Au jardin des oliviers – Peines et afflictions de Jésus – Soeur Marie Lataste (L2/Ch.22)

Dieu, la Sainte Trinité

Par Sœur Marie Lataste, mystique catholique

LIVRE 2

Le Verbe de Dieu fait homme

 

Chap. 22, Au jardin des oliviers – Peines et afflictions de Jésus

 

Un jour, je pensais à l’indifférence si générale des hommes pour le Sauveur Jésus, et j’en étais tout attristée. Le Sauveur Jésus vint à moi et me dit :

 

 Ma fille, quel est le sujet de votre affliction ?

 

 Seigneur, lui répondis-je, ce qui m’afflige, c’est l’indifférence, la froideur, l’aveuglement et la dissipation des hommes ; vous êtes mort pour eux, et ils n’y pensent pas.

 

 Ah ! ma fille, me dit alors le Sauveur Jésus, c’était là, quand j’étais sur la terre, le sujet de ma plus grande peine. Si vous saviez tout ce que j’ai souffert pendant ma vie à cause de cette pensée ; si vous saviez tout ce que j’ai souffert surtout au jardin des oliviers [1], alors que je voulus regarder, en qualité de Sauveur, tout ce qui devait se passer dans le monde après ma mort, et demeurer seul à seul avec moi, sans consolations divines ni humaines, au milieu de cet affreux specta­cle qui m’arracha une sueur froide de sang et d’eau. Tous les miens, tous ceux qui m’étaient chers comme Fils de l’homme, étaient loin de moi, et si mon Père était avec moi, il n’y était à cette heure que par sa rigueur et sa justice, qui voyait en moi les crimes du monde entier, dont j’avais voulu me charger pour les expier. J’étais devant Dieu, mon Père, comme un pauvre criminel, par amour pour les hommes, et je voyais les hommes ne faire même pas attention à tant d’abaissement de ma part. La contrition de mon âme était comme une immense mer d’amertume, parce que je sentais la grandeur de l’offense que le péché faisait à Dieu, puisque j’étais Dieu, et je voyais les hommes ne pas faire même attention à l’intensité de ma douleur et de ma confusion. Je laissai un instant ma nature humaine seule en face des tourments que j’allais endurer, et elle en fut effrayée à ce point que je m’écriai [2] :

 

Mon Père, que ce calice passe loin de moi, s’il est possible !

 

« Ma soumission, néanmoins, fut telle, que j’ajoutai aussitôt :

Que votre volonté soit faite et non la mienne !

 

« Ah ! ma fille, je ne vous dirai pas autre chose de mes souffrances extérieures ; mais vous ne pourrez jamais comprendre tout ce que j’endurai au-dedans de moi, alors que, cloué sur la croix, près de rendre le dernier soupir, je vis que mon sang avait coulé, non pas pour le salut de tous, mais pour la réprobation d’un grand nombre. Ô douleur au-dessus de toute douleur, peine au-dessus de toute peine, souffrance au-dessus de toute souffrance ! Moins pénible fut pour moi le couronnement d’épines, moins douloureux le dépouillement de mes habits, et mon attachement sur la croix. Mon cœur, qui dira jamais l’intensité de ta douleur pendant les trois heures où je restai sur la croix ? Mon âme, n’étais-tu pas noyée dans un océan d’amertume le plus amer ? Ô vie de mon corps ! n’aurais-tu pas été mille fois anéantie, si ma divinité ne t’avait retenue ? Non, ma fille, jamais le monde, depuis son existence, n’a vu de peine semblable à ma peine en ce moment. Compatissez comme vous le faites à mes souffrances ; souffrez avec moi, et dans vos souffrances dites-vous à vous-même que jamais vous n’approcherez de tout ce que j’ai souffert moi-même. Souffrez un peu pour moi, puisque j’ai tant souffert pour vous. »

 

 


[1] Saint Matthieu, chapitre 26, verset 26 à 46.

[2] Saint Matthieu, chapitre 26, verset 36.

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