Vivre face à Dieu et face aux hommes (4) – Saint José-Maria (ASDE/19)

 

 

Vivre face à Dieu et face aux hommes

(4ème partie)

De saint Josemaria Escriva

Extraits du 1er livre posthume

Amis de Dieu

 

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La vertu chrétienne est plus ambitieuse : elle nous pousse à nous montrer reconnaissants, cordiaux, généreux; à nous comporter comme des amis loyaux et honnêtes, aussi bien dans les moments favorables que dans l’adversité; à observer les lois et à respecter les autorités légitimes; à rectifier avec joie, lorsque nous nous apercevons que nous nous sommes trompés en abordant un problème. Et surtout, si nous sommes justes, nous tiendrons davantage compte de ce que sont nos engagements professionnels, familiaux, sociaux… Et ce sans ostentation, sans bruit, mais en travaillant avec persévérance et en exerçant nos droits, qui sont aussi des devoirs.

 

 

Je ne crois pas en la justice des paresseux car, livrés qu’ils sont à leur dolce farniente — comme on dit dans ma chère Italie —, ils manquent, et parfois gravement, au principe d’équité le plus fondamental : celui du travail. Nous ne devons pas oublier que Dieu a créé l’homme ut operaretur, pour travailler, et que tous les autres — notre famille, et notre nation, l’humanité entière —, dépendent aussi de l’efficacité de notre labeur. Mes enfants, quelle pauvre idée se font de la justice ceux qui la réduisent à une simple distribution des biens matériels !

 

Dès mon enfance — dès que j’ai eu des oreilles pour entendre comme dit l’Ecriture —, j’ai entendu beaucoup parler de la question sociale. Or il n’y a là rien de particulier. C’est un vieux sujet; il a toujours existé. Peut-être le problème s’est-il posé à l’instant précis où les hommes ont commencé de s’organiser d’une manière quelconque, et où les différences d’âge, d’intelligence, de capacité de travail, d’intérêts, de personnalités sont devenues plus manifestes.

 

J’ignore si le fait qu’il y ait des classes sociales est irrémédiable : quoi qu’il en soit, parler de ces sujets n’est pas non plus mon métier, et encore moins ici, dans cet oratoire, où nous nous sommes réunis pour parler de Dieu — j’aimerais dans ma vie ne parler jamais d’aucun autre sujet — et pour parler avec Dieu.

 

Pensez ce que vous voudrez dans toutes les matières que la Providence a laissées à la discussion libre et légitime des hommes. Mais ma condition de prêtre du Christ me met dans l’obligation de remonter plus haut, de vous rappeler que, en tout état de cause, nous ne pourrons jamais cesser d’exercer la justice, et si besoin est avec héroïsme.

Nous avons l’obligation de défendre la liberté personnelle de tous les hommes, en sachant que Jésus-Christ est celui qui a gagné pour nous cette liberté; si nous n’agissons pas ainsi, de quel droit pourrons-nous revendiquer la nôtre ? Nous devons aussi répandre la vérité, parce que veritas liberabit vos, la vérité nous libère, tandis que l’ignorance nous rend esclaves. Nous devons défendre le droit de tout homme à vivre, à posséder ce dont il a besoin pour mener une existence digne, le droit à travailler et à se reposer, à choisir un état, à fonder un foyer, à mettre des enfants au monde dans le mariage et à pouvoir les élever, à traverser avec sérénité les périodes de maladie et la vieillesse; à accéder à la culture, à s’associer aux autres citoyens pour parvenir à des fins licites et, au premier chef, le droit à connaître et à aimer Dieu en toute liberté, car la conscience — si elle est droite — découvrira les traces du Créateur en toute chose.

 

C’est précisément pour cela qu’il est urgent de répéter — en cela je ne fais pas de politique, j’affirme la doctrine de l’Eglise — que le marxisme est incompatible avec la foi du Christ. Est-il quelque chose de plus contraire à la foi qu’un système qui cherche en tout à éliminer de l’âme la présence aimante de Dieu ? Criez-le très fort, pour qu’on entende distinctement votre voix: nous n’avons absolument pas besoin du marxisme pour pratiquer la justice. Au contraire, cette erreur très grave, à cause de ses solutions exclusivement matérialistes, qui ignorent le Dieu de la paix, ne dresse que des obstacles dans la recherche du bonheur et de l’entente entre les hommes. Nous trouvons à l’intérieur du christianisme la vraie lumière, qui apporte toujours une réponse à tous les problèmes : il suffit que vous vous efforciez d’être sincèrement catholiques, non verbo neque lingua, sed opere et veritate, non pas avec des mots, ou avec la langue mais en actes et en vérité. Dites-le, sans faux-fuyants, sans crainte, chaque fois que l’occasion se présentera, et recherchez-la si c’est nécessaire.

