Car ils verront dieu – 1ère Partie

Que Jésus-Christ soit notre modèle, le modèle de tous les chrétiens, vous le savez parfaitement pour l’avoir entendu dire et médité fréquemment. Vous l’avez en outre enseigné à tant d’âmes au cours de cet apostolat (amitié humaine imprégnée de sens divin) qui fait partie désormais de votre moi; vous l’avez aussi rappelé toutes les fois que c’était nécessaire, vous servant du moyen merveilleux qu’est la correction fraternelle: celui qui vous écoutait pouvait ainsi comparer son comportement à celui de notre frère aîné, le fils de Marie, la Mère de Dieu, notre Mère.

Jésus est le modèle. Il l’a dit : Discite a me, apprenez de moi. Or je désire vous parler aujourd’hui d’une vertu qui, sans être la seule, ni la première, agit cependant dans la vie chrétienne comme le sel qui préserve de la corruption et constitue la pierre de touche pour l’âme apostolique. Je veux parler de la vertu de la sainte pureté. Certes la charité théologale nous apparaît comme la vertu la plus haute; cependant la chasteté est le moyen sine qua non, une condition indispensable pour nouer ce dialogue intime avec Dieu. Sans elle on finit aveugle et, si l’on ne se bat pas pour la préserver, l’on ne voit rien, car l’homme animal ne perçoit pas les choses qui sont de l’Esprit de Dieu.

Nous voulons, quant à nous, voir d’un œil limpide, encouragés par la prédication du Maître : Heureux les cœurs purs car ils verront Dieu. L’Eglise a toujours présenté ces paroles comme une invitation à la chasteté. “ Ceux-là gardent un cœur saint, écrit saint Jean Chrysostome, qui possèdent une conscience parfaitement nette ou qui aiment la chasteté. Aucune vertu n’est aussi nécessaire que celle-là pour voir Dieu.

Tout au long de sa vie sur terre, Jésus-Christ Notre Seigneur a été couvert d’injures, maltraité de toutes les manières possibles. Vous souvenez-vous ? On fait courir le bruit qu’Il se comporte comme un révolté et l’on affirme qu’Il est possédé. A un autre moment, on interprète mal les manifestations de son amour infini et on l’accuse d’être l’ami des pécheurs.

Plus tard, Lui qui est la pénitence et la tempérance personnifiées, Il est accusé de fréquenter la table des riches. On l’appelle aussi avec mépris fabri filius, le fils de l’ouvrier, du charpentier, comme si c’était une injure. Il permet qu’on le taxe d’ivrognerie et de gloutonnerie. Il admet qu’on l’accuse de n’importe quoi, sauf de manquer à la chasteté. Sur ce chapitre Il les a réduits au silence car Il veut qu’aucune ombre n’obscurcisse cet exemple: un modèle merveilleux de pureté, de limpidité, de lumière, d’amour, qui sait embraser le monde pour le purifier.

J’aime me référer à la sainte pureté en contemplant toujours la conduite de Notre Seigneur. Il a manifesté une grande délicatesse dans l’exercice de cette vertu. Rapportez-vous à ce que raconte saint Jean lorsque Jésus, fatigatus ex itinere, sedebat sic supra fontem, fatigué par la route s’assit sur la margelle du puits.

Recueillez-vous et revivez lentement la scène. Jésus-Christ, perfectus Deus, perfectus homo, est fatigué par la route et par son travail apostolique, comme cela vous est peut-être parfois arrivé: finir épuisés, parce que vous n’en pouvez plus. Il est émouvant d’observer le Maître épuisé. De plus II a faim : les disciples sont allés au village voisin chercher de quoi manger; et Il a soif.

Mais, plus que la fatigue du corps, c’est la soif des âmes qui le consume. Voilà pourquoi, lorsqu’arrive la Samaritaine, cette femme pécheresse, le cœur sacerdotal du Christ s’épanche avec empressement pour récupérer la brebis égarée: oubliant la fatigue, la faim, la soif.

Le Seigneur était occupé à cette grande œuvre de charité, au moment où les Apôtres revenaient de la ville et où mirabantur quia cum muliere loquebatur, ils étaient surpris de le voir parler à une femme. Quelle attention ! Quel amour pour la vertu merveilleuse de la sainte pureté, qui nous aide à être plus forts, plus solides, plus féconds, plus aptes à travailler pour Dieu, plus aptes à entreprendre de grandes choses !

