Le secret de la paix et du bonheur, c’est de s’oublier – Ste Elisabeth de la Trinité (ASDE 24)

Cette image a un attribut alt vide ; le nom du fichier est image-93.png

Le secret de la paix et du bonheur, c’est de s’oublier

(à Mme A., 24 novembre 1904)

J’ai été bien sensible à vos bons souhaits de fête, et je vous remercie des prières que vous faites pour votre petite amie du Carmel. De son côté, je vous assure qu’elle vous concerne un souvenir bien fidèle en Celui qui est le lien indissoluble.

Fichier:Façade nord du Carmel de Dijon.jpg — Wikipédia
Façade nord du Carmel de Dijon

Si vous saviez combien mon âme est attachée à la vôtre ! Je dirais même combien j’ai « d’ambition pour elle » ! Je la voudrais toute délivrée, toute adhérente à ce Dieu qui l’aime d’un si grand amour ! Oui, je crois que le secret de la paix et du bonheur, c’est de s’oublier, de se désoccuper de soi-même. Cela ne consiste pas à ne plus sentir ses misères physiques ou morales, les saints eux-mêmes ont passé par ces états si crucifiant, seulement eux ne vivaient pas là, à tout instant ils quittaient ces choses. Lorsqu’ils se sentaient touchés par elle, ils ne s’en étonnaient pas, car ils savaient de « quelle argile ils étaient faits », ainsi que chante le psalmiste. Mais il ajoute aussi : « avec le secours de Dieu, je serai sans tache et je me garderai du fond d’iniquité qui est en moi ». Puisque vous me permettez de vous parler comme à une sœur aimée, il me semble que le bon Dieu vous demande un abandon et une confiance sans limites, à ces heures douloureuses où vous sentez ces vides affreux. Pensez qu’alors Il creuse en votre âme des capacités plus grandes pour le recevoir, c’est-à-dire en quelque sorte infinies

comme Lui-même. Tâchez alors d’être par la volonté toute joyeuse sous la main qui vous crucifie. Je dirai même : regardez chaque souffrance, chaque épreuve « comme une preuve d’amour » qui vous vient directement de la part du bon Dieu, pour vous unir à Lui. Vous oublier, pour ce qui regarde de votre santé, cela ne veut pas dire négliger de vous soigner, car c’est votre devoir et la meilleure pénitence ; mais faites-le avec grand abandon, disant à Dieu « merci » quoi qu’il arrive. Lorsque le poids du corps se fait sentir et fatigue votre âme, ne vous découragez pas, mais allez par la foi et l’amour à Celui qui a dit : « Venez à moi et je vous soulagerai ».

Pour ce qui regarde le moral, ne vous laissez jamais abattre par la pensée de vos misères. Le grand saint Paul dit : « Où le péché abonde, la grâce surabonde ». Il me semble que l’âme la plus faible, même la plus coupable est celle qui a le plus lieu d’espérer, et cet acte qu’elle fait pour s’oublier et se jeter dans les bras de Dieu le glorifie et lui donne plus de joie que tous les retours sur elle-même, et tous les examens qui la font vivre avec ses infirmités, tandis qu’elle possède au centre d’elle-même un Sauveur qui vient à toute minute la purifier.

Car Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique, afin que  quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu'il ait … | Jean 3 16,  Seigneur, Fils unique

Vous souvenez-vous de cette belle page où Jésus a dit à son Père « qu’Il lui a été donné puissance sur toute la chair afin qu’Il lui communique la vie éternelle ». Voilà ce qu’Il veut faire en vous. A toute minute, il veut que vous sortiez de vous, que vous quittiez toute préoccupation, pour vous retirer dans cette solitude qu’Il se choisit au fond de votre cœur. Lui, Il est toujours là, encore que vous ne le sentiez pas. Il vous attend et veut établir avec vous « un admirable commerce » comme nous le chantons dans la belle liturgie, une intimité d’Époux et d’épouse. Vos infirmités, vos fautes, tout ce qui vous trouble, c’est Lui, par ce contact continuel, qui veut vous en délivrer. N’a-t-il pas dit : « Je ne suis pas venu pour juger mais pour sauver ».

La colère de Dieu. - ppt video online télécharger

Rien ne doit vous paraître un obstacle pour aller à Lui. Ne tenez pas trop compte si vous êtes enflammée ou découragée, c’est la loi de l’exil de passer ainsi d’un état à l’autre. Croyez alors que Lui, Il ne change jamais, qu’en sa bonté Il est toujours penché sur vous, pour vous emporter et vous établir en Lui. Si, malgré tout, le vide, la tristesse vous accable, unissez cette agonie à celle du Maître au jardin des Olives, alors qu’Il disait au Père : « S’il est possible, faites que ce calice s’éloigne de moi ».

