Joie dans l’obéissance dans l’amour de Dieu – Maria Valtorta (ASDE 22)

Extrait des cahiers de

Maria Valtorta

 

Hébreux 5, 7-8.12.14 ; 6, 1.4.6.8

16 mars 1944

 

 

Jésus dit :

 

Je veux te faire examiner – et, par toi, à beaucoup d’autres – une vertu qui vous a apporté un grand bien. Le plus grand bien, même, tandis que son contraire vous a apporté un grand mal, le plus grand. Je t’en ai déjà parlé, mais ta souffrance ne t’a pas permis de te rappeler ces paroles. Je les répète car il me tient à cœur que vous les ayez.

 

Comme je vous avais aimés infiniment, j’ai voulu être votre Rédempteur. Mais je ne l’ai pas été uniquement par la Sagesse, par la Puissance pas plus que par la Charité. Ce sont là trois caractéristiques, trois dons divins qui ont agi tout trois pour la Rédemption du genre humain, puisqu’ils vous ont instruits, frappés par les miracles et sauvés par le Sacrifice.

 

Mais j’étais l’Homme. Etant l’Homme, je devais posséder cette vertu dont la perte avait perdu l’homme, et vous sauver grâce à elle. La perte de l’homme était due à sa désobéissance au désir de Dieu. Moi, l’Homme, j’ai donc dû vous sauver en obéissant au désir de Dieu.

 

Paul dit que c’est moi qui « aux jours de ma chair », ayant présenté, avec une violente clameur et des larmes, des implorations et des supplications à celui qui pouvait [me] sauver de la mort, fus exaucé en raison de ma piété ». Et il ajoute que, après avoir été rendu parfait pour avoir appris (en d’autres termes accompli) l’obéissance, je suis devenu pour ceux qui m’obéissent principe de salut éternel.

 

Par ces mots que l’Esprit rend vrais, Paul dit par conséquent que moi, le Fils de Dieu fait Homme, j’ai atteint la perfection par l’obéissance, et que c’est par elle que j’ai pu être le Rédempteur. Moi, le Fils de Dieu. C’est par l’obéissance que je vous ai sauvé.

 

Si vous méditez profondément cette vérité, vous devez ressentir ce qu’éprouve un homme qui, penché sur une profonde baie marine, observe fixement la profondeur et l’immensité de la mer : il a l’impression de sombrer dans ces abîmes liquides dont il ne connaît ni la profondeur ni les limites.

 

L’obéissance ! C’est bien une mer illimitée et abyssale dans laquelle je me suis plongé avant vous pour ramener à la Lumière ceux qui avaient sombré dans la faute. C’est une mer dans laquelle les véritables enfants de Dieu doivent se plonger pour devenir rédempteurs, d’eux-mêmes comme de leurs frères. C’est une mer qui ne connaît pas seulement de grandes profondeurs et de grosses vagues, mais aussi les plages à marée basse et ces petites vaguelettes qui semblent s’amuser avec le sable du rivage et sont si chères aux enfants qui jouent avec elles.

 

L’obéissance n’est pas seulement faites de grands moments où obéir signifie mourir comme je l’ai fait, ou s’arracher à une Mère comme je l’ai fait, ou encore renoncer à sa demeure comme je l’ai fait en quittant le ciel pour vous. L’obéissance est aussi faite de choses minuscules de tout instant, accomplies sans grogner au fur et à mesure qu’elles se présentent.

 

Qu’est-ce que le vent ? Est-ce toujours une tornade qui courbe les cimes des arbres séculaires et les plie, les brise, les abat à terre ? Non. C’est ce même vent, plus léger qu’une caresse maternelle, qui peigne les herbes des champs et les blés qui poussent et les fait à peine onduler, comme s’ils frissonnaient doucement sur leurs tiges vertes sous l’effet de leur joie d’être effleurés par cette brise légère. Les petites choses sont ce vent léger de l’obéissance. Mais que de bien elles font.

 

Le printemps est maintenant venu. Si elle n’était pas entachée de sang, comme cette saison serait belle ! Les plantes, qui savent aimer leur Créateur et lui obéir, revêtent leur nouvelle parure faite d’émeraude et se couvrent de fleurs comme des épousées. Les prés ressemblent à une broderie, à un velours brodé de fleurs, les forêts à une peluche parfumée sous une voûte de cimes vertes et bruissantes. Mais si les brises légères d’avril et les bourrasques folles de mars n’existaient pas, combien de fleurs ne seraient fécondées, et combien de champs manqueraient d’eau ! Les fleurs et les herbes seraient alors nées pour mourir, sans aucun but. Le vent pousse les nuages et arrose de cette manière, le vent apporte les baisers aux fleurs, porte aux éloignés le baiser de ceux qui sont loin d’eux, et sa course joyeuse de branche en branche, d’arbre en arbre, de verger en verger permet d’en féconder les fleurs pour qu’elles deviennent fruits.

 

Même votre petite obéissance à toutes les menues choses que le Seigneur vous présente à travers les événements quotidiens agit de la même manière que le vent à l’égard des plantes et de l’herbe des prés et des jardins : de vous, qui êtes des fleurs, il fait des fruits, des fruits de vie éternelle.

 

Bienheureux ceux qui, pris dans le tourbillon de l’Amour et de leur propre amour, font un total sacrifice d’eux-mêmes, les petits rédempteurs qui me perpétuent et accomplissent l’obéissance suprême en buvant à mon propre calice de douleur. Mais bienheureux sont aussi ceux qui, sans avoir osé dire au tourbillon de l’Amour : « Je t’aime, me voici, prends-moi », savent se plier au vent léger de l’Amour qui sait mesurer les forces de l’homme, son fils, et donner à chacun le niveau de pression qu’il lui est impossible de supporter.

 

Mes enfants, vous avez plus que jamais l’impression que l’épreuve est bien supérieure à vos forces. Mais c’est parce que vous vous raidissez. C’est parce que vous êtes orgueilleux et méfiants. Vous voulez agir tout seuls et vous ne vous abandonnez pas à moi. Je ne suis pas un bourreau ! Je suis celui qui vous aime. Je suis un Père bon. Et si je ne peux pas supprimer la Justice, j’augmente en compensation la Miséricorde. Je l’augmente d’autant plus que la Justice croît sous la marée des délits, des blasphèmes, des désobéissances à la Loi, qui recouvre la terre.

 

Vous y faites naufrage. Que vous soyez innocents, presque innocents, coupables ou grands coupables, tous vous y faites naufrage. Or, si pour ces derniers, le fond de la mer sera au fond de Satan (dès cette vie, par le déchirement d’une conscience qui les mord et ne leur permet pas d’être en paix bien qu’ils feignent le contraire), pour les deux autres catégories le fond de la mer se trouvera dans ma miséricorde ; il l’est déjà pour les presque innocents, et il se trouve dans mon cœur pour les innocents. Mais miséricorde et cœur sont déjà au ciel et, après les consolations sur la terre que je ne leur refuse pas – et tu le sais –, le ciel est prêt pour ceux-ci.

 

J’ai dit autre chose à ton esprit, et ton esprit n’a pu le faire écrire à ta chair exténuée ; je le répète donc.

 

En tout cet enseignement, il n’est aucune leçon ou vision qui soit donnée sans que je suive un dessein éducatif que vous ne comprenez pas, ou que vous comprendrez en retard et partiellement. Si vous méditiez avec une intuition lucide, vous vous apercevriez que les leçons que je vous donne pour accompagner les dictées et les contemplations du porte-parole sont toujours en rapport à des événements dont la venue est proche. Je fais cela pour vous donner une aide surnaturelle. Etant donné que le monde n’est pas complètement abruti, ces pages feront beaucoup de bien aux âmes à l’avenir aussi, car elles contiennent des enseignements de sagesse éternelle. Mais pour vous, qui vivez à cette époque fatale, elles sont aussi un guide et un réconfort pour les heures que vous vivez.

 

Tout comme les premiers chrétiens de Paul, « vous êtes devenus lents à comprendre… et vous avez de nouveau besoin qu’on vous enseigne les tout premiers éléments des paroles de Dieu. Vous en êtes arrivés à avoir au point d’avoir besoin de lait, non de nourriture solide ». Vous êtes redevenus des enfants, non en ce qui concerne l’innocence et la simplicité, ni la foi certaine, mais par votre incapacité à marcher dans la foi et à comprendre ses vérités.