Telle est la volonté de Dieu, votre sanctification… que chacun de vous sache faire usage de son corps saintement et honnêtement, sans s’abandonner aux passions, comme le font les païens qui ne connaissent pas Dieu. Nous appartenons totalement à Dieu, corps et âme, avec notre chair et avec nos os, avec nos sens et avec nos puissances. Priez-Le avec confiance: Jésus protège notre cœur ! Un cœur grand, fort et tendre, affectueux et délicat, débordant de charité pour toi, pour servir toutes les âmes.

Notre corps est saint, temple de Dieu, précise saint Paul. Cette exclamation de l’apôtre me remet en mémoire l’appel universel à la sainteté que le Maître adresse aux hommes : estote perfecti sicut et Pater vester caelestis perfectus est. A tous sans discrimination d’aucune sorte, le Seigneur demande de répondre à la grâce. Il exige de chacun, en accord avec sa situation personnelle, la pratique des vertus propres aux enfants de Dieu.

Voilà pourquoi, au moment de vous rappeler que le chrétien doit observer une chasteté parfaite, je m’adresse à tous : aux célibataires qui doivent s’en tenir à une parfaite continence et aux époux qui vivent chastement en respectant les règles propres à leur état.

Avec l’esprit de Dieu, la chasteté n’est pas une charge ennuyeuse et humiliante. C’est une affirmation joyeuse : la volonté, la maîtrise, la victoire sur soi-même, ce n’est pas la chair qui les donne, ce n’est pas de l’instinct qu’elles procèdent mais de la volonté, à plus forte raison si celle-ci est en union avec la volonté de Dieu. Pour être chastes — pas simplement continents ou fidèles — il nous faut soumettre nos passions au contrôle de la raison, mais pour un motif élevé, en suivant l’élan de l’Amour.

J’ai toujours eu beaucoup de peine que certains, et même beaucoup, aient pour principe de prendre l’impureté comme thème habituel de leur enseignement. Ils obtiennent ainsi — je l’ai constaté en de nombreuses âmes — un résultat opposé au but recherché, car c’est une matière plus poisseuse que la poix et qui déforme les consciences en leur donnant des complexes et des craintes, comme si la pureté de l’âme était un obstacle rien moins qu’insurmontable. En ce qui nous concerne, ce n’est pas le cas; nous autres nous devons parler de la sainte pureté en utilisant des raisonnements positifs, limpides, avec des mots simples et clairs.

Evoquer ce thème équivaut à s’entretenir de l’Amour. Je viens de vous montrer que la sainte humanité de Notre Seigneur m’est une aide dans ce domaine; merveille ineffable de Dieu, qui s’humilie pour revêtir notre humanité et ne se sent pas dégradé d’avoir pris une chair identique à la nôtre, avec ses limites et ses faiblesses, hormis le péché, et cela parce qu’Il nous aime à la folie ! Son effacement ne l’abaisse en rien; et nous, Il nous élève, nous divinise corps et âme. Répondre oui à son amour, avec une affection sans tache, ardente et bien ordonnée, voilà en quoi consiste la vertu de chasteté.

Je compare cette vertu à des ailes qui nous permettent de transmettre les commandements, la doctrine de Dieu sur toute l’étendue de la terre, sans craindre de rester embourbés. Les ailes — comme celles de ces oiseaux majestueux qui s’élèvent là où les nuages n’arrivent pas — sont lourdes, très lourdes ; mais sans elles, voler serait impossible. Mettez-vous cela dans la tête, et soyez bien décidés à ne pas céder si vous remarquez le coup de griffe de la tentation qui s’insinue en présentant la pureté comme un fardeau insupportable. Courage ! Toujours plus haut, à la poursuite de l’Amour.

Alors je leur expliquais, d’une manière assurément peu académique, mais imagée, que nous devrions instituer un autre règne, l’hominien, le règne des humains : en effet la créature rationnelle possède cette intelligence admirable, étincelle de la Sagesse divine, qui lui permet de raisonner pour son propre compte et cette prodigieuse liberté, grâce à laquelle elle peut accepter ou rejeter telle ou telle chose à son gré.

Or dans ce règne des hommes, leur disais-je, fort d’une longue expérience acquise en tant que prêtre, le problème du sexe occupe la quatrième ou la cinquième place chez un être normalement constitué. D’abord il y a les aspirations de la vie spirituelle, celles qui sont spécifiques à chacun d’entre nous; puis viennent les nombreux problèmes qui intéressent l’homme ou la femme ordinaire : leur père, leur mère, leur foyer, leurs enfants. Plus tard, la profession; enfin en quatrième ou cinquième position on voit apparaître l’instinct sexuel.