Cela vous paraît peut-être difficile de vous oublier, ne vous en préoccupez pas, si vous saviez comme cela est simple ! Je vais vous donner mon « secret » : pensez à ce Dieu qui habite en vous, dont vous êtes le « temple », c’est saint Paul qui parle ainsi, nous pouvons le croire. Petit à petit, l’âme s’habitue à vivre en sa douce compagnie, elle comprend qu’elle porte en elle un petit ciel où le Dieu d’amour a fixé son séjour. Alors c’est comme une atmosphère divine en laquelle elle respire, je dirais même qu’il n’y a plus que son corps sur la terre, mais que son âme habite au-delà des nuages et des voiles, en Celui qui est l’Immuable. Ne vous dites pas que cela n’est pas pour vous, que vous êtes trop misérable, car c’est au contraire une raison de plus pour aller à Celui qui sauve. Ce n’est pas en regardant cette misère que nous serons purifiés, mais en regardant Celui qui est toute pureté et sainteté.

Romains 8;29 (Verset Illustré) - VOIS... ET VIENS

Saint Paul dit « qu’Il nous a prédestinés pour être conformes à son image ». Aux heures qui sont plus douloureuses, pensez que le divin artiste, pour rendre son œuvre plus belle, se sert du ciseau, et demeurez en paix sous sa main qui vous travaille. Ce grand Apôtre dont je vous parle, après avoir été ravi au troisième ciel, sentait son infirmité et s’en plaignait à Dieu qui lui répondit : « Ma grâce te suffit, car la force se perfectionne dans la faiblesse. » Voilà, n’est-ce pas, qui est bien consolant ?…

Pin on Holy Bible

Courage donc, Madame et chère Sœur, je vous confie tout particulièrement à une petite carmélite morte à vingt-deux ans en odeur de sainteté, qui se nommait Thérèse de l’Enfant-Jésus. Elle disait avant de mourir qu’elle passerait son ciel à faire du bien sur la terre ; sa grâce est de dilater les âmes, de les lancer sur les flots de l’amour et de la confiance, de l’abandon : elle disait qu’elle avait trouvé le bonheur quand elle avait commencé à s’oublier. Voulez-vous l’invoquer chaque jour avec moi afin qu’elle vous obtienne cette science qui fait les Saints, et qui donne à l’âme tant de paix et de bonheur !… Croyez à ma profonde affection et à mon union à Celui dont saint Jean dit : « Il est amour ! »

S’il ne remplissait pas nos cloîtres

(F. de S. 1904)

Je ne suis jamais seule. Mon Christ est toujours là, toujours priant en moi, et je prie avec Lui… Ah ! Si je pouvais t’apprendre le secret du bonheur comme le bon Dieu me l’a appris. Tu dis que je n’ai ni soucis, ni souffrances. Il est vrai que je suis bien heureuse. Mais si tu savais comme, alors même que l’on est contrarié, on peut être tout aussi heureuse. Il faut toujours regarder au bon Dieu. Au commencement, il faut faire des efforts lorsqu’on sent tout bouillonner en soi, mais tout doucement, à force de patience et avec le bon Dieu, on vient à bout. Il faut que tu te bâtisses, comme moi, une petite cellule au-dedans de ton âme. Tu penseras que le bon Dieu est là et tu y entreras de temps en temps. Lorsque tu sens tes nerfs, que tu es malheureuse, vite sauve-toi là et confie tout cela au Maître. Ah ! Si tu le connaissais un peu, la prière ne t’ennuierait plus. Il me semble que c’est un repos, un délassement. On vient tout simplement à Celui qu’on aime. On se tient tout près de Lui, comme un petit enfant dans les bras de sa mère, et on laisse aller son cœur. Tu aimais tant t’asseoir tout près de moi et me faire des confidences. C’est comme cela qu’il faut aller à Lui. Si tu savais comme Il comprend bien ! Tu ne souffrirais plus si tu comprenais cela : c’est le secret de la vie du Carmel. La vie d’une carmélite, c’est une communion à Dieu du matin au soir et du soir au matin. S’il ne remplissait pas nos cellules et nos cloîtres, ah, comme ce serait vide ! Mais à travers tout, nous le Voyons, car nous Le portons en nous, et notre vie est un ciel anticipé !

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :