Qui est Sœur Marie-Lataste ? – 2ème Partie (ASDE 25)

Marie-Lataste,
mystique catholique
(1822-1847)

Voici la préface d’un des livres, écrite par l’abbé Pascal Darbins qui nous présente qui est Marie Lataste et en quoi consiste l’œuvre qu’elle a initiée « à son corps défendant ». (CD)

I

Les œuvres que nous éditons sont les œuvres d’une humble fille de campagne. Elle naquit en 1822 à Mimbaste, petit village du diocèse d’Aire. Son nom est Marie Lataste.

Elle ne savait autre chose que ce que lui avait appris sa mère. Or, toute sa science dans l’ordre de la nature consistait à savoir lire, écrire, manier l’aiguille et tourner le fuseau. Sa science dans l’ordre surnatu­rel consista jusqu’à sa quatorzième année dans la seule connaissance des vérités du salut. Peu à peu néanmoins la lumière grandit en son intelligence, « comme celle d’un vaste foyer dans lequel on accumule du bois sur du bois, et dans lequel un vent impétueux souffle de tous côtés ! » Comment cela s’est-il opéré ? Elle en fait connaître elle-même la raison : « Le Sauveur Jésus, lumière du monde, a été, dit-elle, celle de mon âme ; il m’a élevée comme une mère élève sa fille, avec patience et persévérance. Si je sais quelque chose de plus aujourd’hui, c’est à lui que je le dois. »

Il ne fut point difficile au prêtre chargé du soin de cette âme de remarquer qu’il se passait en elle quelque chose d’extraordinaire. Il l’interrogea à ce sujet ; elle fit connaître sans déguisement les faveurs que lui prodiguait le divin Sauveur.

Rien n’indiquait dans la conduite de l’humble villageoise que tout ce qu’elle disait ne fût conforme à la vérité ; mais un directeur prudent, circonspect, éclairé, sait que l’ange de ténèbres se transforme souvent en ange de lumière pour nous tromper, et qu’il est nécessaire dans la conduite des âmes de discerner avec soin l’esprit qui les dirige.

M. le curé de Mimbaste, aujourd’hui curé de la paroisse de Saint-Paul, à Dax, crut qu’un des moyens les plus efficaces pour juger Marie Lataste était de lui faire écrire tout ce qu’elle avait vu, entendu ou éprouvé en elle-même, et tout ce qu’elle voyait, entendait ou éprouvait encore.

Elle se soumit immédiatement, et, pendant plus de deux ans, elle écrivit les cahiers et les lettres où sont renfermés les enseignements qu’elle reçut de son divin Maître et qui forment les deux derniers volumes de la présente publication.

Son directeur fut émerveillé de la profondeur de sa sagesse et de la sublimité de sa doctrine ; il y reconnut l’esprit de Dieu. Ne voulant pas néanmoins s’en rapporter à son seul jugement, il communiqua ses écrits à un ecclésiastique des plus distingués du diocèse, M. l’abbé Dupérier, directeur au grand séminaire de Dax. Celui-ci partagea son admiration et l’engagea, après le départ de Marie Lataste, que Dieu avait appelée à devenir religieuse du Sacré-Cœur, à publier tout ce qu’il en avait reçu, persuadé qu’un tel livre serait de la plus grande utilité pour toutes les âmes qui ont véritablement à cœur l’œuvre de leur salut.

Mgr Lannéluc, qui avait succédé sur le siège épiscopal d’Aire à Mgr Savy, de si vénérée mémoire [1], fut consulté à ce sujet, et jugea qu’il était opportun de différer cette publication ; elle fut différée.

Pour la préparer, il fallait se livrer à un travail considérable, car Marie Lataste avait écrit ses cahiers sans ordre, ni méthode ni plan, mais uniquement selon que sa mémoire lui avait rappelé les instructions et les paroles du Sauveur. Or, il était de toute nécessité, du moins d’après l’avis d’hommes éminents que nous avons consultés, de suivre un plan dans les diverses questions traitées par Marie Lataste, avant de les livrer à l’impression. Tout nous porte à croire que M. l’abbé Dupérier était aussi de cet avis, et qu’il avait consenti à entreprendre lui-même ce travail, d’après le désir manifesté par Marie Lataste elle-même, son directeur ne pouvant s’en occuper avec l’exercice du saint ministère dans une paroisse très vaste et fort éten­due. M. l’abbé Dupérier mourut en 1848, et les précieux manuscrits sont demeurés jusqu’à ce jour entre les mains de M. le curé de Saint-Paul qui nous les a confiés avec l’agrément de Mgr Épivent, succes­seur de Mgr Hiraboure, qui lui-même avait succédé à Mgr Lannéluc.

II

Landes en vrac: MARIE LATASTE : L'ILLUMINEE MYSTIQUE DE MIMBASTE ?

Nous ne nous le dissimulons pas, le merveilleux dans les écrits que nous publions consiste en ce qu’ils sont l’œuvre d’une fille de campagne simple et sans instruction. Il importe donc que nous fassions connaître d’une manière claire et précise en quoi consiste notre travail dans cette publication, afin que ni près de nous, ni au loin, nul ne nous attribue rien de ce qui appartient entièrement à Marie Lataste.