Aussi, quand j’ai rencontré des gens qui faisaient de cette question le thème essentiel de leur conversation, de leurs préoccupations, j’en ai conclu qu’il s’agissait d’anormaux, de pauvres anormaux, peut-être de malades, et j’ajoutais, ce qui provoquait chez les jeunes auxquels je m’adressais rires et plaisanteries, que ces malheureux m’inspiraient la même pitié que celle que provoquerait en moi la vue d’un enfant difforme dont le tour de tête aurait dépassé un mètre. Ce sont des malheureux et, tout en priant à leur intention, nous sentons monter en nous à leur égard une compassion fraternelle, parce que nous désirons qu’ils guérissent de leur funeste maladie. Mais ils ne sont pas, bien entendu, plus hommes ou plus femmes que ceux qui n’ont pas l’obsession du sexe.

Nous traînons derrière nous les passions. Nous nous trouvons tous en lutte avec les mêmes difficultés, quel que soit notre âge. Aussi devons-nous lutter. Souvenez-vous de ce qu’écrivait saint Paul : datus est mihi stimulus carnis meae, angelus Satanae qui me colaphizet. Il m’a été mis une écharde dans ma chair, un ange de Satan, chargé de me souffleter, afin que je ne m’enorgueillisse pas.

On ne peut mener une vie irréprochable sans le secours de Dieu, qui veut que nous soyons humbles et que nous demandions son aide. Tu dois prier la Sainte Vierge avec confiance, maintenant même, dans le secret de ton cœur, sans bruit de paroles : ma Mère, mon pauvre cœur se révolte bêtement… Si tu ne me protèges pas… Et elle t’assistera pour que tu le gardes pur et que tu suives la voie qui t’a été tracée par Dieu.

Mes enfants : humilité, humilité ! Apprenons à être humbles. Pour protéger l’Amour il faut être prudent, constamment aux aguets, et ne pas se laisser dominer par la peur. Parmi les auteurs classiques de spiritualité, beaucoup comparent le démon à un chien enragé, retenu par une chaîne: si nous ne nous approchons pas, il ne nous mordra pas, même s’il aboie en permanence. Si vous laissez croître dans votre âme l’humilité, vous repousserez, à n’en pas douter, les occasions, et vous réagirez en ayant le courage de prendre la fuite; et vous ferez quotidiennement appel au secours du ciel pour progresser avec aisance le long de ce sentier d’Amour.

Soyez assurés que celui qui est corrompu par la concupiscence charnelle ne peut avancer spirituellement, qu’il est incapable de réaliser une bonne action; c’est un infirme qui, pareil à un torchon, est mis au rebut. Avez-vous déjà vu ces malades atteints d’une paralysie progressive, qui ne peuvent plus se débrouiller ni se mettre debout ? Parfois c’est à peine s’ils peuvent remuer la tête. Eh bien dans le domaine surnaturel, c’est ce qui arrive à ceux qui ne sont pas humbles et qui se sont lâchement abandonnés à la luxure. Ils ne voient ni n’entendent ni ne comprennent quoi que ce soit. Ils sont paralysés et comme fous. Chacun de nous doit invoquer le Seigneur, la Mère de Dieu, et leur demander de nous accorder l’humilité et la volonté de profiter avec piété du remède divin que représente la confession. Ne permettez pas qu’un foyer de pourriture se forme dans vos âmes, pour petit qu’il soit. Parlez. Quand l’eau coule, elle est propre; quand elle stagne, elle forme une mare remplie de saletés repoussantes et, d’eau potable qu’elle était, elle devient un bouillon de culture.

Que la chasteté soit possible et qu’elle constitue une source de joie, vous le savez comme moi; il est clair aussi qu’elle exige de nous de temps en temps un peu d’effort. Ecoutons saint Paul : Car je me complais dans la loi de Dieu du point de vue de l’homme intérieur mais j’aperçois une autre loi dans mes membres qui lutte contre la loi de ma raison et m’enchaîne à la loi du péché qui est dans mes membres, malheureux homme que je suis ! Qui me délivrera de ce corps de mort ? Crie encore davantage si cela t’est nécessaire, mais il ne faut pas exagérer : sufficit tibi gratia mea, ma grâce te suffit, nous répond Notre Seigneur.

Extraits du 1er livre posthume
« Amis de Dieu »
de saint José Maria

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :