En moi des cieux se déploient aussi vastes que le firmament

La foi, l’espérance et la charité sont souverainement libres, car si elles sont suffisamment enracinées en nous, elles ont la ressource de se nourrir même de ce qui s’oppose à elles !

Extrait tiré du livre du Père Jacques Philippe, « La liberté intérieure », aux Éditions des Béatitudes (7è édition, pages 20 à 22)

Je voudrais évoquer brièvement un […] témoignage de liberté intérieure, à la fois très différent et très proche de celui de Thérèse de l’Enfant-Jésus, et qui m’a beaucoup touché. Il s’agit de celui d’Etty Hillesum, une jeune juive morte à Auschwitz en septembre 1942 dont le journal a été publié en 1981. Son « histoire d’une âme » se déroule en Hollande au moment où s’intensifie la persécution nazie contre les Juifs. (*) […] Il est bouleversant de constater comment cette jeune femme [non-chrétienne], fragile affectivement, mais animée d’une forte exigence de vérité quant à elle-même, s’applique à vivre ces valeurs [présentes au cœur du christianisme] et, au moment même où toutes les libertés extérieures lui sont progressivement enlevées, découvre en elle-même un bonheur et une liberté intérieure que personne ne pourra désormais lui ravir.

(*) Note de Pierre et les Loups : vous comprendrez à quel point ce témoignage peut nous rejoindre si vous remplacez le mot « Juifs » par « non-vaccinés » (ou plutôt « non-injectés »). Lire aussi Notre 1942.

Voici l’un [des passages très significatifs] de son expérience spirituelle :

« Ce matin en longeant à bicyclette le Stadionkade, je m’enchantais du vaste horizon que l’on découvre aux lisières de la ville et je respirais l’air qu’on ne nous a pas encore rationné. Partout des pancartes interdisaient aux Juifs les petits chemins menant dans la nature. Mais au-dessus de ce bout de route qui nous reste ouvert, le ciel s’étale tout entier. On ne peut rien nous faire, vraiment rien. On peut nous rendre la vie assez dure, nous dépouiller de certains biens matériels, nous enlever une certaine liberté de mouvement tout extérieure, mais c’est nous-mêmes qui nous dépouillons de nos meilleures forces par une attitude psychologique désastreuse. En nous sentant persécutés, humiliés, opprimés. En éprouvant de la haine. En crânant pour cacher notre peur. On a bien le droit d’être triste et abattu, de temps en temps, par ce qu’on nous fait subir : c’est humain et compréhensible. Et pourtant la vraie spoliation c’est nous-mêmes qui nous l’infligeons. Je trouve la vie si belle et je me sens libre. En moi des cieux se déploient aussi vastes que le firmament. Je crois en Dieu et je crois en l’homme, j’ose le dire sans fausse honte. La vie est difficile mais ce n’est pas grave. […] Je suis une femme heureuse et je chante les louanges de cette vie, oui vous avez bien lu, en l’an de grâce 1942, en la énième année de guerre. »

Aucune circonstance au monde ne pourra jamais m’interdire de croire en Dieu, de mettre en lui toute ma confiance, de l’aimer de tout mon cœur et d’aimer mon prochain. La foi, l’espérance et la charité sont souverainement libres, car si elles sont suffisamment enracinées en nous, elles ont la ressource de se nourrir même de ce qui s’oppose à elles ! Si l’on veut m’interdire d’aimer en me persécutant, j’ai toujours la possibilité de pardonner à mes ennemis, et de transformer la situation d’oppression en amour plus grand. Si on veut étouffer ma foi en m’ôtant la vie, ma mort devient la plus belle confession de foi qu’on puisse concevoir ! L’amour, et lui seul, est capable de vaincre le mal par le bien, et [du mal, tirer du bien].

En effet, il est écrit : C’est pour toi qu’on nous massacre sans arrêt, qu’on nous traite en brebis d’abattoir. Mais, en tout cela nous sommes les grands vainqueurs grâce à celui qui nous a aimés. J’en ai la certitude : ni la mort ni la vie, ni les anges ni les Principautés célestes, ni le présent ni l’avenir, ni les Puissances, ni les hauteurs, ni les abîmes, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est dans le Christ Jésus notre Seigneur.

Rm 8: 36-39


À propos de l’auteur

Jacques Philippe

Jacques Philippe est membre de la Communauté des Béatitudes depuis 1976. Il y a exercé différentes responsabilités. Prêtre depuis 1985, il prêche des retraites en France et à l’étranger. Il est l’auteur d’ouvrages de spiritualité, dont plusieurs grands succès traduits dans une vingtaine de langues.

Son site : frjacquesphilippe.com


Etty Hillesum

Etty Hillesum (1914-1943) est une jeune femme juive hollandaise qui mourut à Auschwitz en 1943. Au début de la guerre, elle commença à écrire un journal, aujourd’hui publié sous le titre « Une vie bouleversée ».
Ses écrits témoignent d’une évolution de sa pensée et de sa réflexion : en 1942, à 27 ans, dans le contexte d’une vie rendue toujours plus difficile par les nazis, elle écrivait : « la vie est belle et riche de sens, et mérite la peine d’être vécue à chaque instant ».

Source : ndweb.org

Source : « En moi des cieux se déploient aussi vastes que le firmament » – Pierre et les Loups (pierre-et-les-loups.net)

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