaucoup lutté avant d’obéir à une motion qui me poussait à inviter les participants, au cours d’un chapelet, à vénérer une croix qui avait été déposée et fleurie par des enfants (je me disais « ça va prendre trop de temps, ce n’est pas le moment, etc… »). Au cours de cette vénération, une personne fut guérie d’un grave problème à la colonne vertébrale.

 

 De plus, nous l’avons dit, une obéissance minime à Dieu peut parfois nous faire réaliser un progrès spirituel bien plus grand que des années d’efforts que nous nous sommes programmés. La fidélité aux petites grâces attire les grandes.

 

Ceci dit, il est évident qu’il faut traiter les inspirations de manière différente selon leur importance. Comme dit saint François de Sales, on ne compte pas de la même manière la petite monnaie et les lingots d’or. Autant ces derniers doivent être pesés avec précision, autant pour la première il ne serait pas sage de prendre un temps et des précautions disproportionnés pour les évaluer.

 

Remarquons au passage que beaucoup de motions de l’Esprit ne nécessitent aucune délibération : souvent il s’agit d’un mouvement intérieur qui nous facilite l’accomplissement de quelque chose que de toute façon je devrais faire. Je suis dans la rancune contre quelqu’un, et je me sens poussé à pardonner. Voilà que c’est l’heure de la messe, je serais tenté de traîner sur un travail urgent, ce qui me ferait arriver en retard, et je sens une motion qui me pousse à tout laisser en plan pour aller à la chapelle. Il n’y a qu’à suivre ce mouvement, puisque de toute évidence c’est un bon mouvement… De même que le démon nous tente, bien souvent l’Esprit Saint, dans un sens contraire, nous réveille intérieurement pour faciliter l’accomplissement de ce que Dieu désire de nous. Et sans doute il le ferait bien davantage encore si nous étions plus attentifs et plus obéissants à ses motions.

Ecoutons saint François de Sales :

 

« Sans l’inspiration, nos âmes vivraient paresseuses, percluses et inutiles ; mais à l’arrivée des divins rayons de l’inspiration, nous sentons une lumière mêlée d’une chaleur vivifiante, laquelle éclaire notre entendement, réveille et anime notre volonté, lui donnant la force de vouloir et faire le bien appartenant au salut éternel. » (8)

 

(8) Traité, livre 8, chapitre 10

 

Parfois une motion nous sollicite pour quelque chose d’inhabituel, qui n’entre pas dans le déroulement normal de nos activités, sans avoir cependant une importance énorme.

 

Le Seigneur me pousse à un acte de charité, à un service, à un moment de prière, à un petit sacrifice, à un geste d’humilité, etc. Dans ces cas-là, il faut faire une évaluation rapide de la chose. Si elle nous paraît raisonnable, compatible avec nos obligations, si (selon l’expérience que nous avons de la pédagogie de Dieu à notre égard) il nous semble bien y reconnaître la voix de Jésus, et si enfin, plus nous y consentons plus nous nous sentons en paix, alors il ne reste qu’à la mettre en pratique. Si nous nous sommes trompés et réalisons après coup que c’était un mouvement de vaine gloire, de présomption, ou une idée que nous nous étions formés, ça ne sera pas catastrophique, ça servira pour notre éducation spirituelle. Et le bon Dieu ne nous en voudra pas pour autant.

 

Si nous sommes sollicités par contre pour des actions beaucoup plus importantes : une vocation, un changement d’orientation de notre vie, des choix qui peuvent avoir des répercussions graves sur les autres, ou bien qui nous conduiraient à faire des choses qui vont nettement au-delà de la règle de vie habituelle pour la vocation qui est la nôtre, alors il est indispensable de ne rien décider avant d’avoir soumis cette inspiration à un père spirituel ou à un supérieur. Cette obéissance plaît à Dieu, même si parfois elle peut apparemment retarder l’accomplissement de choses que lui-même nous demande. Dieu préfère cette prudence et cette soumission à la précipitation.

 

 

Sans cette obéissance, au contraire, il est fort probable que nous serons vite le jouet du démon qui, voyant notre promptitude à suivre des inspirations sans les soumettre, quand c’est nécessaire, à quelqu’un aura tôt fait de nous tromper et de nous conduire peu à peu à faire des choses qui n’auront plus rien à voir avec la volonté de Dieu.

 

En cas de doute sur une conduite à suivre, il est de toute façon la plupart du temps meilleur de nous ouvrir à une ou plusieurs personnes de confiance et à nous conformer à leur avis plutôt que de multiplier des réflexions et évaluations personnelles qui risquent de nous faire tourner en rond et augmenter la confusion plus qu’autre chose.

 

 

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