Le secret du pardon – 2ème Partie (ASDE 21)

Le secret du pardon

 

CONVERSION ET RECONCILIATION AVEC DIEU

 

 

Une histoire dramatique

(Jean-Paul II, EA Reconciliatio, 2 décembre 1984,

RP 27, 19, 41-42)

 

« Un homme avait deux fils. Le plus jeune dit à son père : ‘Père, donne-moi la part qui me revient’ » raconte Jésus en décrivant la dramatique histoire de ce jeune : le départ de la maison paternelle vers l’aventure, le gaspillage de tous ces biens dans une vie dissolue et vide, les jours sombres de l’éloignement et de la faim, mais plus encore de la dignité perdue, de l’humiliation et de la honte, et enfin la nostalgie de sa maison, le courage d’y revenir, l’accueil du père. Celui-ci n’avait certes pas oublié son fils, il lui avait même conservé intactes son affection et son estime. Aussi l’avait-il toujours attendu, et maintenant il l’embrasse, tout en donnant le signal de la grande fête du retour de « celui qui était mort et qui est revenu à la vie, qui était perdu et qui a été retrouvé. »

 

L’homme – tout homme – est ce fils prodigue : séduit par la tentation de se séparer de son Père pour vivre dans l’indépendance de sa propre existence ; tombé dans la tentation ; déçu par le vide qui, comme un mirage, l’avait fasciné ; seul, déshonoré, exploité alors qu’il cherche à se bâtir un monde entièrement à soi ; travaillé, même au fond de sa misère, par le désir de revenir à la communion avec son Père. Comme le père de la parabole, Dieu guette le retour du fils, l’embrasse à son arrivée et prépare la table pour le banquet des retrouvailles où le Père et les frères célèbrent la réconciliation.

 

Ce qui frappe le plus dans la parabole, c’est l’accueil de fête et d’amour du père à son fils qui revient, signe de la miséricorde de Dieu, toujours prêt à pardonner. Disons le tout de suite : la réconciliation est principalement un don du Père céleste.

 

 

Nécessité de la conversion

 

La réconciliation est devenue nécessaire parce qu’il y a eu la rupture du péché, d’où ont découlé toutes les autres formes de rupture au cœur de l’homme et autour de lui. La réconciliation, pour être totale, exige donc nécessairement la libération par rapport au péché, celui-ci étant refusé jusqu’en ses racines les plus profondes. C’est pourquoi un lien interne étroit unit conversion et réconciliation : il est impossible de séparer ces deux réalités, ou de parler de l’une sans l’autre.

 

Comme l’écrit l’apôtre saint Jean –, « si nous disons : ‘Nous n’avons pas de péché’, nous nous abusons, la vérité n’est pas en nous. Si nous confessons nos péchés, lui, fidèle et juste, pardonnera nos péchés ». Ces paroles inspirées, écrites à l’aube de la vie de l’Église, introduisent mieux que toute autre expression humaine cet exposé sur le péché, qui est étroitement lié à celui sur la réconciliation. Elles saisissent le problème du péché dans sa perspective anthropologique, en tant que partie intégrante de la vérité sur l’homme, mais elles s’inscrivent aussitôt dans la perspective divine où le péché est confronté avec la vérité de l’amour divin, juste, généreux et fidèle, qui se manifeste surtout par le pardon et la rédemption. Aussi le même saint Jean écrit-il un peu plus loin que, « si notre cœur nous accuse, Dieu est plus grand que notre cœur. »

 

Reconnaître son péché, et même – en approfondissant la réflexion sur sa propre personnalité – se reconnaître pécheur, capable de péché et porté au péché, est le principe indispensable du retour à Dieu. C’est l’expérience exemplaire de David qui, « après avoir fait ce qui est mal aux yeux du Seigneur », réprimandé par le prophète Nathan, s’écrie : « Oui, je connais mon péché, ma faute est toujours devant moi. Contre toi et toi seul, j’ai péché, ce qui est mal à tes yeux je l’ai fait. » Du reste, Jésus met sur les lèvres et dans le cœur du fils prodigue ces paroles significatives : « Père, j’ai péché contre le Ciel et envers toi. »

 

En réalité, se réconcilier avec Dieu suppose et inclut que l’on se détache avec lucidité et détermination du péché où l’on est tombé. Cela suppose donc et inclut que l’on fait pénitence au sens le plus complet du terme : se repentir, manifester son regret, prendre l’attitude concrète du repenti, celle de quiconque se met sur le chemin du retour au Père. C’est là une loi générale que chacun doit suivre dans la situation particulière où il se trouve. On ne peut en effet parler seulement en termes abstraits du péché et de la conversion.

 

Dans la situation concrète de l’homme pécheur, où il ne peut y avoir de conversion sans reconnaissance de son péché, le ministère de réconciliation de l’Église intervient en toute hypothèse avec une finalité ouvertement pénitentielle, c’est-à-dire visant à ramener l’homme à la « connaissance de soi » dont parle Sainte Catherine de Sienne, au renoncement de l’amitié avec Dieu, à la remise en ordre intérieure, à la nouvelle conversion ecclésiale. Ajoutons qu’au-delà du cadre de l’Église et des croyants, le message et le ministère de la pénitence sont adressés à tous les hommes, car tous ont besoin de conversion et de réconciliation.

 

 

Fidélité de Dieu et mission du Christ

(RP 35-36)

 

Dieu est fidèle à son dessein éternel même quand l’homme, poussé par le Mauvais et entraîné par son orgueil, abuse de la liberté qui lui a été donnée pour aimer et rechercher généreusement le bien, refusant ainsi d’obéir à son Seigneur et Père ; et aussi quand l’homme, au lieu de répondre par l’amour à l’amour de Dieu, s’oppose à lui comme à un rival, se leurrant lui-même et présumant de ses forces, pour en arriver à la rupture des rapports avec celui qui l’a créé. Malgré cette prévarication de l’homme, Dieu reste fidèle dans l’amour. Certes, le récit du paradis terrestre nous fait méditer sur les funestes conséquences du rejet du Père, qui se traduit par le désordre interne de l’homme et par la rupture de l’harmonie entre l’homme et la femme, entre un frère et l’autre. La parabole évangélique des deux fils qui, d’une manière différente, s’éloignent de leur père, creusant un abîme entre eux, est elle aussi significative. Le refus de l’amour paternel de Dieu et de ses dons d’amour est toujours la racine des divisions de l’humanité.

 

Mans nous savons que Dieu, riche en miséricorde, tel le père de la parabole, ne ferme son cœur à aucun de ses enfants. Il les attend, les cherche, les rejoint là où le refus de la communion les enferme dans l’isolement et la division, les appelle à se regrouper autour de sa table, dans la joie de la fête du pardon et de la réconciliation.

 

Cette initiative de Dieu se concrétise et se manifeste dans l’acte rédempteur du Christ, qui rayonne dans le monde grâce au ministère de l’Église.

 

En effet, selon notre foi, le Verbe de Dieu s’est fait chair et est venu habiter la terre des hommes : il est entré dans l’histoire du monde, l’assumant et la récapitulant en lui-même. Il nous a révélé que Dieu est amour et il nous a donné le commandement nouveau de l’amour, nous communiquant en même temps la certitude que le chemin de l’amour s’ouvre à tous les hommes, que n’est donc pas vain l’effort tendant à instaurer la fraternité universelle. Ayant vaincu, par sa mort sur la croix, le mal et la puissance du péché, par son obéissance pleine d’amour il a apporté le salut à tous et il est devenu pour tous réconciliation. En lui, Dieu s’est réconcilié l’homme.

 

 

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