Qui est sainte Elisabeth de la Trinité ? Petite biographie – 2ème Partie (ASDE 24)

Petite biographie de

sainte Elisabeth de la Trinité

2ème Partie


«Mon bonheur grandit chaque jour»

Naissance d'Elisabeth
Monsieur Catez

On sent prédominer dans son cœur une atmosphère radieuse et tranquille où « chaque minute l’emporte plus loin dans la profondeur du mystère ». Elle est si heureuse d’un bonheur qui ressemble à celui du Ciel.

Naissance d'Elisabeth
Madame Catez

Bien évidemment le mystère de la Croix reste au centre. Elisabeth a découvert la réalité profonde. Pendant « ces heures douloureuses » et « ces vides affreux » Dieu creuse en l’âme des capacités plus grandes pour Le recevoir, c’est-à-dire en quelque sorte infinies comme Lui-même». Elle est si heureuse qu’elle voudrait semer un peu de son bonheur. Les mots « bonheur » et « heureuse » reviennent un nombre impressionnant de fois sous sa plume. Ce qui exprime sa joie de vivre, d’aimer, de partager. « Je crois que le secret du bonheur, c’est de s’oublier, de se désoccuper de soi-même. »



Mon cœur déborde, il est si pris !

En cette fin de l’été 1898, Elisabeth peut continuer ses belles vacances. Son cœur est plus fort que jamais saisi par l’Infinie présence qu’elle reconnaît en tout et qui la fait vibrer à tout. La voici à Marseille où elle fait le pèlerinage de Notre-Dame-de-la-Garde.
Puis la famille remonte vers l’Isère où elle aime la Grande Chartreuse, pour elle «le plus beau site sous les cieux». Ensuite c’est Grenoble et Annecy avec son superbe lac.

Le 30 janvier 1899, elle commence son journal intime avec un aveu de taille: son penchant à se mettre en colère est encore bien réel. Elisabeth écrit: « J’ai eu aujourd’hui la joie d’offrir à mon Jésus plusieurs sacrifices sur mon défaut dominant, mais comme ils m’ont coûté! Je reconnais là ma faiblesse… Mais Jésus était avec moi, j’entendais sa voix au fond de mon cœur, alors j’étais prête à tout supporter pour l’amour de Lui. »


Début février 1899, elle souligne sa relation toujours plus forte avec Marie :

«A chaque fête de Marie, je renouvelle ma consécration à cette bonne Mère. Aujourd’hui je me suis jetée dans ses bras. Je lui ai recommandé mon avenir, ma vocation. » « Ô Marie, écrit-elle dans son journal, vous qu’on ne prie jamais en vain. »

Le 4 mars 1899 commence une grande mission d’un mois à Dijon dont le bilan sera positif pour Elisabeth. Le 26 mars 1899, c’est à Notre-Dame du Perpétuel Secours qu’Elisabeth attribue le retournement de sa mère qui avait quasiment enterré sa vocation, car son amour trop possessif la rendait inflexible. Elisabeth a commencé une neuvaine pour que sa mère change. Et voilà qu’elle change avant que la neuvaine se termine.

Cependant, elle a espéré que sa fille changerait quant à sa vocation. Quand elle vit que les idées de sa fille n’ont pas changé, elle versa beaucoup de larmes et lui dit qu’à 21 ans elle pouvait décider de son avenir.

Et voici qu’on parle à Madame Catez d’un mariage avec un parti superbe. Elle va trouver le curé et lui demande ce qu’elle doit faire. Il lui conseille de parler à sa fille des avantages d’un tel mariage. Mais celle-ci reste indifférente. « Ah, mon cœur n’est pas libre, je l’ai donné au Roi des rois, je n’en puis plus disposer. » Elle est plus que jamais «la petite fiancée» de Jésus.

Fin juin 1899, Elisabeth a son premier parloir au Carmel « où tout respire un parfum du Ciel ». Mais l’absolu du Carmel fait peur à sa mère. Elle rêve pour sa fille d’un rendez-vous avec le bonheur par le mariage et non pas avec l’absolu du Carmel.

