Qui est sainte Elisabeth de la Trinité ? Petite biographie – 1ère Partie (ASDE 24)

Plusieurs écrits ont déjà été publiés sur sainte Elisabeth de la Trinité, carmélite contemporaine de sainte Thérèse de Lisieux mais nettement moins connue qu’elle. Elle n’en est pas moins devenue sainte elle aussi. Il était nécessaire de parler un peu d’elle afin de la mieux connaître pour mieux l’apprécier.

Petite biographie

d’Elisabeth de la Trinité

 1ère Partie

Elisabeth de la Trinité... enfin sainte ! - LE PETIT PLACIDE

 

Elisabeth Catez naît le 18 juillet 1880 au camp militaire d’Avor, tout près de Bourges. Elle fait son entrée dans la vie un dimanche matin. Elle est la fille du capitaine Catez. Elle est baptisée le 22 juillet, en la fête de sainte Marie-Madeleine qui deviendra son modèle de vie contemplative.

La petite fille est ardente et colérique. Un jour qu’on l’avait amenée à une bénédiction d’enfants et qu’on avait pris sa poupée pour représenter l’Enfant Jésus, dès qu’elle la reconnut dans la crèche, elle s’écria, les yeux furieux: «Méchant curé! Rendez-moi ma Jeannette — c’est ainsi qu’elle avait prénommé sa poupée. Dans l’hilarité générale on a dû la faire sortir.

Côte-d'Or - Religion . La vie de Sainte Elisabeth de la Trinité au fil des  rues de Dijon

Toute petite, elle aimait prier et enseignait ses prières à sa poupée, la mettant à genoux.

Les Catez à Dijon

Canonisation d'Elisabeth de la Trinité le 16 0ctobre à Rome
Les deux soeurs, Elisabeth et Guitte

En 1882, son père, le capitaine Catez est muté à Dijon. La famille s’y plaît beaucoup et y mène une vie paisible. Une seconde fille y naît prénommée Marguerite, affectueusement nommée « Guite », qui sera douce et réservée autant qu’Elisabeth est ardente et colérique.

Après cinq années sereines succède une année noire. Le dimanche 2 octobre 1887, Joseph Catez est terrassé par une crise cardiaque à 55 ans, dans les bras de la petite Elisabeth; elle n’oubliera jamais la douleur familiale, ni sa propre douleur. Dix ans plus tard, elle écrira un poème où elle relate sa souffrance: «Ô père, il y a dix ans te frappait la cruelle mort, tu laissais ta veuve éplorée et tes enfants si jeunes encore…»

Perdre ce père aimé à l’âge de sept ans est une terrible blessure de la vie. Peu après cette douloureuse disparition, Madame Catez déménage avec ses deux filles dans la rue Prieur de la Côte d’Or, au second étage d’une maison. De sa chambre au second étage, Elisabeth voit un mystérieux bâtiment qui éveille sa curiosité : le Carmel de Dijon qui deviendra un jour «sa» maison.

Guite
La famille Catez

Avec une bonne aisance financière, la famille fait des voyages annuels dans le Midi et la Lorraine. Elisabeth reçoit une formation générale et littéraire d’une préceptrice, Mlle Grémaux ; celle-ci se souvient de «la volonté de fer» de l’enfant, mais aussi de son recueillement profond à l’église. Comme la petite a beaucoup de talent musical, elle passe de longues heures au piano qui prennent le pas sur les études ; son orthographe s’en ressentira.

Ainsi la vie reprend le dessus chez les Catez. Cependant les colères de l’aînée ne baissent pas d’intensité. Elle était très vive, emportée même ! Des colères, de vraies colères qui étaient parfois si vives qu’on la menaçait de l’envoyer au Bon Pasteur, une maison de redressement toute proche. Lors de la mission de mars 1899, Elisabeth note dans son Journal : « Le sermon de ce soir a été sur l’éducation des enfants. Ah, j’ai remercié Dieu, du fond de mon cœur, de m’avoir donné une mère comme la mienne, une mère douce et sévère à la fois et qui sut si bien vaincre mon terrible caractère. »


La «conversion»

Élisabeth de la Trinité - Wikiwand

En 1887, elle fait sa première confession qu’elle appelle « sa conversion », son «   éveil aux choses divines ». C’est l’occasion chez elle d’une nouvelle énergie dans la lutte contre ses défauts dominants. La seule vraie rébellion, c’est l’instinct de la liberté des enfants de Dieu; il s’attaque à la seule occupation qui domine le monde: le péché qui, en nos cœurs, est l’ennemi de l’amour. Dans la lettre qu’elle adresse à sa maman au nouvel an, elle écrit : « chère petite mère, je voudrais en te souhaitant une bonne année te promettre que je serai bien sage et bien obéissante. »

Mais même ces bonnes résolutions ne la transforment pas en enfant de tout repos. Ainsi lors d’une séance de catéchisme, elle se montra si dissipée que l’aumônier dut la punir. Il écrira : « Avec sa nature, Elisabeth Catez deviendra un ange ou un démon. Le tout est de savoir de quel côté va basculer son cœur. » Quant à elle, elle affirme : « J’aimais beaucoup la prière, et tellement le bon Dieu que même avant ma première communion, je ne comprenais pas qu’on pût donner son cœur à un autre, et dès lors j’étais résolue de n’aimer que Lui et de ne vivre que pour Lui. » C’est ce qui s’appelle prendre Dieu au sérieux, et c’est là que se joue la sainteté d’une vie.


