Le secret du pardon 5, Textes choisis par les moines de l’abbaye de Solesmes (ASDE22)

Le secret du pardon

Textes choisis par les moines de l’abbaye de Solesmes

 

Le sacrement de pénitence

5

 

Double caractère personnel et social du péché et de la pénitence

(Paul VI, AG, 12 mars 1975, RP 172-174)

 

Dans cet entretien nous attirerons l’attention sur l’aspect ministériel du sacrement de pénitence. Aujourd’hui, une tendance aberrante voudrait faire abstraction de la discipline rituelle et ecclésiale que ce sacrement comporte nécessairement. On fait la classique et excellente, mais incomplète apologie du caractère intérieur et très personnel que la pénitence, lorsqu’elle est authentique, exige et produit dans l’âme de celui qui en a compris la nécessité et la nature : conversion du cœur à Dieu, elle rétablit le contact entre la vie divine et notre vie à tous, enfoncée dans le péché et donc dans la mort. Nous ferons remarquer que cet aspect intérieur, intime, profond, secret, intense, de la réconciliation de l’âme pécheresse avec Dieu, est non seulement maintenu, mais requis aujourd’hui encore, et aujourd’hui plus que jamais (en raison de la maturité de la conscience de l’homme moderne et de la simplification de l’ascèse publique et privée demandée par les lois de l’Église actuellement en vigueur). Mais si cette réconciliation personnelle du pécheur avec Dieu est toujours possible et, dans des cas de nécessité, suffisante pour obtenir le pardon et retrouver l’état de grâce au moyen d’un acte de contrition parfaite, comme l’enseigne le catéchisme, nous ne devons pas oublier que cet acte doit inclure, au moins d’une façon implicite, la résolution de recourir dès que possible au ministère qualifié du prêtre, revêtu du prodigieux pouvoir de remettre les péchés et de réconcilier le pécheur avec Dieu et avec la communauté vivante de l’Église.

 

Il est ici opportun de faire remarquer que le péché qui, s’il est grave, rompt le lien vital du pécheur avec Dieu, produit un autre effet négatif auquel l’Église a toujours attaché une grande importance, spécialement – et publiquement – dans les premiers siècles : il rompt le lien social et spirituel avec la communauté de l’Église. Le péché n’est pas seulement une offense à Dieu et une ruine pour celui qui le commet ; il blesse aussi la communion ecclésiale, à tel point que, pour certains péchés graves, le Droit canon inflige au pécheur l’excommunication, c’est-à-dire l’exclusion de la participation aux bienfaits de la charité ecclésiale. Le péché nuit aussi à l’Église, et ce mal fait à la communauté ecclésiale se retourne contre celui qui l’a commis. Le pécheur, pourrait-on dire, interrompt de lui-même le courant vital qui l’unissait à l’Église, cet organe vivant, même si cela n’intervient pas par un acte explicitement de rejet, d’excommunication canoniquement prononcée.

 

 

Avoir l’estime de la confession sacramentelle

 

Nous rappelons cette triste possibilité pour confirmer la nécessité du ministère sacerdotal qui est certes humain par ses formes et ses limites, mais surhumain par son pouvoir de faire devenir réalité la parole divine dont le prêtre autorisé est le ministre : « Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leurs seront remis. Ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus. » C’est là une parole de l’Évangile sublime, très claire, très consolante, qui nous oblige. Elle s’insère et elle agit dans la discipline de la sainte Église de Dieu, et elle nous suggère une double recommandation. Aux prêtres d’abord : frères prêtres, habituez-vous sérieusement, spécialisez-vous sévèrement dans ce ministère de salut, très délicat et astreignant, mais très noble. Il est en effet le canal de la grâce, une véritable cure d’âme, une source de lumière et de sagesse, un exercice inépuisable de bonté et, pour le prêtre lui-même, une école d’expérience et d’humilité. Ne le négligez pas, ne le prenez pas en aversion, et ne le profanez jamais, non, jamais ! Mettez en œuvre votre amour sacerdotal avec patience et sagesse.

 

Notre seconde recommandation s’adresse à tous les fidèles : ayez confiance dans la confession sacramentelle. Elle est une phase, un instant d’abord difficile, puis très consolant, de l’expérience de la miséricorde de Dieu. De même que vous choisissez attentivement un bon médecin pour votre santé mentale, sachez, si vous le pouvez, choisir pour votre âme un médecin discret, sage, bon, qui saura vous apporter réconfort, conseils, avis ; qui saura vous apporter la grâce, la grâce de la résurrection, la grâce pascale.

 

 

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