Le 23 janvier 1900, elle commence une retraite. Elle écrit : « Que ma vie soit une oraison continuelle, un long acte d’amour… J’aimerais tant, ô mon Maître, vivre avec toi dans le silence. Mais ce que j’aime par-dessus tout, c’est faire ta volonté, et puisque tu me veux encore dans le monde, je me soumets de tout mon cœur pour l’amour de toi. Je t’offre la cellule de mon cœur, que ce soit ton petit Béthanie. Viens t’y reposer, je t’aime tant. »

En attendant son entrée au Carmel, on la sent doucement glisser vers la possibilité toujours plus nette d’être carmélite dans le monde « que rien ne puisse me distraire de Lui. Que je vive dans le monde sans être du monde : je puis être carmélite en dedans et je veux l’être. O mon Bien-Aimé, que je passe saintement ce temps qu’il me reste à vivre dans le monde… »


Le Carmel au fond du cœur

Sainte Elisabeth de la Trinité, louange de gloire - Transmettre

A la fin du mois de décembre 1900, Elisabeth écrit à son cher chanoine Angles : «… Il me semble que rien ne peut distraire de Lui lorsqu’on n’agit que pour Lui, toujours en sa sainte présence, sous ce divin regard qui pénètre au plus intime de l’âme; même au milieu du monde, on peut l’écouter dans le silence d’un cœur qui ne veut être qu’à Lui. »

Voilà une synthèse profonde et réaliste de l’oraison contemplative. Elle demandait au Seigneur en début d’année : « Bâtissez en moi la carmélite car au-dedans je puis l’être et je veux l’être. » En fin d’année, ce texte montre que Dieu a opéré son œuvre : Elisabeth est encore plus mature dans sa manière de vivre la présence de Dieu en plein monde.

Plus tard la jeune carmélite fera cette confidence : « Il me semble que j’ai trouvé mon Ciel sur la terre puisque le Ciel, c’est Dieu et Dieu est en mon âme. Le jour où j’ai compris cela, tout s’est illuminé en moi et je voudrais dire ce secret tout bas à ceux que j’aime. »

L’année 1900 apparaît comme une année-lumière : lumières de la retraite de janvier sur « la carmélite en dedans », lumières théologiques à l’issue de la première rencontre avec le Père Vallée, lumières des entretiens avec Mère Marie de Jésus et, par-dessus tout, lumières de son expérience quotidienne de la Présence en plein monde : c’est pourquoi le magnifique passage d’une lettre est à la fois tournant et aboutissement: « Ces temps-ci nous avons été très prises…» Le ton est donné. Elisabeth va situer l’expérience de la présence de Dieu au coeur d’une intense activité. Même si cela est vrai, il ne s’agit plus d’abord d’être «carmélite en dedans » mais de vivre «en sa sainte présence, au milieu du monde».

Sainte Elisabeth de la Trinité – Carmel Notre-Dame de Surieu

Début juillet 1900, ce sont les dernières vacances, le dernier grand voyage; un véritable tour de France. C’est comme si déjà Elisabeth tirait sa révérence au monde. Cette sorte d’adieu s’achève symboliquement à Paris, début octobre, avec l’exposition universelle : « Nous avons passé deux jours à Paris, chez une bonne amie que nous étions heureuses de revoir. J’ai eu le bonheur d’aller à Montmartre et à Notre-Dame-des-Victoires. Nous avons été deux fois à l’Exposition, c’est bien beau, mais je déteste ce bruit, cette foule… »

Dans moins de dix mois, Elisabeth entrera au Carmel à Dijon. « Je ne suis jamais seule : mon Christ est toujours là, priant pour moi et je prie avec Lui. » « Mon cœur déborde, il est si pris! C’est si bon d’être à Lui. »


Le meilleur pays du monde

Elisabeth postulante

En ce vendredi 2 août 1901, Elisabeth est introduite sur la terre du Carmel, « le meilleur pays du monde ». « Ici, il n’y a plus que Lui, mon bonheur est si grand.» «Les horizons du Carmel, c’est l’infini ! » La carmélite est une âme envahie.

En décembre 1901, Elisabeth écrit : « Je suis tout heureuse de venir vous annoncer mon immense bonheur. C’est donc le 8, en cette belle fête de son Immaculée Conception que Marie va me revêtir de ma chère livrée du Carmel. Je vais me préparer au beau jour des fiançailles par une retraite de trois jours. Oh! Voyez-vous quand j’y pense, je ne me sens déjà plus sur terre! Priez beaucoup pour votre petite carmélite. Qu’elle réjouisse le Cœur de son Maître, car je l’aime tant, mon Christ ! »

Le 8 décembre, Elisabeth est revêtue de la robe de bure brune, du grand scapulaire marron de Notre-Dame du Mont-Carmel, du voile de novice et du magnifique manteau blanc. Elle rayonne d’un tel bonheur, car elle sait au plus profond d’elle-même qu’elle est née pour cet instant, comme le dit un poème composé en 1898.