Nous aurions pu modifier le fond ou la forme. L’avons-nous fait, et si nous l’avons fait tant soit peu, en quoi consiste cette légère modifi­cation ?

On peut modifier le fond d’une œuvre appartenant à autrui de trois manières : 1° en ajoutant à cette œuvre ; 2° en retranchant de cette œuvre ; 3° en corrigeant ou perfectionnant cette œuvre.

Or, nous avons ajouté aux œuvres de Marie Lataste le titre général, plus la table détaillée du second volume, et le titre spécial de toutes les lettres qui forment le troisième volume.

   Nous ayons retranché des Lettres ce qui avait été traité déjà dans les Œuvres et réciproquement. En outre, il est plusieurs questions traitées dans les cahiers manuscrits de Marie Lataste ; il est même des cahiers entiers que, pour des raisons graves et majeures, nous avons cru devoir omettre. Il y a aussi un nombre considérable de lettres de direction, que la discrétion et la réserve nous ont fait une loi de ne pas livrer au public.

   La seule correction ou l’unique perfectionnement que nous nous sommes permis pour la publication des œuvres de Marie Lataste consiste en ce que, comme nous l’avons déjà dit, nous avons coordonné, divisé, classé, numéroté tout ce qu’elle a écrit dans ses cahiers. Les lettres ont été publiées d’après l’ordre chronologique. Le plan que nous avons suivi n’a pas été arbitraire ; c’est Marie Lataste elle-même qui nous l’a suggéré dans la première lettre à son directeur, et, avant de l’adopter et de le suivre définitivement, nous l’avons soumis à l’appréciation d’un des membres les plus distingués de l’épiscopat français, qui a consacré plus de vingt ans de sa vie aux études théologiques, et dont la décision en ces matières est pour nous du plus grand poids.

Telles sont les modifications que nous avons fait subir pour le fond aux œuvres de Marie Lataste. Évidemment elles n’enlèvent rien à l’originalité des manuscrits et elles permettront au lecteur d’un tirer plus de profit.

Sœur Marie Lataste | *Messages-Prophéties-Par les Saints et les Prophètes  ......Myriamir(1)

On peut modifier la forme d’un écrit : 1° en faisant disparaître les fautes contre les règles d’orthographe, ou contre les principes de la grammaire ; 2° en perfectionnant le style et en le mettant plus en rapport avec celui des grands écrivains, conformément aux règles de la littérature.

Or, 1° nous avons fait disparaître les nombreuses fautes contre les règles d’orthographe qui se trouvaient et qui devaient se trouver nécessairement dans les écrits d’une fille qui n’avait jamais eu d’autre institutrice que sa mère, et qui savait à peine lire et écrire. Nous avons enlevé également plusieurs gasconismes que ne pouvait éviter une fille dont la langue gasconne était la langue maternelle, et qui naturellement faisait passer dans le français les tournures de la langue qu’elle parlait plus habituellement. Nous avons été peut-être trop indulgent encore pour quelques-uns ; mais du moins nous croyons avoir corrigé tous ceux dont l’intelligence eût été difficile pour la plupart des lecteurs qui ne connaissent point le génie de cette belle langue méridionale parlée par saint Vincent de Paul au dix-septième siècle.

2°   Nous avons substitué quelques expressions à celles qui se trouvaient dans les manuscrits, afin d’éviter des répétitions qui eussent été par trop désagréables. Mais nous ne l’avons fait jamais qu’avec l’autorisation et le consentement du directeur de Marie Lataste, sous les yeux duquel nous avons commencé et achevé notre travail. Cette particularité, que nous nous plaisons à signaler, sera prise en considé­ration, pensons-nous, par tous nos lecteurs ; ils seront naturellement disposés à croire que le directeur d’une âme aussi privilégiée n’aurait jamais consenti à ce que, soit pour le fond, soit pour la forme, nous eussions substitué notre œuvre à celle de cette sainte fille, si pareille pensée se fût jamais présentée à nous.

Pour ce qui constitue véritablement la forme des écrits de Marie Lataste, nous n’y avons rien changé et nous croyons pouvoir affirmer qu’un tel changement eût été vraiment impossible. Nous laissons à d’autres plus compétents que nous le soin d’en juger.

Ces modifications que nous avons cru devoir faire subir aux œuvres de Marie Lataste, après y avoir mûrement réfléchi et avoir consulté les hommes les plus compétents, ces modifications, qui sont bien peu de chose, il faut en convenir, susciteront certainement des difficultés nombreuses. Elles en ont déjà suscité autour de nous. Toutes à peu près peuvent se résumer à ces trois chefs :

1°   Comment se fait-il, si l’on admet que Notre-Seigneur Jésus-Christ ait instruit Marie Lataste d’une manière si relevée et si pro­fonde, comment se fait-il qu’il ne lui ait pas donné en même temps les connaissances nécessaires pour qu’elle pût s’exprimer d’une manière irréprochable et qui ne nécessitât point l’intervention d’autrui pour l’impression de ces merveilleux entretiens ?

