Le sacrement de pénitence : l’aveu des péchés et la pénitence – suite (ASDE 24)

Le secret du pardon


Textes choisis par les moines de l’abbaye de Solesmes

Le sacrement de pénitence

L’aveu des péchés et l’absolution

Aspects multiples de l’accusation.

(EA Reconciliatio 31, RP 145-146)

On comprend donc que, dès les débuts du christianisme, en lien avec les apôtres et avec le Christ, l’Église ait inclus dans le signe sacramentel de la pénitence l’accusation des fautes. Celle-ci paraît si importante que, depuis des siècles, le nom habituellement donné au sacrement a été et est toujours celui de confession. L’accusation des péchés est avant tout exigée par la nécessité que le pécheur soit connu par celui qui exerce le rôle de juge dans le sacrement, car il lui revient d’évaluer aussi bien la gravité des péchés que le repentir du pénitent. Et, exerçant également le rôle du médecin, il a besoin de connaître l’état du malade pour le soigner et le guérir. Mais la confession individuelle a aussi la valeur de signe : signe de la rencontre du pécheur avec la médiation de l’Église dans la personne du ministre ; signe qu’il se reconnaît pécheur devant Dieu et devant l’Église, qu’il fait la clarté sur lui-même sous le regard de Dieu.

Il n'y a aucun péché trop grave que Dieu ne puisse pas nous pardonner. –  Fréquence Chrétienne

L’accusation des péchés ne saurait donc être réduite à une tentative quelconque d’auto-libération psychologique, même si elle répond à un besoin légitime et naturel de se confier à quelqu’un, besoin inscrit dans le cœur humain. L’accusation est un geste liturgique, solennel par son aspect quelque peu dramatique, humble et sobre dans la grandeur de sa signification. C’est vraiment le geste du fils prodigue, qui revient vers son Père et qui est accueilli par lui avec un baiser de paix ; c’est un geste de loyauté et de courage ; c’est un geste de remise de soi-même, au-delà du péché, à la miséricorde qui pardonne.

On comprend alors pourquoi l’accusation des fautes doit être ordinairement individuelle et non collective, de même que le péché est un fait profondément personnel. Mais en même temps, cette accusation arrache d’une certaine façon le péché des secrètes profondeurs du cœur et donc du cercle de la pure individualité, en mettant aussi en relief son caractère social : en effet, par l’entremise du ministre de la pénitence, c’est la communauté ecclésiale, lésée par le péché, qui accueille de nouveau le pécheur repenti et pardonné.

 

L’absolution dominée par le confesseur…

Annulé - Nouveaux Chrétiens : Thème - recevoir le sacrement de  réconciliation - Les catholiques du Calvados

L’autre moment essentiel du sacrement de pénitence est, cette fois, du ressort du confesseur juge et médecin, image du Dieu-Père qui accueille et pardonne celui qui revient : c’est l’absolution.  Les paroles qui l’expriment et les gestes qui l’accompagnent dans l’ancien et dans le nouveau rituel de la pénitence revêtent une simplicité significative dans leur grandeur. La formule sacramentelle : « Je te pardonne… », et l’imposition de la main suivie du signe de la croix tracé sur le pénitent, manifestent en contact avec la puissance et la miséricorde de Dieu.

C’est le moment où la Trinité, en réponse au pénitent, se rend présente à lui pour effacer son péché et lui redonner son innocence ; et la force salvifique de la passion, de la mort et de la résurrection de Jésus est communiquée au même pénitent, en tant que « miséricorde plus forte que la faute et que l’offense », comme j’ai eu l’occasion de le préciser dans l’encyclique Dives in misericordia. Dieu est toujours le principal offensé par le péché – « contre Toi seul, j’ai péché » – et Dieu seul peut pardonner. C’est pourquoi l’absolution que le prêtre, ministre du pardon, tout en étant lui-même pécheur, accorde au pénitent, est le signe efficace de l’intervention du Père dans toute absolution et de cette « résurrection » de la « mort spirituelle » qui se renouvelle chaque fois qu’est donné le sacrement de pénitence. Seule la foi peut assurer qu’en cet instant tout péché est remis et effacé par la mystérieuse intervention du Sauveur.

 

… au nom du Christ

(Jean-Paul II, AG, 28 mars 1984, RP 159-162)

L’absolution est précisément la réponse de Dieu à l’homme qui reconnaît et déclare son propre péché, en éprouve de la douleur et se dispose au changement de vie qui découle de la miséricorde obtenue.