 

Vous avez tellement reculé ! Les mots de Justice ne sont qu’un son qui atteint vos oreilles ; parfois, d’ailleurs, vous ne les percevez même pas. Vous n’en faites pas une nourriture de Vie. Vous ne le pouvez pas, puisque vous ne les assimilez pas. Par votre attitude d’indifférence coupable, par votre sympathie coupable pour la faute, votre esprit est frappé d’infantilisme et ne possède plus ce suc qui le rendrait capable de s’alimenter à la nourriture robuste des adultes dans la foi. Soit vous n’avez pas de religion, soit celle que vous avez est faite d’une chorégraphie de pratiques et de sentimentalisme.

 

Mais connaissez-vous le sens du mot « religion » ? Cela signifie suivre Dieu et sa Loi, et non pas seulement chanter des beaux hymnes, faire de belles processions, suivre de beaux offices, aller entendre d’élégantes prédications, être le membre A ou B de telle association, toutes choses qui excitent vos sentiments, rien de plus. Religion signifie transformer l’homme animal en un homme demi-dieu. Il faut supprimer par la religion, l’animalité sous ses formes les plus diverses, qui vont de la chair à l’intelligence. A bas la gloutonnerie et la luxure, à bas l’avarice et la paresse, à mort le mensonge et l’orgueil. Soyez chastes, charitables, humbles, honnêtes, en somme soyez tels que Dieu le veut et comme je vous ai enseigné à être. Alors vous serez adultes dans la religion, dans la foi ; vous serez des hommes accomplis, car vous serez de ceux « qui, par la pratique, ont les sens exercés à discerner ce qui est bon et ce qui est mauvais ».

 

C’est pour cette raison que, laissant de côté l’enseignement élémentaire, je viens vous instruire de ce qui est le plus parfait, car je veux vous y amener. Vous serez peu nombreux : ceux qui ont faim de justice, de vérité, de sagesse. Mais à ceux-ci, à mes bénis, je donne un pain qui les aide à savourer toujours mieux cet autre Pain que je suis, moi, l’Eucharistie. Déjà dans ma vie publique, j’ai fait précéder le pain du Sacrement par le pain de la Parole. Le second doit toujours préparer au premier. L’Eglise enseignante existe pour cette tâche : perpétuer mon ministère de Maître et vous rendre capables de tirer du Sacrement le maximum de votre puissance vitale.

 

Malheur cependant à ceux qui, après avoir été illuminés, préfèrent retourner aux ténèbres. Malheur à ceux qui, après avoir goûté cette nourriture céleste, préfèrent les bouchées de Satan. Malheur à ceux qui, après avoir été rendus conscients de la Vérité par l’Esprit Saint, redeviennent des bêtes, se profanant ainsi eux-mêmes. Il est impossible que, une fois précipités, ils reviennent faire pénitence. Car si je pardonne largement la faiblesse de l’homme, je suis inexorable pour ceux qui veulent rester dans le Mal après l’avoir élu pour roi de leur plein gré.

 

Soyez donc dignes du don que je vous fais, vous à qui je donne de goûter à la douceur de la parole de Dieu qui se répand de nouveau pour suppléer au trop grand silence des prêtres et à l’excès de cendres tièdes là où un feu ardent devrait brûler ; qui se répand pour neutraliser chez mes nouveaux disciples le venin de Satan qui circule sur la terre, vous pour qui je lève même les voiles qui recouvrent les secrets de mon existence d’Homme et les mystères de l’avenir. Devenez des épis grenus et non de la paille sèche prête à brûler. Des épis pour le grain éternel. Vous renaîtrez dans le ciel.

 

Oh ! Quelle joie hors du monde ! Quelle joie de se trouver là où est Dieu ! Quand, après avoir rendu l’esprit, j’ai pu revoir le Père, j’ai savouré une béatitude comme je n’en avais jamais savouré de toute éternité. Et elle perdure, car je sais, désormais, ce que signifie être séparé du ciel, de Dieu. Toutes les expériences, je les ai souffertes en moi, pour pouvoir vous défendre auprès du Très-Haut. Mais en vérité je vous dis que ma propre béatitude sera la vôtre quand vous serez ici, loin de votre exil, avec moi, auprès du Père, dans la patrie de l’Amour.

 

De l’Amour, mes enfants. Là où il n’y a plus ni haine ni crime, ni larmes ni terreur. »

 

Jésus me dit également ces paroles sur le rôle de certaines âmes dans le monde. Je le fais, même si, faible et tourmentée comme je le suis, j’ai la tête qui tourne comme une girouette.

 

« As-tu compris, maintenant, le but des couvents de clôture ? Leur raison d’être ?