2°   Comment se fait-il surtout qu’il n’ait pas suivi l’ordre qu’on a cru devoir suivre ou un autre quelconque, puisqu’on a reconnu la nécessité de cet ordre ?

3°   Pourquoi ne pas conserver entièrement le texte tel qu’il a été donné par Marie Lataste dans son état de désordre, avec les fautes d’orthographe, les gasconismes et les répétitions de mots qui ont disparu dans l’impression ?

Landes en vrac: MARIE LATASTE : L'ILLUMINEE MYSTIQUE DE MIMBASTE ?

Nous trouvons la réponse à ces difficultés dans Marie Lataste elle-même.

1°   Notre-Seigneur, rapporte-t-elle dans sa correspondance, lui dit un jour : « Si l’on vous demande pourquoi vous avez écrit ainsi et pourquoi je vous ai laissé faire de cette manière, répondez que mes desseins sont secrets et inconnus, et que je voulais exercer votre obéissance, votre abnégation complète et votre humilité [2]. » Telle est la réponse péremptoire à la première difficulté. Notre-Seigneur, qui n’avait point appris la manière de bien dire ou de parler correctement à ses apôtres, n’a pas voulu non plus l’apprendre à Marie Lataste, pour exercer son humilité.

2°   Notre-Seigneur n’a pas, il est vrai, suivi l’ordre que nous avons tracé. Les écrits de Marie Lataste l’indiquent, puisqu’elle fait connaî­tre le plus souvent les circonstances dans lesquelles elle recevait ses instructions, ou les causes qui occasionnaient un enseignement de la part du Sauveur. Il est vrai aussi que Marie Lataste n’a suivi aucun ordre dans les cahiers qu’elle a livrés et qu’elle n’a écrit qu’autant et à mesure que sa mémoire lui rappelait les entretiens du Sauveur, et qu’enfin la plupart des lettres n’ont été écrites que pour ajouter à ce qu’elle avait dit précédemment. Mais il ne résulte pas de là que Notre-Seigneur n’ait suivi aucun ordre. N’est-ce pas, en effet, suivre un ordre et un plan conforme aux desseins de la divine Providence sur une âme, que de lui parler et de l’instruire conformément aux diverses circonstances de sa vie, aux mouvements de son caractère, aux besoins de son âme ? Or, c’est là précisément ce qui a eu lieu pour Marie Lataste. Notre-Seigneur a commencé par modifier tout ce qu’il y avait de plus défectueux en elle, et puis par lui révéler les secrets de sa science et de sa sagesse. Nous tenons ce renseignement, non des écrits de Marie, mais de son directeur qui l’avait interrogée à ce sujet.

3°      Pourquoi donc n’avons-nous pas publié les œuvres de Marie Lataste telles qu’elles se trouvaient groupées dans ses manuscrits ? Nous ne l’avons pas fait parce que nous y étions autorisé par Marie Lataste elle-même : « Votre directeur, dit-elle en rapportant les paroles du Sauveur, disposera vos écrits comme il le jugera convenable, s’il en a le temps, afin de les faire imprimer ; s’il ne le peut point, il le fera faire par une main étrangère [3]. » Elle dit ailleurs : « J’ai écrit selon que mon esprit me le rappelait. Il sera facile de suppléer à ce qui manque ; il sera facile surtout de disposer mes écrits de manière à ce qu’ils puissent être livrés aux fidèles, et qu’ils en retirent un grand fruit [4]. » Nous ne l’avons pas fait encore, parce que nous étions convaincu que si pour quelques-uns une pareille impression eût pu être agréable ou utile, la plupart des lecteurs préféreront avoir sous leurs yeux les œuvres de Marie Lataste ainsi coordonnées, trouver réunis ensemble tous les détails qui se rapportent à un même sujet, au lieu d’être obligés de les chercher disséminés de toutes parts dans chaque volume. C’était là notre manière de voir ; nous l’avons suivie, parce qu’elle a été appuyée par les hommes éminents que nous avons consultés et que nous avons préféré l’intérêt général des âmes à la satisfaction ou à la curiosité de quelques lecteurs.

III

Visions de Marie Lataste

[…] [5] que La Vie et les Œuvres de Marie Lataste fassent de plus en plus connaître, honorer, aimer le Cœur de Notre-Seigneur Jésus-Christ et celui de la très sainte Vierge Marie, sa Mère et la nôtre.

L’abbé Pascal Darbins.

Il n’est pas exclus que nous abordions dans un prochain numéro d’autres aspects de la vie de Marie Lataste.


[1] C’est Mgr Savy qui avait administré à Marie Lataste le sacrement de confir­mation.

[2]   Lettre 75.

[3] Lettre 75.

[4] Dernière page des Cahiers de Marie Lataste

[5] Pages de cette préface de l’abbé Darbins qui seront insérées dans la présente édition au début de l’ouvrage sur la vie de Marie Lataste.

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