Ressuscité face au roi. (ASDE 29)

Saint Stanislas (1030-1079)
Pologne, Cracovie.

Tiré de “Ils ont vu le purgatoire”
Un ouvrage de Jean Mathiot

Stanislas, devenu évêque à 42 ans, fit preuve d’un courage intrépide en face du roi Boleslas à qui il reprocha sa cruauté et sa vie de débauche et l’excommunia. Le roi se vengea en faisant assassiner Stanislas pendant qu’il célébrait la messe. Stanislas avait 49 ans.

Alors qu’il était évêque de Cracovie, Stanislas avait acheté un terrain pour son église à un paysan nommé Pierre, sans exiger de reçu. Pierre mourut.

Ses héritiers, profitant des démêlés du roi contre l’évêque, accusèrent l’évêque d’avoir volé ce terrain. Le roi en fut heureux et condamna l’évêque à payer de nouveau le terrain qui lui appartenait. Et cela faisait trois ans que Pierre était mort. Stanislas, inspiré par Dieu, déclara que s’il ne pouvait avoir justice des vivants, il l’aurait par le témoignage des morts. Il demanda donc au roi Boleslas trois jours de délai afin d’avoir le témoignage du vendeur de Pierre. Le roi accorda ce délai en se moquant de l’évêque, sachant bien que ce Pierre était mort depuis plusieurs années.

Stanislas retourna dans sa maison et invita ses prêtres à prier et à jeûner durant ces trois jours afin d’obtenir que Dieu prenne cette cause en main.

Le troisième jour, après avoir célébré une messe solennelle à cette intention, Stanislas, gardant ses ornements pontificaux, se mit en marche vers le cimetière, suivi de tout son clergé et d’une foule de peuple que ce spectacle avait attirée.

Arrivé auprès de la tombe de Pierre, il ordonna de creuser jusqu’au cadavre qui n’étais plus que des ossements. Alors l’évêque s’agenouille et supplie le Seigneur de faire un miracle devant cette ville attentive, pour la glorification de son saint Nom et pour le triomphe de la justice ; puis, touchant de son bâton pastoral ces restes inanimés, il leur dit, comme autrefois le prophète Ezéchiel : « Ossements desséchés, écoutez la parole du Seigneur Dieu… » Il leur commande, au nom du Père et du Saint-Esprit, de s’animer de nouveau et de rendre témoignage à la vérité. Aussitôt ces os s’agitent, la poussière se change  en chair ; le mort se dresse sur ses pieds et, sortant du sépulcre, s’avance vers Stanislas qui le conduit d’abord à l’église pour remercie Dieu, au milieu du peuple, puis au tribunal.

A ces moments-là, le roi s’y trouvait, entouré des grands et de tous les magistrats. On lui annonça que Stanislas arrivait processionnellement avec son clergé et avec Pierre ressuscité. Le roi ne voulut rien en croire, mais il fut obligé de se rendre à l’évidence lorsque Stanislas entra dans la salle, s’arrêta en face du trône, et parla ainsi : « je vous amène, Sire, l’homme qui m’a vendu cette terre : il a quitté la région des morts pour rendre témoignage à la vérité. Interrogez-le : il parlera lui-même, il vous dira si j’ai réellement acheté son héritage et si je lui en ai remis la valeur. L’homme est connu ; son tombeau est encore ouvert : Dieu l’envoie confondre l’imposture de ses neveux. Sa déposition vaudra plus, je le pense, que la dénégation des autres témoins et que toutes les signatures imaginables. » Pierre le ressuscité, élevant alors la voix, attestant qu’il avait reçu le prix entier de la terre vendue à Stanislas pour son église et que ses trois neveux, Pierre, Jacques et Stanislas, n’avaient aucun droit à le troubler dans sa possession. Ensuite, se tournant vers ceux-qui étaient présents dans l’auditoire, il les menaça de la justice de Dieu qu’on ne peut tromper et d’une mort malheureuse avant peu, s’il ne cessait de réclamer ce qu’il savait bien ne pas leur appartenir. La stupéfaction de l’assistance était à son comble; tous étaient cloués sur place.

Les héritiers demeurèrent confondus pendant que le roi rendait une nouvelle sentence en faveur de Stanislas. Le ressuscité était toujours là. L’évêque lui demanda s’il désirait vivre encore quelques années. Mais il répondit qu’il préférait mourir de nouveau plutôt que de rester dans une vie si misérable et si périlleuse. Il assura néanmoins que son âme était encore en purgatoire, et qu’il lui restait quelques temps à souffrir pour se purifier des dernières souillures de ses fautes ; que, malgré les supplices cruels auxquels il allait être rendu, il les préférait de beaucoup à l’incertitude où l’on est ici-bas de plaire à Dieu et de faire son salut. Il termina en disant que la plus grande grâce que Stanislas pouvait lui accorder c’était de prier le Seigneur d’abréger le temps de son épreuve et de le recevoir plus tôt parmi les élus, puisqu’il avait l’assurance d’y être admis un jour. Stanislas le lui promit, puis l’accompagna au cimetière avec tout le clergé et la foule du peuple ; on récita sur les prières ordinaires de la recommandation de l’âme, pendant qu’il se couchait dans la tombe. Il renouvela à tous les assistants sa demande de prier pour lui. Ses ossements se séparèrent de nouveau, la chair tomba en poussière et on n’eut plus devant les yeux que les restes informes de la matinée.

C’est une croyance dans le pays que Stanislas obtint très promptement la délivrance de cette âme.

Bibliographie : Laurent Surius. Vie des saints – Acta Sanctorum des Bollandistes ; vie de saint Stanislas, 7 mai.

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