 

Tous n’ont pas le temps de prier, pris comme ils sont dans la vie active. Il est vrai qu’une activité honnête est déjà prière, et il s’ensuit que ceux qui prient tout en travaillant sont justifiés. Mais les besoins de l’homme sont grands et il y a bien des gens qui ne prient pas du tout. Les claustrés prient pour tous ceux qui ne veulent ou ne peuvent prier de manière à obtenir un jour ce nombre d’actes de dévotion que la Divinité requiert (pensez que, au ciel, le « Gloire à Dieu » ne s’arrête pas). Ils prient Dieu pour l’honorer, ils le prient pour l’apaiser, ils le prient pour l’implorer. Ils sont les bras ouverts sur ceux qui combattent, et demandent pour tous.

 

Dans ta maison, tu es la petite claustrée qui prie pour tous. Mais ta charité doit être aussi vaste que le monde. Plus encore : aussi vaste que toute la création, et envahir même le ciel. Mieux, commencer par lui.

 

Prier pour louer Dieu et réparer les blasphèmes commis par tellement de gens.

 

Prier pour ceux qui ne prient pas.

Prier pour l’Eglise.

Prier pour le sacerdoce, car sans lui, s’il ne revient pas à la splendeur du martyr Laurent, vous devenez de plus en plus idolâtres.

Prier pour la société humaine, afin qu’elle vienne à Dieu si elle veut être sauvée.

Prier pour la patrie, afin qu’elle obtienne paix et bien.

Prier pour ceux qui souffrent, qui ont faim ou sont sans toit.

Prier pour ceux qui doutent et sentent le désespoir s’emparer d’eux.

Prier, prier, prier.

En dernier lieu, prier pour toi.

 

N’ayez pas peur. Même si, vous qui priez pour tous, ne priez pas pour vous, moi je prie le Père pour vous. Soyez tranquilles.

 

Les âmes qui prient à travers le monde, celles qui savent faire de leur infirmité non pas une oisiveté forcée mais une activité sainte, celles-là sont les petites âmes cloîtrées que je sème comme des fleurs dans le monde pour aider les grandes clôtures et, par cette somme de prières inlassables, apaiser le Père et réconforter l’humanité. »

 

Je vous dirai, mon Père, que j’ai été tout émue de la bonté de Dieu par laquelle votre lettre m’est arrivée. C’est Jésus qui vous l’a inspirée. Je désirais tant appartenir au tiers-ordre de Notre-Dame des Douleurs ! Si je n’avais pas été une fervente de saint François d’Assise depuis ma jeunesse, et si je n’avais pas connu beaucoup d’expériences pénibles avec des prêtres servites de Marie lorsque j’ai décidé, en 1926, d’entrer dans un tiers-ordre, je me serais tournée vers celui de Notre-Dame des Douleurs ou vers celui du Carmel. Je voulais en effet appartenir à Marie même quand… j’étais une bourrique, comme dit Jésus. Je l’aimais mal puisque je la connaissais peu mais, instinctivement, j’allais vers elle. Maintenant, depuis que j’ai vu souffrir, je l’aime comme j’aime son Fils : «  de toutes mes forces », et mon désir d’appartenir à Notre-Dame des Douleurs était devenu plus intense. Je me taisais, mais j’avais l’épine du désir en travers de la gorge.

 

Merci à Jésus et à sa Mère qui vous l’ont dit, et merci à vous d’avoir compris. C’est maintenant inutile. Depuis l’an dernier, je vous ai dit que Notre-Dame des Douleurs a toujours agi avec puissance à mon égard. Elle a voulu que je sois dirigée spirituellement par l’un de ses fils (le P. Romualdo M. Migliorini, de l’ordre des servites de Marie, directeur spirituel de l’écrivain de 1942 à 1946), elle a voulu pour son autel un travail effectué pour d’autres autels (il s’agissait d’un ouvrage en dentelle effectué par l’écrivain pour la nappe d’un autel), elle veut maintenant que je meure sous son habit (de tertiaire de l’ordre des servites de Marie). Et bien ! Espérons qu’elle voudra de la part de son Fils ce que je demande pour tous (la paix) et ce que je demande pour moi : le salut de ma pauvre âme. Ainsi, elle aura, elle aussi, sa Fernanda Lorenzoni (tertiaire de Notre-Dame des Douleurs 1906-1930).

 

Mais en voilà assez maintenant, sinon je vais m’évanouir.

 

 

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