Car ils verront dieu – 3ème Partie

 

L’amour humain, quand il est pur, m’inspire un immense respect, une indicible vénération. Comment ne pas apprécier l’affection sainte et noble de nos parents, à qui nous sommes en grande partie redevables de notre amitié avec Dieu ? Je bénis des deux mains cet amour-là, et quand on me demande pourquoi je dis des deux mains, je réponds aussitôt que c’est faute d’en avoir quatre.

Béni soit l’amour humain ! Mais le Seigneur m’a demandé davantage, et c’est ce qu’affirme la théologie catholique: se livrer pour l’amour du Royaume des cieux à Jésus seul et, pour l’amour de Jésus, à tous les hommes, est plus sublime encore que l’amour matrimonial, même si le mariage est un sacrement, sacramentum magnum.

Amour chaste de Marie et Joseph

Quoi qu’il en soit, chacun, à la place qu’il occupe et avec la vocation que Dieu lui a inspirée — célibataire, marié, veuf, prêtre — doit s’efforcer de vivre la chasteté avec délicatesse ; c’est une vertu accessible à tous, et qui exige de tous lutte, sensibilité, tact, vigueur, cette finesse que l’on n’obtient que lorsqu’on se place aux côtés du Cœur rempli d’amour du Christ sur la Croix. Ne soyez pas inquiets si, d’aventure, vous sentez la tentation vous guetter. Sentir est une chose, consentir en est une autre. On peut facilement repousser la tentation avec l’aide de Dieu. Ce qu’il ne faut à aucun prix, c’est se mettre à dialoguer.

Voyons les ressources sur lesquelles nous pouvons toujours compter, nous autres chrétiens, pour l’emporter dans le combat mené pour protéger la chasteté : non pas comme des anges, mais comme des femmes et des hommes en bonne santé et pleins de force, pour tout dire normaux ! Je vénère de toute mon âme les anges et je suis uni à cette armée de Dieu par une grande dévotion, mais je n’aime pas nous comparer à eux, parce que les anges ont une nature différente de la nôtre et que ce parallèle serait source de confusion.

Dans beaucoup de secteurs s’est répandu un climat de sensualité qui, joint à la confusion doctrinale, en amène beaucoup à justifier toutes les aberrations ou, tout au moins, à manifester la plus large tolérance pour toutes sortes de mœurs licencieuses. Nous devons être aussi purs que possible; et sans crainte en ce qui concerne le corps, parce que le sexe est quelque chose de saint et de noble en tant que participation au pouvoir créateur de Dieu, et de ce fait destiné au mariage. Et c’est ainsi que, purs et sans crainte, vous donnerez par votre conduite le témoignage des possibilités et de la beauté de la sainte pureté ! En premier lieu, nous nous efforcerons d’affiner notre conscience en approfondissant suffisamment pour être sûrs d’avoir acquis une bonne formation et pour bien distinguer entre la conscience délicate, grâce authentique de Dieu, et la conscience scrupuleuse, qui s’en écarte quelque peu.

Prenez un soin tout particulier de la chasteté et des autres vertus qui forment sa suite — la modestie et la pudeur — et qui en sont en quelque sorte la sauvegarde. Ne négligez pas si légèrement ces règles qui sont si efficaces afin d’être toujours dignes du regard de Dieu: la surveillance attentive des sens et du cœur ; le courage — le courage de la couardise — de fuir les occasions, la fréquentation assidue des sacrements et, en tout premier lieu, de la confession sacramentelle; la croyance pleine et entière dans l’efficacité de la direction spirituelle personnelle, la peine, la contrition, puis la réparation des fautes, tout cela étant imprégné de l’onction d’une tendre dévotion pour Notre Dame, afin qu’elle nous obtienne de Dieu le don d’une vie sainte et pure. Si, par malheur, on vient à tomber, il faut se relever aussitôt. Avec l’aide de Dieu, qui ne nous sera pas refusée si nous y mettons le prix, il nous faut arriver le plus vite possible au repentir, à la franchise empreinte d’humilité, à la réparation, de sorte que la défaite momentanée se transforme en une grande victoire de Jésus-Christ.

Habituez-vous aussi à situer la lutte en des points éloignés des murailles de la forteresse. On ne peut pas être en permanence en porte-à-faux, à la frontière du mal : nous devons obstinément éviter le volontaire in causa, nous devons repousser le plus petit manque d’amour, et favoriser l’aspiration à un apostolat chrétien, assidu et fécond, dont la sainte pureté sera l’assise et l’un des fruits les plus caractéristiques. Nous devons en outre remplir notre temps d’un travail intense et consciencieux, en cherchant à découvrir Dieu, tant il est vrai que nous ne devons jamais perdre de vue que nous avons été achetés à grand prix et que nous sommes le temple de l’Esprit Saint.

Quels autres conseils vous proposer ? Eh bien les procédés qui ont toujours été utilisés par les chrétiens qui avaient réellement la prétention de suivre le Christ, les mêmes procédés qu’utilisèrent les hommes qui perçurent les premiers le souffle de Jésus : un rapport intime avec le Seigneur dans l’Eucharistie, l’invocation filiale de la très Sainte Vierge, l’humilité, la tempérance, la mortification des sens — car on ne peut pas regarder ce qu’il n’est pas licite de désirer, faisait remarquer saint Grégoire le Grand — et la pénitence.

