On a les ministres et les archevêques qu’on mérite

« Je me suis permis de lui redire, comme je le dis à chacun des cultes, qu’il n’y a […] aucune loi qui est supérieure aux lois de l’Assemblée nationale et du Sénat et qu’il n’y a aucune loi au-dessus de celles de la République », s’est empressé de déclarer Gérald Darmanin à l’Assemblée nationale après avoir reçu, ce mardi 10 octobre, Mgr de Moulins-Beaufort, président de la Conférence des évêques de France. Et de s’offrir les applaudissements d’un grand nombre de députés. Darmanin joue sur du velours, dans cette polémique, et a pu jouer à bon compte les petit Bonaparte mettant au pas les cultes. Tous les cultes, si vous voyez ce que je veux dire…

Sur du velours, car l’émotion est grande dans le pays, après les révélations du rapport Sauvé qui, compte tenu de l’extrême sensibilité du sujet, accède d’emblée au rang de texte sacré dont la moindre contestation vouerait le contestataire aux gémonies.

Sur du velours, car nos princes de l’Église (qui ne sont même plus princes, puisqu’à ce jour, aucun prélat français en charge d’un diocèse ou d’un archidiocèse français n’est revêtu de la pourpre cardinalice ; c’est dire, d’ailleurs, la considération que le patron de l’ONG porte à sa succursale de France…) n’ont pas, à l’évidence, la stature d’un Mgr Saliège, d’un cardinal Gerlier ou Feltin, plus récemment d’un cardinal Lustiger qui avait ses entrées à l’Élysée sous Mitterrand. C’est là que l’on perçoit la dégringolade de l’Église de France en 70 ans. 70 ans, c’est d’ailleurs la période couverte par le rapport Sauvé.

En 1964, à l’occasion du 800e anniversaire de Notre-Dame de Paris, le général de Gaulle recevait en grande pompe trente-sept prélats français et le légat du pape à dîner au palais de l’Élysée. Tous revêtus de leurs soutanes liserées, porteur de leur croix pectorale épinglée, comme c’était l’usage alors, et chaussés à boucles. Des détails, vous me direz, tout ça. Le Diable est dans les détails, alors pourquoi pas le bon Dieu aussi. 57 ans plus tard, l’archevêque de Reims, en clergyman, est reçu quasiment comme un domestique par le ministre de l’Intérieur pour se faire remonter les cales parce qu’il aurait prononcé des paroles malheureuses. Sic transit gloria mundi… Avouons que ça fait mal lorsqu’on a la profonde conscience que l’Église de France n’est pas une simple ONG et que 1.500 ans d’Histoire se reflètent dans le baptistère de Reims. Reims, justement, Mgr de Moulins-Beaufort en est le duc-archevêque…

On pourra dire que le ministre est un gougnafier, un rustre, un goujat, que l’on ne traite pas le représentant de la plus vieille institution française – excusez du peu – comme un préfet à qui on a des choses à dire. A contrario, on rétorquera que la course effrénée après un siècle qui change tous les cent ans, en allant de misérabilisme en invisibilisme, l’Église de France paye cash, aujourd’hui, sa banalisation. Pour paraphraser Churchill, elle risque de récolter à la fois la défaite et le déshonneur. Et la faillite, de surcroît, car on a bien compris l’idée : il faudra qu’elle paye.

Donc, « il n’y a rien au-dessus des lois de la République » : on connaît désormais ce dogme auquel tout un chacun est sommé d’adhérer sous peine d’excommunication. Mais est-ce bien vrai ? Sans parler de la loi naturelle qui n’est pas loin d’être hors la loi, aujourd’hui, pensons à tout le carcan juridique de l’Union européenne et du Conseil de l’Europe qui s’impose à nous. Lorsque la Cour constitutionnelle d’un pays membre de l’Union européenne, en l’occurrence la Pologne, estime que ses lois nationales sont au-dessus des traités européens, on hurle au fascisme et le secrétaire d’État aux Affaires européennes, Clément Beaune – plus européiste que lui, on meurt -, y va de sa partition. Et, dans le même temps, ou presque, son collègue Darmanin répète à l’envi l’antienne de la nouvelle religion : « Il n’y a […] aucune loi qui est supérieure aux lois de l’Assemblée nationale et du Sénat et il n’y a aucune loi au-dessus de celles de la République. » La loi de la gravité a du souci à se faire, dans ce pays.

Source : https://www.bvoltaire.fr/on-a-les-ministres-et-les-archeveques-quon-merite/

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