Elisabeth de la Trinité, une « affamée de l’Eucharistie » – Partie 1 (ASDE 26)

Première rencontre avec le « Bien-Aimé de l’Eucharistie »

19 avril 1891. Élisabeth Catez n’a pas encore 11 ans et, pour la première fois, elle reçoit le corps du Christ à l’église Saint-Michel de Dijon, sa paroisse. Son amie, Marie-Louise Hallo, témoigne : « Élisabeth ne cesse de pleurer pendant la messe de première communion et l’action de grâces ». Après la cérémonie et le long jeûne qui l’a précédée, elle doit avoir faim. Non, répond-elle à son amie, « je n’ai pas faim, Jésus m’a nourrie… » Elle le disait, se rappelle Marie-Louise, « d’un ton tellement pénétré que l’on voyait qu’elle était tout à fait prise ». Expérience fondatrice. C’est un moment de conversion décisif, car la petite Élisabeth était de nature très colérique : « à partir de sa première communion, dit sa sœur Guite, on l’a vue soudain changer. Elle est devenue d’une douceur, d’un calme… elle se possédait ». C’est aussi la première pierre de sa vocation religieuse, comme elle l’a affirmé elle-même. Sept ans après, dans une poésie d’action de grâces pour l’anniversaire de ce grand jour, elle écrira : « Depuis ce colloque mystérieux, / Cet entretien divin, délicieux/ Je n’aspirais qu’à donner ma vie, / Qu’à rendre un peu de son grand amour/ Au Bien-Aimé de l’Eucharistie/ Qui reposait en mon faible cœur, / l’inondant de toutes ses faveurs/… Jour béni, le plus beau de ma vie/ Jour où Jésus reposait en moi, / Jour où j’entendis parler sa voix / Tout au fond de mon âme ravie »

Son amour pour le Bien-Aimé de l’Eucharistie ne fera que croître dans son cœur de jeune fille. « À cet âge, elle avait 13 ou 14 ans, dit son amie Louise Recoing. Ce qui m’a toujours frappée en elle, c’était sa faim si ardente de la sainte communion. Elle ne pensait qu’aux jours où il lui serait permis de recevoir Notre Seigneur, les comptait, m’en parlait à toutes nos rencontres et faisait grandir ma faim en m’entretenant de la sienne. À l’église, le temps lui semblait toujours trop court, elle était absorbée dans la prière et l’y voir faisait du bien ».

« Etre tout à lui »

À la même époque, c’est après une communion eucharistique qu’elle vit un évènement clé de son existence. Laissons-la parler : « J’allais avoir 14 ans, quand un jour, pendant mon action de grâce, je me sentis irrésistiblement poussée à le choisir pour unique époux et, sans délai, je me liai à lui par le vœu de virginité. Nous ne nous dîmes rien, mais nous nous donnâmes l’un à l’autre en nous aimant si fort que la résolution d’être toute à lui devint chez moi plus définitive encore ». Le Verbe fait chair l’a saisie et elle s’est laissée saisir; il s’est donné à elle et elle se livre à lui. Résolution définitive : sept années de vie dans le monde avant l’entrée au carmel n’y changeront rien. Elle est fascinée par le Bien-Aimé de l’Eucharistie, elle qui écrira plus tard dans sa célèbre prière à la Trinité : « O mon Astre aimé, fascinez-moi pour que je ne puisse plus sortir de votre rayonnement ». Cela se voit dans ses yeux : « Jamais je n’oublierai son regard, dit Madame Hallo. On ne peut pas expliquer le visage d’Élisabeth quand elle revenait de la sainte Table ». Ce qui ne l’empêche pas d’ajouter qu’Élisabeth, « en soirée, avait l’air de beaucoup s’amuser » et qu’elle « aimait la toilette, avec même une pointe de coquetterie ». Malgré son apparence de vie mondaine, les jeunes gens ne s’y trompent pas. N’en a-t-on pas entendu dire, au cours d’un bal où ils passaient en revue leur éventuelles futures : « Celle-là n’est pas pour nous, voyez donc ce regard » !

Deux ou trois mois après sa « résolution d’être toute à lui », Jésus révèle à Élisabeth le lieu où il l’attend : « Au milieu d’un jeu, dit Louise Recoing, elle me fit la confidence que, le matin même à la sainte communion, elle avait compris que c’était le carmel qui devait la recevoir et qu’elle y irait quoi qu’il lui en coutât, et elle n’a pas changé d’avis ». Et il lui en a coûté d’obéir à une mère aimante, mais inflexible qui n’avait pas sur elle les mêmes projets !

« Comme si elle voyait l’invisible »

Élisabeth avance dans la vie « comme si elle voyait l’Invisible » (Hb 11, 27) et, tel Moïse, elle « tient ferme ». « Très gaie de caractère, très enjouée », dit Madame Angles, qui souligne, comme beaucoup d’autres, son « regard tout lumineux, tout plein de l’Au-delà ». Ce regard ne se pose-t-il pas avec prédilection sur Jésus au Saint-Sacrement ?

Germaine de Gemeaux se rappelle Élisabeth en prière à l’âge de 15 ans : « Je fus frappée par le regard de contemplation profonde qu’elle fixait sur l’hostie exposée au reposoir de la Fête-Dieu à Gemeaux. Je me souviens encore de la place qu’elle occupait et de son regard comme si les voiles eucharistiques n’existaient pas pour elle ». Un autre témoin confirme : « Lorsqu’on la voyait prier, on constatait qu’elle était vraiment perdue en Dieu ». À 18 ans, elle suit avec une grande joie spirituelle les trois jours de l’adoration perpétuelle à l’église Saint-Michel de Dijon : « Oh ! quelles trois délicieuses journées je viens de passer ! Le soir, je faisais une bonne demi- heure d’adoration au Saint-Sacrement avant l’office de 8 heures ; qui pourrait dire la douceur de ces cœur-à-cœur pendant lesquels on ne se croit plus sur terre, et l’on ne voit plus, on n’entend plus que Dieu : Dieu qui parle à l’âme, Dieu qui lui dit des choses si douces, Dieu qui lui demande de souffrir ! Jésus enfin qui désire un peu d’amour, pour le consoler ! ». Ce qu’elle vient de confier dans son journal intime, elle le dit avec profondeur dans ces vers :

« O Jésus de l’Eucharistie, / Mon Epoux, mon Amour, ma Vie, / Que j’aime venir chaque soir / T’écouter, Te causer, Te voir ! / (…) Lorsque j’entends parler ta voie, / Ô mon Epoux, ô mon bon Maître, / Faisant silence à tout mon être/ Je n’entends, je ne vois que Toi. / Ô moments d’extases sublimes, / Unions si douces, si intimes, / Pendant lesquels je sens mon cœur / Battre au contact du Sauveur ! »

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