Le secret du pardon 3, Textes choisis par les moines de l’abbaye de Solesmes (ASDE22)

 

Le secret du pardon

 

Textes choisis par les moines de l’abbaye de Solesmes

 

Le sacrement de pénitence

3

 

 La voie ordinaire de la rémission des péchés

(EA Reconciliatio, 31, RP 141-142)

La première conviction est que, pour un chrétien, le sacrement de pénitence est la voie ordinaire pour obtenir le pardon et la rémission des péchés graves commis après le baptême. Assurément, le Sauveur et son œuvre salvifique ne sont pas liés à quelque signe sacramentel au point de ne pouvoir, en n’importe quel moment et domaine de l’histoire du salut, agir en dehors et au-dessus des sacrements. Mais à l’école de la foi, nous apprenons que le même Sauveur a voulu et disposé que les humbles et précieux sacrements de la foi soient ordinairement les moyens efficaces par lesquels passe et agit sa puissance rédemptrice. Il serait donc insensé et pas seulement présomptueux de vouloir laisser arbitrairement de côté des instruments de grâce et de salut que le Seigneur a institués et, en l’occurence, de prétendre recevoir le pardon sans recourir au sacrement institué par le Christ précisément en vue du pardon. Le renouveau des rites, effectué après le Concile, n’autorise aucune allusion ni aucune altération dans ce sens. Ce renouveau devait et doit servir, selon l’intention de l’Église, à susciter en chacun de nous un nouvel élan en vue du renouvellement de notre attitude intérieure, je veux dire en vue d’une compréhension plus profonde de la nature du sacrement de pénitence, de sa réception plus imprégnée de foi, sans anxiété mais pleine de confiance, d’une fréquentation plus assidue du sacrement que l’on sait débordant de l’amour miséricordieux du Seigneur.

 

  

Aspects judiciaire et thérapeutique du sacrement

La seconde conviction concerne la fonction du sacrement de pénitence pour celui qui y recourt. Selon la conception la plus ancienne de la tradition, ce sacrement est une sorte d’action judiciaire ; mais celle-ci se déroule auprès d’un tribunal de miséricorde, plus qu’étroite et rigoureuse justice, ce tribunal n’étant donc comparable aux tribunaux humains que par analogie, en ce sens que le pécheur y dévoile ses péchés et sa situation de créature sujette au péché ; et ce pécheur s’engage à renoncer au péché et à le combattre, il accepte la peine (pénitence sacramentelle) que le confesseur lui impose et il reçoit l’absolution de ses fautes.

 

Mais, en réfléchissant sur la fonction de ce sacrement, la conscience de l’Église y voit, en plus du caractère judiciaire dans le sens déjà évoqué, un aspect thérapeutique ou médicinal. Et ceci se rattache au fait de la présentation du Christ comme médecin, fréquente dans l’Évangile, son œuvre rédemptrice étant d’ailleurs souvent appelée, depuis l’Antiquité chrétienne, « remède de salut ». « Je veux soigner et non accuser », disait saint Augustin en se référant à l’exercice de la pastorale pénitentielle, et c’est grâce au remède de la conversion que l’expérience du péché ne dégénère pas en désespoir. Le rituel de la pénitence fait allusion à cet aspect médicinal du sacrement, auquel l’homme contemporain est peut-être plus sensible, en voyant dans le péché ce qu’il comporte d’erreur et plus encore ce qu’il manifeste sur le plan de la faiblesse et de l’infirmité humaines.

 

Tribunal de miséricorde ou lieu de guérison spirituelle, sur les deux aspects en même temps, le sacrement exige une connaissance de la vie intime du pécheur, pour pouvoir le juger et l’absoudre, pour le soigner et le guérir. C’est justement pour cela que le sacrement implique, de la part du pénitent, l’accusation sincère et complète des péchés, motivée non seulement par des fins ascétiques (celles de l’humilité et de la mortification), mais par la nature même du sacrement.

 

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