En effet, de la part du prêtre qui agit au sein de l’Église, l’absolution exprime le jugement de Dieu au sujet du mal-agir de l’homme. Et le pénitent qui admet, en présence de Dieu, qu’il est coupable, reconnaît le Créateur comme son propre Seigneur et accueille son jugement comme celui d’un Père qui ne veut pas que le méchant meure, mais « qu’il se convertisse et qu’il vive ».

Un tel jugement se manifeste dans la mort et la résurrection du Christ. Bien que Jésus n’ait pas connu le péché, « Dieu l’a fait péché pour nous, afin qu’en lui nous devenons justice de Dieu ». Le Seigneur Jésus est devenu ainsi « notre réconciliation » et notre « paix ». L’Église n’agit donc pas – notamment à travers le prêtre – comme si elle était une réalité autonome : elle dépend structurellement du Seigneur Jésus qui l’a fondée, qui habite et agit en elle de manière à rendre le mystère de Rédemption présent dans les différents temps et dans les différents milieux. La parole évangélique jette sa lumière sur ce fait que le Christ a, dans ses apôtres, « envoyés » l’Église pour la remise des péchés : « Comme le Père m’a envoyé – affirme le Seigneur Jésus ressuscité –, moi aussi je vous envoie. Ayant dit cela, il souffla sur eux et leur dit : Recevez l’Esprit-Saint. Ceux à qui vous remettrez leurs péchés, ils leur seront remis ; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus. » Au-delà de la réalité humaine du prêtre – ou à l’intérieur – se cache donc et opère le Seigneur lui-même qui « a le pouvoir de remettre les péchés » et qui, en effet, a « mérité » et « envoyé » son Esprit après le sacrifice du calvaire et la victoire de Pâques.

Ces péchés qu'un prêtre ne peut pas absoudre

 

La gratuité du pardon de Dieu-Père

Croire en la gratuité du pardon

On n’insistera jamais assez pour souligner la gratuité de cette intervention de Dieu pour nous racheter de notre misère et de notre désespoir. L’absolution n’est pas un droit que le pécheur peut revendiquer devant Dieu : elle est radicalement un don pour lequel nous devons manifester notre gratitude par la parole et par la vie.

Et de même : on n’insistera jamais assez pour souligner le caractère concret et personne du pardon que l’Église offre au pécheur individuellement. Il ne suffit pas, de la part de l’homme, d’une quelconque référence à un Dieu lointain et abstrait. C’est une exigence de l’homme – qui coïncide avec le dessein historique réalisé par Dieu dans le Christ et qui perdure dans l’Église – de pouvoir rencontrer un homme concret comme nous qui, soutenu par les prières et par les bonnes œuvres des frères et agissant au nom du Christ, nous assure de la miséricorde qui nous est accordée. D’autre part, pour ce qui est du caractère personnel du pardon, en suivant  l’incessante tradition de l’Église, j’ai, dès ma première encyclique, et bien souvent par la suite, insisté non seulement sur le devoir de l’absolution personnelle, mais aussi sur le droit qu’a chaque pécheur d’être accueilli et rejoint dans son originalité irremplaçable et personnelle. Il n’est rien de si personnel que la responsabilité de la faute, rien de si peu apte à être délégué que le repentir et l’invocation de la miséricorde de Dieu. « Je te baptise » est-il dit pour le baptême ; « Reçois le sceau du Saint-Esprit », pour la confirmation et ainsi la suite. La même logique suit le « Je t’absous de tes péchés ».

Il faudra donc être constamment sur ses gardes pour éviter à un certain « ritualisme individualiste » ne succède un « ritualisme d’anonymat » encore plus délétère. La dimension  communautaire du péché et du pardon ne coïncide pas avec les rites communautaires et n’est pas nécessairement provoquée seulement par ceux-ci. On peut avoir l’esprit ouvert à la catholicité et à l’univers en se confessant individuellement et on peut se tenir dans une attitude individualiste quand on est comme perdu dans une masse indistincte.

Puissent les fidèles d’aujourd’hui redécouvrir la valeur du sacrement du pardon, afin de revivre en lui la joyeuse expérience de cette paix dont le Christ a fait don à son Église le jour de Pâques !

à suivre …

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