Le secret du pardon 4, Textes choisis par les moines de l’abbaye de Solesmes (ASDE22)

Le secret du pardon

 

Textes choisis par les moines de l’abbaye de Solesmes

 

Le sacrement de pénitence

4

 

Utilité d’une médiation humaine

(Jean-Paul II, AG, 22 février 1984, RP 170-171)

 

Dans l’expérience des fidèles, précisément, le devoir de se présenter au ministre du pardon constitue souvent une difficulté considérable. « Pourquoi, objecte-t-on, avouer à un homme comme moi ma situation la plus intime et même mes fautes les plus secrètes ? » « Pourquoi, objecte-t-on encore, ne pas m’adresser directement à Dieu ou au Christ et devoir passer, au contraire, par la médiation d’un homme pour obtenir le pardon de mes péchés ? »

 

Ces questions et d’autres semblables peuvent être plausibles en raison de l’effort que demande toujours un peu le sacrement de pénitence. Mais, dans le fond, elles mettent en évidence une incompréhension et un manque d’accueil du « mystère » de l’Église.

 

 

Il est vrai que l’homme qui absout est un frère qui se confesse lui aussi, car, malgré le souci de sanctification personnelle, il reste sujet aux limites de la fragilité humaine. Cependant, l’homme qui absout n’offre pas le pardon des fautes au nom des dons humains particuliers d’intelligence ou de pénétration psychologique, de douceur et d’affabilité. Il n’offre pas non plus le pardon des fautes au nom de sa propre sainteté. Il est souhaitable qu’il soit sollicité pour devenir toujours plus accueillant et plus capable de transmettre l’espérance qui découle d’une appartenance totale au Christ. Mais lorsqu’il élève la main pour bénir et qu’il prononce les paroles de l’absolution, il agit in persona Christi : non seulement comme représentant, mais aussi et surtout comme instrument humain dans lequel est présent, d’une manière mystérieuse et réelle, et agit le Seigneur Jésus, le Dieu-avec-nous, mort et ressuscité et vivant pour notre salut.

 

A bien considérer, malgré l’expression de malaise que peut provoquer la médiation ecclésiale, celle-ci est une méthode très humaine pour que le Dieu qui nous libère de nos fautes ne se fonde pas dans une abstraction lointaine qui, à la fin, deviendrait une image de nous-même insignifiante, irritante et désespérante. Par la médiation du ministre de l’Église, ce Dieu se rend proche de nous dans le concret d’un cœur pardonné.

 

Dans cette perspective, il faut se demander si le caractère instrumental de l’Église, bien que contesté, ne devrait pas plutôt être désiré puisqu’il répond aux attentes les plus profondes qui se cachent dans l’âme humaine quand le pécheur s’approche de Dieu et qu’il se laisse sauver par lui. Le ministre du sacrement de la pénitence nous apparaît ainsi – dans la totalité de l’Église – comme une expression singulière de la logique de l’Incarnation par laquelle le Verbe fait chair nous atteint et nous libère de nos péchés.

 

« Tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux », dit le Christ à Pierre. Les clés du Royaume des cieux ne sont pas confiées à Pierre et à l’Église pour qu’ils s’en servent selon peur propre volonté ou pour manipuler les consciences, mais pour que les consciences soient libérées dans la pleine vérité de l’homme qui est le Christ, paix et miséricorde pour tous.

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