Ne vivre que pour Lui

Voyages d'Elisabeth

En 1888, en vacances dans le Midi, Elisabeth confie un soir au chanoine Angles son secret: « Je ne veux vivre que pour Lui. » C’est ainsi à l’Eglise que l’enfant de sept ans a remis sa vocation. Le chanoine dresse ce portrait d’Elisabeth : « Elle était douée d’une nature vive et ardente, passionnée… Parlant de l’amour de Dieu, qu’elle appelait toujours avec une intonation céleste : « Lui ». Ses grands beaux yeux reflétaient le Ciel. »

Jour béni, le plus beau de ma vie !

Le 19 avril 1891, Elisabeth fait sa première communion. C’est une rencontre d’une infinie intensité que reflète un poème écrit sept ans plus tard :

 

En l’anniversaire de ce jour
Oû Jésus fit en moi sa demeure,
Où Dieu prit possession
de mon coeur
…Je n’aspire qu’à donner ma vie
Au Bien-Aimé de l’Eucharistie.

 

« Ce grand jour où nous sommes tout donnés nous l’un à l’autre », écrira-t-elle dans son Carmel plus tard.

Deux mois plus tard, Elisabeth reçoit le sacrement de la confirmation. Dès lors, elle veille plus qu’auparavant à se maîtriser, à laisser les autres s’exprimer. A la source de son agir, il y a plus que jamais la prière au cœur.

Prière d'ELISABETH de la Trinité commentée par Bernard Harmand.

A onze ans, elle entre dans une nouvelle période de sa vie. Elle quitte doucement le versant d’une enfance éprouvée pour toucher la rive d’une adolescence épanouie. Cependant entre les deux l’événement phare de sa première communion reste au cœur du livre de sa vie. Désormais «son âme est prise, et de son Christ, plus rien ne la distrait».


L’homme, mesure de tout ?

« Elisabeth surgit à la fin d’un siècle où la montée du laïcisme semble irréversible. L’homme devient la mesure de tout; il va pouvoir gérer librement son avenir. La croyance dans le progrès remplacera la foi religieuse. Dans ce contexte, Elisabeth est providentielle pour son temps et le nôtre. Fragile, perturbée et violente comme tant de gens de nos jours, mais aussi passionnée de vivre, ouverte aux autres, en quête d’aventure, de profondeur et d’infini comme tant de gens en ont soif aujourd’hui. Ce qu’elle est et ce qu’elle est devenue nous donne envie de croire à ce Dieu d’amour qui donne à la vie un nouvel horizon et par là son orientation décisive » (Benoît XVI : Dieu est amour).

Elisabeth est pour notre temps un témoin crédible. Toute sa vie atteste que l’on n’a pas affaire à une sainte « revue et corrigée », contrairement aux hagiographies de son temps où souvent le saint survole l’existence humaine en l’effleurant à peine. Elle entre dans la vie avec une telle densité d’humanité que peu de monde aurait parié sur sa sainteté à venir. « Crois toujours à l’Amour et chante merci toujours », écrit-elle à un correspondant.

 

Une pianiste accomplie

Depuis l’âge de huit ans, Elisabeth étudie au conservatoire et s’exerce plusieurs heures par jour au piano. Elle est encouragée par sa mère et son professeur la trouve « excellente élève ». Elle est premier prix de piano. Une pianiste distinguée avec d’excellents doigtés, une belle sonorité et un vrai talent musical. Et elle a une forte présence. On l’écoute et plus encore on la regarde, ému par sa grâce. On lui prédit un brillant avenir, car elle est une artiste surdouée, mais qui ne laisse pas envahir son cœur par le vertige artistique. Elle est habitée par un mystère : « Je me sentis irrésistiblement poussée à choisir Jésus comme unique époux. Sans délai, je me liai à Lui par un vœu de virginité. »


Les grands événements de sa vie sont ponctués par l’Eucharistie. Un jour, elle sentit dans son cœur après la sainte Communion le mot « Carmel ». Et elle s’y voyait déjà « m’ensevelir derrière ses grilles ». Elle devra attendre encore six années, délai qui lui paraît interminable et sa prière se fait de plus en plus insistante. A Noël 1894 elle écrit un poème :

 

Humble Jésus, mon modèle
Je serai brebis et fidèle,
Je te suivrai portant ma croix
N’écoutant jamais que ta voix

 

«Aimer Dieu et le faire aimer, c’était toute sa vie», dira plus tard sa sœur Guite.

Fichier:Portrait d'Elisabeth de la Trinité à l'age de 20 ans.jpg — Wikipédia

Et elle confie à la Vierge Marie son ardent désir d’entrer au Carmel. Un soir elle est à son balcon quand sonne le carillon invitant à la prière. Alors ses larmes jaillissent: « O puissante Reine du Ciel, conduisez-moi vite au Carmel ! », écrit-elle dans un poème.

Elle a maintenant dix-sept ans; la voici au seuil d’une étape où elle va naître à nouveau. L’attrait du Carmel demeure fort, mais avec moins de fébrilité. L’unité de son cœur est affermie et elle s’abandonne à Jésus pour tout avec « une délicieuse confiance ». La mystérieuse Présence de Dieu autour d’elle est le centre et la référence constante de sa vie. Rien n’est plus attirant que le Visage de l’Epoux « si captivant, si beau ».

A 18 ans, elle fait un séjour à Lourdes, « ce coin du Ciel » où elle passe trois jours délicieux avec un regard contemplatif qui découvre en toute chose le reflet du Créateur et en toute personne son image vivante.

René Lejeune

A suivre…

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