 

Lisez l’Ecriture Sainte. Méditez l’une après l’autre les scènes de la vie du Seigneur et ses enseignements. Examinez avec un soin tout particulier les conseils et les indications par lesquels le Seigneur préparait cette poignée d’hommes qui devaient être ses Apôtres, ses messagers d’un bout à l’autre de la terre. Quel est le signe qui les distingue d’abord ? N’est-ce pas le commandement nouveau de la charité ? C’est par l’amour qu’ils se sont frayés un chemin dans le monde païen et corrompu.

 

Soyez bien convaincus que vous ne résoudrez jamais les grands problèmes de l’humanité en partant uniquement de la justice. Quand on rend purement et simplement la justice, il ne faut pas s’étonner que les gens se sentent meurtris : la dignité de l’homme, qui est fils de Dieu, requiert bien davantage. La charité est une partie inhérente de la justice et doit accompagner celle-ci. Elle adoucit tout, elle divinise tout : Dieu est amour. Nous devons toujours agir par Amour de Dieu, Amour qui rend plus facile l’amour de notre prochain et qui purifie et élève les amours terrestres.

 

De la stricte justice à l’abondance de la charité il y a tout un chemin à parcourir. Et peu nombreux sont ceux qui persévèrent jusqu’au bout. Quelques-uns se limitent à en approcher le seuil : ils ignorent la justice, se contentant d’un peu de bienfaisance, qu’ils baptisent charité; et ne se rendent pas compte que cela ne représente qu’une petite partie de ce qu’ils sont dans l’obligation de faire. Et ils se montrent aussi satisfaits d’eux-mêmes que le pharisien qui pensait avoir répondu aux exigences de la loi parce qu’il jeûnait deux fois par semaine et qu’il payait la dîme sur tout ce qu’il possédait.

 

La charité, sorte d’excès généreux de la justice, veut d’abord que l’on accomplisse son devoir : on commence par ce qui est juste; on continue par ce qui est le plus équitable… Aimer suppose une grande finesse, une grande délicatesse, beaucoup de respect, beaucoup de cordialité; en un mot, suivre le conseil de l’Apôtre: portez les fardeaux les uns des autres et accomplissez ainsi la loi du Christ. C’est alors que nous vivons pleinement la charité, que nous réalisons le commandement de Jésus.

 

Pour moi, le comportement des mères est l’exemple le plus clair de cette union pratique entre la justice et la charité. Elles aiment tous leurs enfants d’une tendresse identique, et cet amour les pousse précisément à les traiter différemment — avec une justice inégale —, puisque chacun d’entre eux est différent des autres. Eh bien, la charité perfectionne et complète aussi la justice envers nos semblables. En effet, elle nous pousse à nous conduire de façon inégale à l’égard de ceux qui ne sont pas égaux, en nous adaptant à leurs situations concrètes, pour mieux communiquer notre joie à celui qui est triste, la science à celui qui manque de formation, et donner de l’affection à celui qui se sent seul… La justice implique que l’on donne à chacun ce qui lui revient, ce qui ne signifie pas donner à tous la même chose. L’égalitarisme utopique est la source des injustices les plus grandes.

 

Pour agir toujours ainsi, comme ces bonnes mères, nous devons pratiquer l’oubli de nous-mêmes, n’aspirer à d’autre autorité que celle de servir les autres, comme Jésus-Christ qui prêchait que le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir. Pour cela, il faut avoir l’énergie de soumettre sa propre volonté au modèle divin, de travailler pour tous, de lutter pour le bonheur éternel et pour le bien-être des autres. Je ne connais pas de meilleur chemin pour être juste qu’une vie de don de soi et de service.

 

Peut-être l’un d’entre vous pense-t-il que je suis naïf. Qu’importe. Même si l’on me qualifie ainsi, parce que je crois encore à la charité, je vous assure que j’y croirai toujours ! Et tant que Dieu me prêtera vie, je continuerai — comme prêtre du Christ — de faire en sorte que règnent l’unité et la paix parmi ceux qui sont frères, parce qu’enfants du même Père, Dieu. Que l’humanité se comprenne. Que nous partagions tous le même idéal, celui de la Foi !

 

Ayons recours à Sainte Marie, la Vierge prudente et fidèle, et à saint Joseph, son époux, modèle achevé de l’homme juste. Ils ont vécu en présence de Jésus, le Fils de Dieu, les vertus sur lesquelles nous avons médité. Ils nous obtiendront la grâce pour que ces mêmes vertus s’enracinent fermement dans notre âme, afin que nous nous décidions à nous comporter à tout moment comme de bons disciples du Maître : prudents, justes, pleins de charité.

 

 

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