En route vers une nouvelle terre – Maria Valtorta (ASDE 20)

Extrait des cahiers de

Maria Valtorta

 

27 juin 1944

Actes 7, 2-3

 

Jésus dit :

« Mes âmes de prédilection reçoivent le même commandement qu’Abraham : « Quitte ton pays et ta parenté et va dans la terre que je te montrerai. »

 

Cela représente à la fois une réalité et une métaphore. Une réalité, parce que celui qui se consacre à moi devient réellement un étranger et un inconnu pour sa propre famille.

 

Inconnu sous sa nouvelle personnalité. Etranger parce qu’il s’instaure, entre eux et lui, comme la chute d’un diaphragme, comme la création d’une tour de Babel particulière que, lui, il dépasse, vers la terre que Dieu lui indique, tandis qu’eux restent là où ils sont ; ils ont beau être encore proches, ils ne peuvent plus se comprendre, car l’un parle déjà la langue de cette terre et en adopte les coutumes, tandis que les autres continuent à penser, à agir et à parler de la manière qui leur est habituelle. C’est là une grande source de souffrance et d’étonnement, si ce n’est de la dérision.

 

La souffrance sera particulièrement ressentie par celui que Dieu a appelé à la « terre nouvelle ». Comme il a compris que « cette terre » est un pays d’élévation, il voudrait bien que ceux qu’il aime le suivent. Il désirerait que les autres le comprennent pour pouvoir leur faire aimer les beautés qu’il découvre.

 

Quant à eux, ils s’étonnent de son changement. Quand ils ne le qualifient pas de « manie », ils l’appellent égoïsme, manque d’amour, excentricité. Or il n’en est rien. Il fait preuve d’un parfait amour, à la fois pour ceux qu’il aime et pour lui-même, puisqu’il donne et cherche à donner aux autres le bien qu’il se procure à lui-même. Il ne s’agit pas d’excentricité, mais au contraire de la norme parfaite, puisque, malgré son exception, il est dans la norme des fils de Dieu : l’obéissance absolue à la voix de Dieu, qui est une obéissance supérieure à toute autre voix du sang, à tout intérêt, à tout respect humain.

 

Cette blessure ne guérit pas, elle ne le peut pas. En effet, la personne élue à la « terre nouvelle » garde, dans la partie inférieure de son être, la sensibilité commune aux fils de l’homme, et elle souffre en permanence de devoir se sentir accusée de manque d’amour par ceux qui devraient le mieux la comprendre, et de devoir les repousser, à son cœur défendant, pour avancer sur la voie que Dieu lui indique. Cela rouvre sans cesse la blessure où sont crucifiées d’une part l’amour des siens qui la torturent bien qu’ils l’aiment, d’autre part son propre amour qui se tord dans la plaie en raison de leur incompréhension, enfin la volonté impérieuse de Dieu, qu’elle aime de tout son être. Il s’agit donc d’une blessure d’amour dans laquelle Dieu se trouve, puisque Dieu se trouve là où est la charité.

« Viens dans la terre que je te montrerai. » Dieu ne la lui montre pas d’avance. Il dit « Viens. » La récompense – voir cette terre – sera donnée à celui qui obéit sans attendre de savoir ce qui l’attend. Dieu dit « Viens. » Rien d’autre. Il part et ne demande rien de plus.

 

Le début [du chemin vers] cette terre bénie est hérissée d’obstacles et plein d’épines. Sur cette terre bénie, certes, le soleil ne se couche jamais, on n’y trouve ni serpents ni scorpions ni bêtes sauvages, les ouragans comme le givre y sont inconnus, le printemps y est éternel, tout être abonde en nourriture surnaturelle, les arbres suintent le miel et du lait coule des sources ; l’harmonie est la lumière et la lumière harmonie, les habitants y sont heureux comme des fleurs en une paisible matinée d’avril et rient d’une joie perpétuelle qui reflète le rire divin de leur Seigneur. Mais au début du chemin on rencontre des pierres et ronciers, lianes et passages étroits sur des gorges et des torrents tourbillonnants, tournant obscurs ainsi que des zones de vents et de bourrasques.

 

Au-dessus, une seule étoile : moi. C’est moi qui dois servir de lumière, de chaleur, de voix, d’espérance, de réconfort, de foi et de guide à l’héroïque marcheur. Moi seul. Malheur à celui qui ne me regarde pas continuellement.

 

Mais celui qui persévère se rend compte que les pierres et les ronces font place à une route plus facile et que quelques fleurs apparaissent sur les côtés, il s’aperçoit que, aux lianes qui le lacéraient auparavant comme des câbles de fer épineux, succèdent de douces guirlandes qui ne sont pas plus des contraintes mais de l’aide, que les passages deviennent plus spacieux, les sentiers moins dangereux, la route plus sûre, plus large, plus lumineuse, plus chaude et plus paisible tout en continuant à monter. Finalement, l’âme ne marche plus, elle vole, elle vole. Elle entre dans la terre qu’elle a conquise par une flèche d’amour. Le ciel est à elle.

 

Mais quelle générosité cela demande ! Il faut tout donner, Maria, et ne rien posséder. « Pas même un endroit où reposer le pied ». Ne prétendre à rien, car je ne promets rien quand je dis « Viens. ». Rien d’humain. Je promets seulement l’éternité surnaturelle.

 

Voilà ce que tu dois t’efforcer de comprendre et d’accepter, et avec toi tous tes semblables de par mon élection qui vous consacre dans la clôture ou dans le monde. Il en va autant de ceux qui, parce qu’ils sont meilleurs mais sans être appelés à des voies de perfection spéciales, sans être des militants de la perfection conseillée – et non pas imposée –, se demandent pourquoi leur vie n’est pas paisible et ne connaît pas également le bien-être terrestre.

Je ne mens pas, je n’ai jamais menti. J’ai promis et je promets de vous donner la Vie ainsi que tout ce qui inhérent à la Vie. Ceci est nécessaire, et je vous le donne. Le reste est superflu, car il est destiné à ce qui périt. Je vous le fournis parce que ce sont de bonnes choses, jusqu’au moucheron à qui je donne pour lit le calice d’un calament des montagnes et pour nourriture la microscopique goutte de miel qu’il contient. C’est ainsi que je vous procure, à vous qui êtes périssables, tout ce qui est nécessaire à ce qui périt : la nourriture, le vêtement et la demeure. Mais je vous invite à tendre vers ce qui est le plus élevé : l’esprit et ce qui est spirituel.

 

Que ceux qui m’aiment davantage me comprennent. Qu’ils avancent, nus, affamés et pauvres de ce qui relève de cette journée terrestre, mais rassasiés, riches et vêtus d’un habit royal de ce qui relève du jour éternel.

 

Va en paix. »

 

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