Vous allez me dire qu’il s’agit là purement et simplement du résumé de toute vie chrétienne et c’est vrai. Il ne faut pas séparer la pureté, qui est amour, de l’essence de notre foi, qui est charité, sursaut d’amour sans cesse renouvelé pour Dieu, car Il nous a créés, nous a rachetés et nous prend continuellement par la main, même si maintes et maintes fois, nous ne nous en rendons pas compte. Il ne peut pas nous abandonner : Sion disait : Yahvé m’a abandonné, le Seigneur m’a oublié. Une femme oublie-t-elle l’enfant qu’elle nourrit, cesse-t-elle de chérir le fils de ses entrailles ? Même s’il s’en trouvait une pour l’oublier, moi, je ne t’oublierai jamais. Ces paroles ne vous font-elles pas un immense plaisir ?

J’ai l’habitude de dire qu’il y a trois choses qui nous remplissent de joie sur la terre et nous valent le bonheur éternel au ciel : une fidélité sans faille, pleine de délicatesse, joyeuse et indiscutable envers la foi, envers la vocation que chacun a reçue et envers la pureté. Celui qui restera accroché aux épines du chemin — la sensualité, l’orgueil… — y restera volontairement et, s’il ne rectifie pas, ce sera un malheureux, car il aura tourné le dos à l’Amour du Christ.

J’affirme à nouveau que nous avons tous nos petitesses; cependant nos petitesses ne devront jamais nous conduire à nous fermer à l’Amour de Dieu, mais bien au contraire à chercher refuge dans cet Amour, à nous glisser dans cette divine bonté, comme les guerriers de l’ancien temps se glissaient dans leur armure : cet ecce ego, quia vocasti me — me voici, car tu m’as appelé — est notre protection. Nous ne devons pas nous éloigner de Dieu, sous prétexte que nous ne voulons pas découvrir nos faiblesses. Nous devons attaquer nos petitesses, précisément parce que Dieu nous fait confiance.

Comment allons-nous réussir à surmonter ces misères ?

J’insiste, parce que c’est capital : grâce à l’humilité, à la sincérité dans la direction spirituelle et au sacrement de Pénitence. Allez vers ceux qui orientent vos âmes, avec un cœur grand ouvert ; ne le refermez pas, car si le démon muet s’y installe, vous l’en chasserez difficilement.

Excusez mon rabâchage mais je crois indispensable de graver en lettres de feu dans votre esprit l’idée selon laquelle l’humilité et sa conséquence immédiate, la sincérité, servent de liens aux autres moyens et apparaissent comme susceptibles d’amener la victoire. Si le démon muet s’introduit dans une âme, il compromet tout; en revanche, si on l’en expulse aussitôt, tout est pour le mieux ; on est heureux, la vie reprend son cours. Soyons toujours “ sauvagement sincères, mais sans perdre la bonne éducation.

Je veux que tout ceci soit bien clair ; ce ne sont pas tant le cœur et la chair qui me préoccupent que l’orgueil. Soyez humbles ! Quand vous croirez que vous avez tout à fait raison, sachez que vous n’avez pas du tout raison. Allez à la direction spirituelle l’âme grande ouverte: ne la refermez pas, car, je vous le dis, le démon muet s’infiltre, et il est difficile de le faire sortir.

Rappelez-vous ce pauvre possédé que les disciples ne purent délivrer ; seul le Seigneur obtint sa libération, grâce au jeûne et à la prière. A cette occasion, le Maître accomplit trois miracles : le premier, qu’il entende : car lorsque nous sommes dominés par le démon muet, l’âme refuse d’entendre ; le second, qu’il parle; et le troisième, que le diable s’en aille.

Racontez d’abord ce que vous aimeriez cacher. A bas le démon muet ! D’un tout petit problème vous faites, en le roulant, une énorme boule, comme on fait avec la neige, et vous vous enfermez à l’intérieur. Pourquoi ? Ouvrez votre âme ! Je vous promets le bonheur, qui est fidélité à la voie chrétienne, si vous êtes sincères. Clarté, simplicité : ce sont là des dispositions absolument nécessaires ; il nous faut ouvrir notre âme, à deux battants, afin de laisser entrer le soleil de Dieu et la charité de l’Amour.

Racontez d’abord ce que vous aimeriez cacher. A bas le démon muet ! D’un tout petit problème vous faites, en le roulant, une énorme boule, comme on fait avec la neige, et vous vous enfermez à l’intérieur. Pourquoi ? Ouvrez votre âme ! Je vous promets le bonheur, qui est fidélité à la voie chrétienne, si vous êtes sincères. Clarté, simplicité : ce sont là des dispositions absolument nécessaires ; il nous faut ouvrir notre âme, à deux battants, afin de laisser entrer le soleil de Dieu et la charité de l’Amour.

Concluons ces instants d’entretien au cours desquels toi et moi avons prié Notre Père de nous accorder la grâce de vivre cette affirmation joyeuse qu’est la vertu chrétienne de la chasteté.

Nous le Lui demandons par l’intercession de Sainte Marie, qui est la pureté immaculée. Nous avons recours à Elle — tota pulchra — avec un conseil que je donnais il y a bien longtemps à ceux qui se sentaient mal à l’aise dans leur lutte quotidienne pour être humbles, nets, sincères, joyeux et généreux: Tous les péchés de ta vie resurgissent, semble-t-il. — Ne perds pas confiance —. Fais appel au contraire à ta Mère, Sainte Marie, avec l’abandon et la foi d’un enfant. Elle ramènera le calme dans ton âme.

 

Extraits du 1er livre posthume
« Amis de Dieu »
de saint José Maria

 

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