Après sa radieuse prise d’habit, elle entre dans une nuit intérieure qui va durer toute son année de noviciat. C’est une purification d’ordre spirituel.



L’envol vers l’AMOUR

Le 16 juillet 1906, fête de Notre-Dame du Mont-Carmel, Elisabeth écrit à sa sœur une longue lettre, un véritable testament tout droit sorti de son cœur. Comme une blessure intérieure, l’Amour infini déborde. Tout semble s’accélérer, l’éternité approche à grands pas : « Ne trouves-tu pas que la souffrance unit à Lui d’un lien plus fort?… Aide-moi à préparer mon éternité. »

Elisabeth souffre de la terrible maladie d’Addison, mal connue à l’époque ; les médecins ne peuvent plus rien. Elle souffre horriblement de cette « œuvre de destruction ». Le 30 octobre 1906 son état s’aggrave et le jour de la Toussaint, elle communie pour la dernière fois. La communauté se réunit autour d’elle et prie ardemment. Elisabeth demande pardon avec douceur à chacune de ses sœurs. L’émotion est grande. On lui demande une dernière parole et elle répond faiblement : « Tout passe ! Au soir de la vie, l’amour seul demeure ; il faut s’oublier sans cesse : le bon Dieu aime tant qu’on s’oublie. Ah, si je l’avais toujours fait ! »

Du 2 au 6 novembre, elle reste encore lucide. Elle s’abîme dans de grandes souffrances et un profond silence. On arrive à surprendre une dernière parole fragile comme un souffle : « Je vais à la Lumière, à l’Amour, à la Vie », murmure-t-elle. 

Après une nuit de terribles souffrances où s’ajoute l’asphyxie, tout se calme à l’approche du jour. La Communauté est réunie autour de la mourante. Ses yeux sont maintenant grands ouverts et étonnamment lumineux. A l’aurore du 9 novembre 1906, Elisabeth a cessé, tout doucement, de respirer. Son âme, sa belle âme s’est envolée vers la Lumière, l’Amour et la Vie. La voici dans la béatitude de l’Infini, plongée pour l’éternité dans une félicité inexprimable…


René Lejeune

Vidéos :

S’il ne remplissait pas nos cloîtres

(F. de S. 1904)

Je ne suis jamais seule. Mon Christ est toujours là, toujours priant en moi, et je prie avec Lui… Ah ! Si je pouvais t’apprendre le secret du bonheur comme le bon Dieu me l’a appris. Tu dis que je n’ai ni soucis, ni souffrances. Il est vrai que je suis bien heureuse. Mais si tu savais comme, alors même que l’on est contrarié, on peut être tout aussi heureuse. Il faut toujours regarder au bon Dieu. Au commencement, il faut faire des efforts lorsqu’on sent tout bouillonner en soi, mais tout doucement, à force de patience et avec le bon Dieu, on vient à bout. Il faut que tu te bâtisses, comme moi, une petite cellule au-dedans de ton âme. Tu penseras que le bon Dieu est là et tu y entreras de temps en temps. Lorsque tu sens tes nerfs, que tu es malheureuse, vite sauve-toi là et confie tout cela au Maître. Ah ! Si tu le connaissais un peu, la prière ne t’ennuierait plus. Il me semble que c’est un repos, un délassement. On vient tout simplement à Celui qu’on aime. On se tient tout près de Lui, comme un petit enfant dans les bras de sa mère, et on laisse aller son cœur. Tu aimais tant t’asseoir tout près de moi et me faire des confidences. C’est comme cela qu’il faut aller à Lui. Si tu savais comme Il comprend bien ! Tu ne souffrirais plus si tu comprenais cela : c’est le secret de la vie du Carmel. La vie d’une carmélite, c’est une communion à Dieu du matin au soir et du soir au matin. S’il ne remplissait pas nos cellules et nos cloîtres, ah, comme ce serait vide ! Mais à travers tout, nous le Voyons, car nous Le portons en nous, et notre vie est un ciel anticipé !

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :